Billet du Jeudi 28 décembre 2017 : Gros souci vocal
Dernière mise à jour : 19/12/2018  
 
Le Billet Actu (108/161)

Chronique du 22 novembre 2009

Un gros problème de voix parlée.

Armand N. (Enseignant – 26 ans)

Bonsoir monsieur. Je ne suis pas chanteur. J’ai vingt-six ans, j’enseigne le droit et je déteste ma voix. Elle est laide et sans portée. De plus, depuis un certain temps, je suis presque constamment enroué. Conseillé par un ami, Pierre V. que vous connaissez, je viens de visiter votre site. J’ai lu vos billets ! Certains m’ont vraiment parlé et j’ai décidé de m’adresser à vous sans tarder. J’ai lu notamment avec grand intérêt : « Voix et préjudice social » ; « Le sexe et la voix » ; « Le stress d’un non chanteur » ; « Je n’ai pas confiance en moi » et, surtout « Parler fort m’est impossible ». J’ai travaillé plusieurs fois avec des orthophonistes sans réel succès (de petites améliorations passagères, sans plus). J’aimerais beaucoup faire un bilan vocal. Je suis joignable au (X). Bien cordialement. Armand.

Ma réponse :

Armand,

Je vous remercie de votre mail dont je viens de prendre connaissance. Je comprends votre souci car j’ai eu à m’occuper, comme vous avez pu le constater en lisant les billets que vous mentionnez, de plusieurs personnes ayant des problèmes semblables au vôtre. Je pense qu’une solution est possible avec un travail bien conduit. Cependant, chaque cas étant un cas particulier, je ne pourrai vous donner une réponse crédible qu’après vous avoir vu et entendu en bilan. Je vous appellerai demain sans faute. Bien cordialement. Jean Laforêt.

Rappel des billets consultés par Armand :

« Voix et préjudice social »

« Le sexe et la voix »

« Parler fort m’est impossible »

« Le stress d’un non chanteur »

« Je n’ai pas confiance en moi »

Le bilan vocal

J’ai vu Armand la semaine suivante. Grand et sportif d’aspect, il m’a rappelé Patrick L., l’un de mes anciens élèves qui, lui aussi, était venu me voir pour améliorer sa voix parlée. C’est le billet relatant sa rééducation « Parler fort m’est impossible », qui avait surtout retenu son attention ! Un signe ?

Dès les premiers mots échangés, j’ai constaté qu’effectivement sa voix posait vraiment problème ! Elle était haut perchée et, de surcroît, très voilée.

J’ai prolongé à dessein la conversation qui précède les tests vocaux pour observer tout à loisir sa façon de s’exprimer et pour analyser ses caractéristiques vocales. Il répondait avec précision et franchise à toutes mes questions, y compris les plus intimes. Il parlait avec beaucoup de gravité, son visage reflétant une certaine tristesse. Son regard bleu, assez direct, demeurait toujours très sérieux. J’ai été heureux d’apprendre qu’il ne fumait pas (ni cigarettes ni pétards, même occasionnellement). Il m’a dit avoir certains complexes physiques (qui n’avaient vraiment pas lieu d’être) et a souligné la pauvreté de sa vie sentimentale. Il a aussi insisté sur un manque tenace de confiance en lui qui lui jouait de sérieux tours, notamment dans ses rapports amoureux. Sa voix détestable était, selon lui, la cause de tous ses maux.(*)

(*) Le petit questionnaire précédant les essais vocaux est indispensable car il est capital de connaître au mieux la personne que l’on doit faire travailler. Les problèmes vocaux des non-chanteurs ont presque toujours un rapport avec des blocages psychologiques. Pour les aborder avec succès, on doit (autant que possible) connaître la « vraie » personne et non l’image qu’elle souhaite parfois donner d’elle-même. Cette observation concerne également les chanteurs mais dans une moindre mesure, leurs problèmes étant parfois essentiellement techniques !

Quelques observations rapides :

Armand s’épuisait en m’expliquant tout cela. Son timbre était à la fois rauque et nasillard. L’effort qu’il faisait pour s’exprimer était de taille ; de plus, lorsqu’il voulait souligner un point qui lui paraissait important, son buste et son cou se contractaient pendant que sa tête se tendait vers l’avant, menton soulevé. Cette voix trop aiguë, faible et pleine de souffle, détonnait vraiment dans ce corps d’athlète.(*)

(*) C’était un garçon intelligent et je comprenais mal que les nombreuses séances d’orthophonie qu’il avait suivies n’aient pas donné un meilleur résultat. La raison en était peut-être que la dernière datait d’un an ? Avait-il déjà tout oublié ? C’était peu probable.

Il me dit « souffrir » de son problème surtout depuis quelques années. Adolescent, il ne s’en était pas trop inquiété, attribuant ses fatigues vocales essentiellement aux cris qu’il poussait lors des matchs de foot (c’est un fervent supporter - et pratiquant - du ballon rond) ! Ensuite, au fil du temps, il avait subi, de plus en plus fréquemment, les remarques des « amis » :

- On t’entend mal…

- Tu parles trop haut !

- Articule !

- Tu as une drôle de voix…

Un peu plus tard, des fatigues vocales plus sérieuses avaient fait leur apparition. Elles le laissaient presque aphone plusieurs jours durant. Les laryngites succédaient aux laryngites. Il avait bien sûr consulté plusieurs fois. On lui avait prescrit moult traitements et de nombreuses séances d’orthophonie. Il constatait à chaque fois une certaine amélioration mais aucune ne perdurait ! D’après les différents médecins consultés, aucun traumatisme vocal n’était la cause de cet état de choses.

« Sa laryngite était devenue ainsi progressivement sa compagne la plus fidèle. »

Un de ses amis, un ancien élève à moi, l’avait dirigé récemment vers mon site. Vous connaissez la suite !

Un cas difficile

Après notre conversation, et avant même de commencer les tests vocaux, j’avais dit à Armand que son cas me paraissait sérieux (il s’en doutait un peu) ! J’avais ajouté – je le pensais vraiment - qu’à mon avis un espoir de récupérer tout ou partie de son capital vocal existait. Il a eu, à ce moment-là, un tout petit sourire comme pour me dire :

« Vous croyez vraiment qu’il y a une chance ? ». (*)

(*) Oui, je le pensais ! J’étais sûr que ce garçon, qui me paraissait extrêmement intelligent et motivé, était capable de beaucoup progresser. J’étais persuadé que tout n’avait pas été essayé.

Nos tests vocaux

Pour cela, je lui ai demandé de se mettre torse nu et de « libérer » son ventre de tout serrage. J’ai pu observer, dès les premiers mots qu’il m’a adressés dans cette tenue « allégée », combien les tensions que j’avais subodorées chez lui étaient réelles. Rien ne respirait dans ce corps bardé de muscles ! Et je savais pertinemment que ce que je voyais n’était que la partie visible de l’iceberg !

Les tests d’oreille

Ils se sont révélés catastrophiques. Il était indiscutable que, plus encore que Patrick, Armand souffrait d’amusie ! Il lui était impossible de répéter le moindre son juste ! Il « repérait » seulement mi2 et fa2. Cela compliquait bougrement les choses et expliquait aussi en partie pourquoi les différents « traitements » dont il avait fait l’objet s’étaient montrés aussi inopérants. (*)

(*) La voix peut seulement reproduire les sons que l’oreille peut concevoir !

Onomatopées et appels

Sautant par obligation la partie vocalisation, j’ai consacré la suite du bilan à des « cris » sur différentes onomatopées qui ne demandaient, elles, aucune hauteur tonale précise. Ce test m’était indispensable pour préciser les niveaux d’appui dont il se servait. Ces niveaux se sont résumés à un seul : la gorge !

Les appels au loin que je fais souvent pratiquer pour juger de l’impact de cris spontanés ont confirmé l’exercice précédent. Ils m’ont laissé perplexe car, au lieu de libérer la voix (même un tant soit peu), ils ont au contraire mis en exergue tous les blocages du monde ! Le corps ne participait pas du tout à l’émission et l’appui de chaque appel se situait en haut du sternum. Une catastrophe !

Pour terminer, j’ai demandé à Armand de tenir un peu quelques notes de son choix ! Les meilleurs essais se sont situés entre ré2 et la2. Les notes situées au-dessous de ré2 n’étaient pas reproduites du tout ! Il pouvait tenir les sons de deux à trois secondes, selon les hauteurs d’attaque.

Décision de travail

Je lui ai fait part de ce tableau très noir en mettant l’accent sur la réelle complexité que représentait son problème. Je lui ai cependant confirmé que, sans avoir une certitude absolue de réussite, je pensais pouvoir améliorer sa voix. J’ai terminé en lui précisant que, comme pour Patrick (bien que le cas soit différent), il faudrait obligatoirement envisager un « travail intégral » qui seul nous permettrait de tenter de « reconstruire » les bases de son émission.

Il a été d’accord pour entreprendre ce « travail complet » qui avait si bien réussi à l’ami qui l’avait envoyé vers moi. Je ne lui ai pas caché que cela risquait d’être long ! Il m’a mis à l’aise :

- Le temps importe peu. J’ai vraiment le désir d’essayer. Je ne veux pas avoir de regrets !

- Je te remercie de ta confiance. Je pense que tu n’en auras pas ! Je suis certain de pouvoir améliorer ton état vocal actuel. J’ignore seulement dans quelles proportions car ton problème est important et multiple !

- Même une toute petite amélioration serait la bienvenue !

- Elle sera au rendez-vous.

- Personne jusqu’alors ne m’avait « ausculté » ainsi !

- Tu n’as encore rien vu !

- Je sais !

Voir le billet : « Le chant thérapie, un travail vocal intégral »

Armand avait pleinement conscience de l’importance de la tâche. Il a ajouté :

- Quand commençons-nous ?

- La semaine prochaine ?

- D’accord ! Vous avez de la place pour deux cours par semaine ?

- Commençons par un et nous verrons ensuite. Chi va piano ?

- Va sano e va lontano !

- Je vois que tu connais !

Les premiers mois

Armand a été un élève exemplaire. J’ai naturellement consacré de nombreux cours aux relaxations. Elles seules étaient à même, dans un premier temps, de l’aider à dénouer les tensions qui l’habitaient. Il me disait que ces détentes lui permettaient de mieux ressentir son corps et lui procuraient un plaisir qu’il n’aurait pas imaginé il y a quelque temps. Les massages qui suivaient (et qu’il appréciait beaucoup) ont notamment permis – en plus d’une décrispation générale - de tonifier le hara inférieur (bas ventre), aidant ainsi toute la partie supérieure (l’épigastre) à se relâcher.

De ce fait, son souffle, au fil des cours, se détendait et devenait plus profond. (*)

(*) Il était impossible d’aller très vite. Le problème était trop installé. Il fallait – vraiment – laisser du temps au temps.

Quelques « râles » profonds

Dès que son souffle a été plus abdominal, nous avons réalisé quelques « cris ». Ce n’était pas ceux, plus toniques, que je demande habituellement aux futurs chanteurs. Ils s’apparentaient plutôt à des séries de râles (sans couleur ni hauteur précise) qu’Armand essayait de rendre le plus correctement possible. Je contrôlais, bien entendu leur exécution avec beaucoup d’attention, afin que l’équilibre pneumo-phonique soit « relativement » convenable.

Cahin-caha, nous avancions. (*)

(*) Armand me disait souvent adorer ses cours et que, même en cas d’échec, il aurait été heureux de les avoir entrepris.

La posture

Au cours de nos leçons, je consacrais toujours quelques minutes à une petite conversation à bâtons rompus. Il devait, au cours de cet échange verbal, essayer de se tenir le mieux possible, sans raideur. Nous faisions d’abord cet exercice assis face à face, puis en marchant doucement. (*)

(*) A cette occasion, progressivement, il s’était mis à me raconter sa vie ! J’entrais dans son intimité et je sentais que cela lui faisait du bien de se confier. Lui, pourtant si sérieux, devenait plus loquace et plus souriant.

« L’enfant qui était (bien caché) en lui commençait à montrer le bout de son nez ! »

Tout n’était pas parfait dans l’exécution de notre exercice de conversation mais nos efforts payaient. Son buste et sa tête étaient plus droits et son souffle beaucoup plus calme et plus profond. Je lui demandais de parler lentement tout en exagérant sa prononciation. Le but recherché était surtout d’assouplir son appareil articulatoire tout en relâchant son larynx. Je n’attendais pas de progrès immédiats, je posais simplement des jalons. Je savais pertinemment qu’Armand continuerait à essayer d’appliquer cela, avec les nuances qui conviennent, dans sa vie de tous les jours.

Lire pour plus d’information, le billet : « La technique vocale de base ».

Les répétitions de notes

J’avais entrepris un travail d’oreille depuis le tout début des cours. Lorsqu’il était très détendu, (après relaxation et massage) je lui faisais entendre et répéter des sons. A ce moment-là, ses « réponses » étaient meilleures. De surcroît, j’étais heureux de constater, au cours du Taïchi qui suivait, qu’il gagnait du grave peu à peu. Au tout début, il ne pouvait pas émettre un ré2 ! Maintenant, trois mois après, nous « touchions » un si1. Ce gros progrès était dû à sa détente générale qui s’était améliorée et aussi, ne l’oublions pas, à sa décrispation laryngée, résultat d’un meilleur équilibre pneumo-phonique. En effet, avec le travail sur les « râles », le niveau général d’Appui s’était abaissé et le corps participait plus ! (*)

(*) Ce travail d’oreille était indispensable pour nous « entrouvrir » la possibilité de commencer une vocalisation basique. Mon but (modeste) était de faire couvrir à Armand, dans quelque temps et avec des sons justes, l’ambitus la1/si2, correspondant à une étendue confortable de voix parlée.

Moins de souffle dans la voix

Il était évident pour nous deux que sa laryngite était de moins en moins présente. Sa voix avait gagné progressivement en timbre. J’étais surtout content de l’entendre parler avec une voix un peu plus grave. Il ne faisait aucun effort spécial pour cela, sa détente laryngée et son souffle, désormais plus profond et plus calme, étaient seuls responsables de ce « miracle ». Le timbre devenait aussi plus beau. Il évoluait doucement, en se chargeant d’harmoniques graves, vers plus d’homogénéité et de rondeur. Il avait aussi, sur mon conseil, pris l’habitude de sucer des pastilles Homéovox et de boire quelques tasses de tisane d’Erysimum. Cela l’aidait à adoucir sa gorge et, par conséquent, facilitait encore son émission vocale.

Voir le billet : « Hygiène vocale »

Petite vocalisation

Elle avait été amorcée dès que possible. J’avais choisi la voyelle ô pour aider Armand à placer son larynx dans une meilleure position de phonation. Nous partions d’une note qu’il reconnaissait particulièrement bien : mi2 ! Je lui faisais chanter au départ des tierces en sons conjoints en partant de cette note. Nous montions par demi-tons selon ses possibilités du moment. Cela donnait :

Mi2 fa#2 sol#2 fa#2 mi2

puis

fa2 sol2 la2 sol fa, etc.

L’exercice était ensuite redescendu également par demi-tons. Sans jamais forcer le grave, nous atteignions maintenant relativement facilement le si1. J’ai remplacé ensuite les tierces par des quintes, toujours en sons conjoints. Il y avait bien quelques petits sons faux par-ci par-la, mais, dans l’ensemble, nous progressions assez bien. Nous arrivions à couvrir maintenant presque à chaque cours l’ambitus que je m’étais fixé : la1/si2 avec des sons relativement justes. L’extrême grave laissait encore un peu à désirer mais notre « flirt » avec lui était de plus en plus convaincant !

J’ai « corsé » un peu ce petit travail de vocalisation ultra-simple en demandant à Armand de tenir quelques notes, toujours sur « ô ». Mib2/mi2 et fa2, qu’il repérait maintenant très bien ont été les premières de la liste. L’ambitus des tenues s’est agrandi de cours en cours. Il était impératif de faire tout cela en parfaite posture, sans effort exagéré, et sans fausses notes ! Trois secondes par tenue nous suffisaient pour l’instant !

Réaction de l’entourage

Un jour, Armand m’a appris tout joyeux que certains de ses amis lui avaient dit que sa voix s’améliorait. Il s’en rendait compte également car nous avions fait quelques enregistrements de nos conversations. Néanmoins, ces compliments « extérieurs » l’ont beaucoup touché et sa motivation en a été dynamisée. Il m’a demandé de nouveau si nous pouvions nous voir deux fois par semaine. Cette fois-ci, j’ai accepté ! La « machine » était maintenant bien partie et un cours supplémentaire serait le bienvenu. Il permettrait (c’était le moment) un véritable travail de fond sur une fable sans restreindre notre programme actuel. Armand a été très content d’entreprendre ce nouvel « exercice » !

Notre fable

J’ai choisi « Le coche et la mouche » (La Fontaine) pour laquelle j’ai un petit faible. Assez longue et « ornée » de nombreuses virgules, elle permet des changements de rythme associés à des expressions et des colorations de voix différentes. J’ai demandé à Armand de l’apprendre par cœur pour que nous puissions l’interpréter dans quelque temps à pleine voix, à la manière d’un comédien sur scène. Cet exercice nous permettrait d’améliorer à la fois son articulation et sa portée vocale.

- Tu devras te lancer comme au théâtre et laisser tes complexes au vestiaire !

- On essaiera !

- Cela ne suffit pas… il faut y arriver !

Je lui ai dit que nous ne commencerions ce travail que lorsque qu’il saurait cette fable parfaitement. Je lui ai seulement conseillé, comme travail préparatoire, de la lire chez lui à haute voix le plus souvent possible, en articulant très largement et en surveillant sa respiration.

La gymnastique vocale

En attendant le « mûrissement » de son travail sur notre fable, je lui faisais travailler quelques éléments de la gymnastique vocale. Bien dégrossi par la vocalisation basique, il a réussi assez vite à en chanter les quintes articulées d’une façon assez juste en couvrant notre ambitus habituel : la1 à si2 (voire do3).

Ce n’était pas énorme mais cela nous a permis de fortifier et d’assouplir son appareil articulatoire, qui, du fait de son complexe vocal, avait été très longtemps « laissé un peu de côté » par son propriétaire ! Dans sa vie de tous les jours, il ne prononçait souvent que les mots strictement nécessaires ! (*)

(*) Avec la gymnastique, en revanche, lèvres, pommettes, mâchoire inférieure et langue fonctionnaient à cent à l’heure à chaque cours !

Même si quelques dérapages étaient parfois au rendez-vous, je l’incitais à « lancer » sa voix ! Il faisait l’effort, lâchant les rênes » de plus en plus facilement ! J’étais ravi de cela car se taire n’est sûrement pas la bonne solution pour améliorer le fonctionnement d’une voix !

Voir les détails de ce travail dans le billet :

« L’articulation dans le chant »

Les modulations

Elles avaient été glissées progressivement dans notre programme.

Nous avons chanté surtout la modulation :

« u_ ou_ on_ an_ â »

Elle est, à mon avis, particulièrement indiquée pour améliorer la résonance du grave. Certaines voix à problèmes y trouvent les sonorités nasales « chaudes » (je dis bien « nasales », pas « nasillardes ») qui leur font très souvent défaut. C’était bien sûr le cas d’Armand ! Cette modulation, chantée sous contrôle strict, lui a été très utile pour « asseoir » et rendre plus beau le grave de sa tessiture. Il obtenait maintenant (sur « a ») assez facilement un sib1 « tenu » relativement sonore !

Nous avons chanté cet exercice par demi-tons. Nous commencions au mi2 (sa note fétiche), descendions au sib1 puis remontions (selon sa forme du moment) au la2 ou sib2. Mon objectif de « couvrir » l’ambitus de sa voix parlée était atteint.

Travail sur le texte

Quelque temps après, Armand m’a assuré savoir sa fable parfaitement. Il me l’a prouvé sur-le-champ… c’était tout à fait vrai. Comme promis, nous avons donc commencé très sérieusement le travail de base sur ce texte somme toute assez difficile.

Nous l’avons tout d’abord récité en lecture recto-tono (sur le même ton). C’est la note Ré2 que nous avions choisie comme « pilote », après plusieurs essais. Armand a eu un peu de mal au début pour « tenir » vraiment le cap ! Sa voix avait tendance à monter. Je surveillais chaque reprise abdominale de souffle d’une façon drastique, ne laissant passer aucune erreur. La réussite était à ce prix ! La première fois, nous avons travaillé sur une dizaine de lignes seulement.

Des explications pratiques se trouvent dans les billets :

« La technique vocale de base » et « Le bégaiement est-il guérissable ? »

En lecture « recto-tono », sa voix sonnait bien et ne le fatiguait pas du tout. Je lui demandais de parler fort, même très fort pour lui faire toucher du doigt ses nouvelles possibilités vocales ! (*)

(*) Parler sur le même ton l’obligeait à surveiller sans cesse son appui sans laisser « tomber » sa voix sur les fins de phrases.

La qualité de son timbre s’était beaucoup améliorée. Désormais plus grave et dans un corps bien « ouvert », la voix qu’il produisait « collait » vraiment avec son physique ! (*)

(*) Il s’exprimait désormais avec son corps, un nouvel équilibre était né !

Sa laryngite

Il l’avait complètement oubliée ! Il finissait nos cours avec une voix de plus en plus claire. Une véritable « mutation » était en route ! Un jour, il m’a dit :

- Depuis quelque temps, je ne m’enroue plus et pourtant je parle plus fort et beaucoup plus qu’avant !

- Oui, je crois que nous avons gagné notre pari. Cependant, il pourra arriver qu’une certaine fatigue réapparaisse de temps en temps. Ne panique pas, tout le monde passe par là ! Cela ne voudra pas dire que tout est fichu !

- Oui, bien sûr. Dans un autre domaine, je voudrais savoir si, par la suite, il faudra que je continue à prendre de l’Homéovox et à boire de la tisane d’Erysimum ?

- Non, pas systématiquement ! De temps en temps, si tu te sens un peu fatigué vocalement ! Actuellement, tu en prends encore ?

- Oui, tous les jours six pastilles et deux tasses de tisane !

- Commence à espacer. Tu peux, par exemple, passer à quatre pastilles et une tasse de tisane ? Il ne faut rien « installer » ! C’est une aide non négligeable mais ce n’est qu’un adjuvant à notre travail. C’est lui qui préserve ta voix !

- C’est sûr !

Notre fable

Maintenant, elle était au programme de chaque cours. Armand la récitait sur différents rythmes et avec différentes intentions. Il pouvait dire de très longues phrases sans reprendre haleine, retenir ou donner sa voix, simuler la colère ou la joie ! Je ne l’ai jamais vu terminer une leçon en état de fatigue vocale !

Epilogue

Notre but était atteint. Au bout d’un an, Armand avait enfin récupéré son identité vocale. Il était heureux et cela se voyait. Il m’a dit en plaisantant, à la fin de notre dernière leçon, qu’il comptait bien me contacter de nouveau bientôt pour que je lui fasse chanter une ou deux chansons…

Pourquoi pas !

A bientôt ?

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Jean Laforêt

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