Billet du Jeudi 28 décembre 2017 : Gros souci vocal
Dernière mise à jour : 17/12/2018  
 
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Chronique du 24 mai 2009

Le chant et le stress

Georges V. ( vingt-huit ans - stressé)

Bonsoir. J’ai trouvé votre site récemment. Les billets consacrés à Jean-Daniel (du 21 septembre 2008) et à Jonathan (du 03 janvier de cette année) ont captivé mon attention et m’ont donné envie de vous contacter. J’ai moi-même vingt-huit ans et, tout comme J-D, je n’ai jamais chanté. Je souffre comme lui d’un stress persistant que je n’arrive pas à endiguer. La piscine (je suis un nageur assidu) parvient à me détendre, mais seulement momentanément. Je sens comme des nœuds en moi et parfois des brûlures à l’estomac. Pourtant, hormis cela, je pense être en bonne santé. Je voudrais essayer le chant thérapie que vous proposez. Je pense chanter juste dans ma salle de bain. Je suis au (x). J’attends votre appel. Cordialement. Georges.

Ma réponse :

Georges, les symptômes que vous me décrivez représentent effectivement une belle description d’un certain stress. Jean-Daniel et Jonathan dont vous avez lu l’histoire sur le site étaient très différents l’un de l’autre. Cependant, dans les deux cas, le travail profond sur la voix les a aidés à retrouver une certaine sérénité. Le chant est une arme anti-stress puissante, surtout si on le pratique en construisant vraiment les bases de l’émission. Je vous appellerai demain. Cordialement, etc.

Voir les billets dont parle Georges :

« Le stress d’un non chanteur » consacré à Jean-Daniel.

« Je manque d’assurance, ma voix est soude ! » consacré à Jonathan.

Son bilan vocal

J’ai vu Georges la semaine suivant. C’est un garçon grand et sportif d’aspect, très souriant. J’ai tout de suite senti son désir de paraître détendu et à son avantage. Il devait combattre ainsi une certaine timidité et y parvenait assez bien. Il m’a ensuite raconté longuement sa vie de garçon tendu et évoqué les problèmes multiples qu’il rencontrait aussi bien dans son métier que dans sa vie sentimentale. Les histoires respectives de Jean-Daniel et Jonathan, évoquées dans des billets précédents l’avaient décidé à prendre contact avec moi. Il n’avait jamais chanté mais espérait que le travail intégral sur la voix l’aiderait à évacuer un stress dont ni la piscine - qu’il fréquentait assidûment - ni le foot – qu’il pratiquait chaque semaine - n’avaient pu avoir raison jusqu’alors. (*)

(*) J’ai noté que sa voix parlée était assez faible et un peu rauque et son débit de paroles trop rapide.

Les tests vocaux

Georges n’avait pas une voix chantée extraordinaire mais « suffisante » et à peu près juste ; c’était apparemment un baryton. Nous avons parcouru cahin-caha, sur A, un ambitus d’une octave (de la1 à do3). Plus haut, le son devenait étroit et passait en fausset. Les voyelles « fermées i/é étaient excessivement serrées. Sa respiration était assez anarchique, brusque et incomplète. (*)

(*) Tout cela n’avait en somme rien d’étonnant pour un garçon qui chantait seulement sous sa douche !

Les quelques « appels spontanés » que nous avons faits ensuite ont été autrement parlants pour moi. En effet, bien qu’ils ne demandent aucune connaissance vocale particulière, ces « appels » étaient émis faiblement et sans tonicité. Ils détonaient vraiment dans ce corps de sportif. Il était évident que de sévères blocages gênaient sa voix ; les sons ne s’appuyaient nulle part dans le corps, la gorge seule jouant le rôle principal d’Appui.

Bien que Georges ne soit pas fumeur (ni cigarettes ni pétards), une petite toux interrompait fréquemment nos exercices. Cela signait une certaine nervosité !

Ce tableau général, assez chahuté, était très encourageant pour moi ; j’étais presque certain que les « outils » dont je disposais nous permettraient d’arriver à un bon résultat.

Décision de travail

J’ai pu lui confirmer que, compte tenu de son bilan, le « travail intégral » qu’il souhaitait entreprendre - comme Jean-Daniel et Jonathan - avait toutes les chances d’être une « thérapie » très valable pour lui. (*)

Voir le billet : « Le chant thérapie, un travail vocal intégral »

(*) Je lui ai confirmé que ce travail complet tendrait à éliminer les causes des nombreuses inhibitions révélées par son bilan.

Très motivé, Georges m’a dit de nouveau tout l’espoir qu’il fondait sur cette « expérience ».

Les premiers cours

Georges était beaucoup plus tendu qu’il n’y paraissait à première vue. Pendant nos premières relaxations, de petits sursauts nerveux étaient fréquents dans ce grand corps de sportif. Le calme était long à venir et c’est seulement sur la fin de l’exercice qu’une certaine sérénité s’installait. Après le massage (qu’il appréciait beaucoup) et le « Taïchi » qui suivait, sa détente générale s’affirmait davantage et gagnait en qualité. (*)

(*) J’attendais pour mon compte un « véritable » lâcher prise ! Il était la condition sine qua non pour faciliter une respiration « profonde et détendue ».

Un mois après

Georges était maintenant plus calme et parvenait à respirer d’une façon abdominale « presque » correcte. Cependant, je sentais bien qu’une certaine « raideur diffuse » demeurait. Le « lâcher prise » complet que je cherchais n’était toujours pas au rendez-vous ! (*)

(*) Son corps ne « s’octroyait » pas encore le droit de s’abandonner totalement de l’intérieur.

Toutefois, les exercices de Taïchi, tout en établissant progressivement l’équilibre pneumo-phonique (qui lui faisait cruellement défaut), contribuaient déjà à libérer chez lui de nombreuses tensions internes. (*)

(*) Des bâillements profonds avaient fait leur apparition au cours de ce travail et je l’encourageais à ne pas les retenir ! A chaque leçon, ils étaient là, de plus en plus nombreux et de plus en plus libérateurs !

Eurêka ! Trois mois après…

Le fameux « lâcher prise » tant attendu est arrivé sans crier gare ! Ce jour-là, après une relaxation et des exercices de Taïchi particulièrement réussis, Georges s’était mis à bâiller plus profondément et aussi plus longtemps que d’habitude. Dans un étirement complet de tout son corps, il a eu vraiment l’air, pendant de très longues secondes, de se débarrasser d’un « démon » intérieur ! Bien que « bâiller » soit un phénomène courant chez lui depuis un certain temps, ces bâillements-là étaient vraiment exceptionnels dans leur forme. J’ai pensé que cette « manifestation » inhabituelle était un signe à ne pas négliger, une sorte de fin de cycle ! Pour en avoir le cœur net, je lui ai demandé, juste après, de refaire quelques-uns des exercices de respiration simples dont il avait l’habitude.

J’avais vu juste ! Sa respiration - qui habituellement n’était jamais complètement détendue - s’est révélée à ce moment-là parfaitement calme et profonde, se produisant sans le moindre effort ! Son corps s’ouvrait de lui-même, comme délivré ! Il ne s’en est pas rendu vraiment compte sur l’instant mais j’ai senti que « quelque chose », en lui, appréciait ! Tout en le laissant respirer tout à son aise, je lui ai parlé très doucement en lui expliquant ce qui se passait dans son corps à cet instant précis. Je lui ai fait prendre conscience du calme que cette respiration profonde et exempte de toute tension engendrait dans son être tout entier. Je lui ai demandé de « fixer » dans sa mémoire cette sensation de facilité. Il ne me répondait pas. Il m’écoutait en gardant les yeux fermés, se contentant de savourer ce moment ! (*)

(*) Le fameux « lâcher prise » était enfin là. Nous l’avions attendu trois mois !

Cela peut paraître étrange mais, croyez-moi, un être hypertendu de nature sentant un « vrai » calme l’envahir et perdurer grâce à une respiration profonde qu’il découvre tout juste ne réagit pas autrement.

Les relaxations à la maison

A partir de ce moment-là, les progrès ont été beaucoup plus rapides. Chaque relaxation, chaque massage et chaque exercice de « Taïchi » apportait un plus. Les bâillements continuaient mais étaient moins fréquents.

Georges m’a dit un jour qu’il faisait tous les soirs une relaxation avant de s’endormir !

- Tu as raison. Avec quelle méthode ? Il y a de très bons CD de relaxation dans le commerce.

- Pas du tout ! Je les fais avec toi.

- Comment ça, avec moi ?

- Je t’entends dans ma tête, en pensée.

- Et ça marche ? - Super !

- Dans ce cas, continue.

Notre vocalisation

Depuis le début des cours, elle avait lieu à chaque fin de leçon et durait environ vingt minutes. Georges aimait beaucoup chanter les exercices simples qu’elle comportait. Au tout début, je m’étais contenté de faire avec lui un échauffement doux, très surveillé, dans lequel je glissais de nombreux petits conseils utiles sur la respiration, l’appui, les couleurs des voyelles, etc. Il se composait de quintes sur « ô », de quelques arpèges très faciles sur « a » et d’un petit travail sur les voyelles fermées i/é. C’était un cours technique en réduction mais qui suffisait au futur chanteur. Dans les dernières minutes, nous faisions quelques exercices d’articulation. Cela l’amusait de chanter sur des motifs aisés (principalement quintes et arpèges de quintes) les phrases difficiles que je réserve en principe au travail vocal des comédiens.

Voir ces phrases dans le billet : « Le bégaiement est-il guérissable ? »

Après l’important « palier » que nous avions franchi (la détente respiratoire dont je parle plus haut), les progrès « vocaux » s’affirmaient vraiment très vite ! J’ai pu commencer sans problème à lui enseigner les quintes syllabiques et certains mouvements de la gymnastique vocale. Celle-ci serait complétée par la suite, dès que mon baryton en herbe aurait acquis un peu plus d’expérience !

Voir le billet : « L’articulation dans le chant »

La tonicité vocale

La voix de Georges gagnait en puissance au fil des cours. Nous faisions maintenant régulièrement des exercices plus difficiles. En vocalisation, il lançait ses notes avec infiniment plus de force. Je devais même le freiner un peu pour éviter tout risque superflu. Sa respiration profonde, bien maîtrisée dorénavant, me permettait de placer correctement ses appuis. (*)

(*) Je le faisais travailler comme un chanteur d’opéra, toutes proportions gardées !

Il prenait beaucoup de plaisir à sentir cette « force » (ce sont ses mots) émaner de lui. J’observais avec joie l’agressivité avec laquelle il chantait certains exercices ! Il se débarrassait ainsi avec détermination (et sans en avoir une conscience exacte) des tensions qui l’avaient « étouffé » si longtemps ! Bien préparée par le Taïchi et la gymnastique vocale, sa voix était devenue relativement solide : jamais il ne se plaignait du moindre picotement ! Cela nous a permis de passer progressivement à un cours beaucoup plus… lyrique !

En voir les éléments dans le billet : « Le cours de technique vocale type »

Les brûlures à l’estomac

Il y avait six mois que nous travaillions ensemble quand Georges me dit un jour que, depuis un certain temps, il ne sentait plus ses fameuses brûlures à l’estomac. Elles avaient commencé à diminuer en intensité puis avaient disparues complètement, il y avait environ un mois de cela !

- Tu les ressentais souvent ?

- Oui, plusieurs fois par semaine et quelquefois assez fortement ! J’avais même peur d’avoir un ulcère.

- Quand as-tu constaté leur diminution ?

- Il y a deux mois environ, quand j’ai commencé à chanter plus fort. J’en avais moins souvent et elles étaient moins violentes.

- C’est normal car les cours te permettent d’exprimer ton agressivité. En vocalisant correctement et avec conviction, tu te débarrasses de multiples tensions internes. Je pense que ces douleurs à l’estomac représentaient une somatisation importante de ces tensions.

- Mais, je chantais déjà un peu chez moi et…

- Oui, bien sûr, mais pas de la même façon ! Maintenant, tu respires profondément et ta voix s’appuie exactement là où il faut ; tu chantes avec ton corps, ce qui n’était pas le cas ! Cela rétablit une circulation d’énergie « particulière » qui te faisait grandement défaut auparavant.

- C’est vrai, je me sens plus vivant. Non, ce n’est pas cela ! Plutôt animé d’une vie différente, beaucoup plus paisible et plus forte à la fois !

- Oui, c’est difficile à expliquer mais c’est un peu cela ! Grâce au calme intérieur dont tu parles, on se sent à la fois plus grand, plus large et plus lourd. En un mot : plus solide et mieux dans sa peau !

- C’est clair ! Il y a autre chose aussi, je suis bien plus sûr de moi dans toutes les circonstances.

- C’est normal aussi !

- Je veux surtout parler des filles !

- OK ! J’ai compris… les rencontres sont moins difficiles ?

- C’est ça !

Nous avions également parlé ce jour-là de l’hygiène de la voix. De nombreuses suggestions à ce sujet sont évoquées dans le billet : « L’hygiène vocale »

Un texte et une chanson

Tout en continuant notre vocalisation « libératrice », nous avons décidé de mettre en chantier une fable et une chanson. Pour la fable, nous avons retenu « Le corbeau et le Renard » que Georges connaissait déjà. Pour la chanson, il m’a demandé si « Je l’aime à en mourir » de Francis Cabrel conviendrait. Il aimait beaucoup cette chanson et avait le projet de l’offrir à une amie à l’occasion d’un karaoké. J’ai été tout à fait d’accord ! Cette chanson était vraiment dans ses cordes et la personne à qui elle était destinée en valait sûrement la peine, étant donné l’intérêt qu’elle suscitait chez lui ! Peu de temps après, il m’a appris qu’elle s’appelait Isabelle et qu’ils sortaient ensemble !

Epilogue

L’histoire de Georges est terminée. Tout va très bien pour lui maintenant. Ses brûlures à l’estomac sont désormais de l’histoire ancienne et sa timidité s’est évanouie. A son tout dernier cours de l’année, il m’a présenté Isabelle, une fille super !

Je leur souhaite tout le bonheur du monde.

A bientôt ?

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Jean Laforêt

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