Billet du Jeudi 28 décembre 2017 : Gros souci vocal
Dernière mise à jour : 19/12/2018  
 
Le Billet Actu (11/161)

Chronique du 28 novembre 2005

Quelle est la position idéale du larynx dans la voix chantée ?

Voilà la grande question posée. La réponse n’est pas facile, croyez-moi mais je vais tenter de vous éclairer un peu car le problème est de taille. Jamais sujet ne fut plus ardemment, plus passionnément débattu par les amateurs et les professionnels du théâtre lyrique tout au long du 19e siècle !

Citons Nick Tzico, dans « Le lexique du chanteur – édition : la ruche ouvrière, 1969 »

Les avantages et les inconvénients de ce geste laryngé, analysés, discutés, critiqués ou vantés formaient le noyau de la discorde. Maints éducateurs imposent de nos jours – surtout dans l’émission dite « d’opéra » – un larynx bas et fixe. D’autres s’en préoccupent moins, mais, partisans de la voix sombrée, ils l’enseignent inconsciemment…

Examinons le processus laryngien ; les constatations visuelles sons celles-ci :

- Le larynx est mobile pendant la prononciation.

- Une profonde inspiration le fait descendre.

- La déglutition le fait monter.

- Les émotions lui assignent des positions qui donnent à l’émission des couleurs particulières.

Le larynx est donc mobile, largement ouvert en sa descente et presque complètement fermé en son extrême montée. On doit en déduire qu’entre les deux postures opposées, il doit normalement exister des phases intermédiaires…Elles existent, puisqu’on a la possibilité d’émettre une même hauteur sonore en faisant prendre au larynx des hauteurs diverses !

La flexibilité du larynx est donc une condition vitale qu’il est hasardeux de contrarier.

Ce livre, écrit en 1969, est sans doute épuisé de nos jours, comme beaucoup d’autres trésors de ce genre ! Tzico est, en revanche, abondamment cité dans le merveilleux ouvrage de Jacqueline et Bertrand OTT « La Pédagogie de la Voix et les Techniques Européennes du Chant » chez E.A.P. Editeurs, 6 bis, rue André Chénier, 92130 - Issy-les-Moulineaux, déposé en 1981 et qui, à mon avis, est un ouvrage de référence !

Après ces quelques précisions qui m’ont paru indispensables (je n’aurais jamais pu si bien dire !), je dois donner mon avis et essayer de le rendre compréhensible par tous.

Je sais, par expérience, qu’une voix peut être parfaitement émise avec clarté et mordant. Et je sais aussi que ces deux qualités primordiales seraient radicalement remises en cause avec une émission réalisée avec un larynx placé trop bas dans le cou ! Après les quelques explications énumérées plus haut, la déduction s’impose : une position intermédiaire – excluant le fameux « bâillement profond » – est possible et tout à fait souhaitable. Je l’enseigne avec persévérance et, je le pense, avec bonheur sans pour cela l’expliquer à chaque instant ! Ecoutez le célèbre ténor Pavarotti ! Il sait chanter l’Opéra… ne trouvez-vous pas ? Et aussi… « Caruso » ? Cette chanson actuelle qui glorifie la mémoire du très célèbre ténor italien Enrico Caruso sera sans doute parlante pour nombre d’entre vous ! Est-ce qu’il grossit ses sons ? Sa voix est-elle lourde et sombre ? Chante-il « Opéra » dans le mauvais sens du terme ? Pas du tout, vous en conviendrez avec moi ! Sa voix est d’une clarté absolue, vibrante et riche sur toute la tessiture. Pourtant, en regardant de plus près, grâce au DVD notamment, on se rend compte que son larynx est plutôt bas… Donc ? Quel dilemme ! La réponse est pourtant simple : son larynx est bas… mais pas trop bas ! Tout est là et cela suffit à expliquer l’inexplicable ! Enfin… presque… car toute une technique de coloration vocale est en service continu chez ce grand artiste !

Je ne vais pas refaire l’histoire et réactiver la polémique dans ce court article. Je souhaite seulement être assez clair pour vous aider à comprendre ce point critique.

Bien sûr, un larynx trop haut « coince la voix », la rend gutturale et nasale à la fois... et blanche de surcroît ! Tout ça est vrai !

Cherchez donc la solution intermédiaire. Je vous livre un petit truc… n’oubliez jamais : un A, dans le grave, doit être clair, riche en harmoniques aigus… c’est le début de la solution !

Comment procéder ?

En bonne posture de chant, avec un visage calme éclairé d’un léger sourire, inspirez calmement par la bouche. Vous constaterez que votre larynx s’abaisse légèrement et souplement pendant cette opération. Emettez alors un A clair dans le médium-grave de votre voix. Posez ce A au contact du palais souple, juste derriere le nez ! La bonne place se repère facilement avec le "humming"... Votre larynx doit rester pratiquement en place.Votre pomme d’Adam, messieurs, s’abaissera… mais pas trop ! Exécutez maintenant un arpège : votre larynx devra conserver, même en abordant le haut médium et l’aigu de cet arpège, sensiblement sa position première. La coloration vocale adéquate sera l’outil à employer pour cela ! La gorge s’évasera davantage, certes, mais le larynx, lui, devra rester pratiquement stable, la pression du souffle seule assurant l’ascension vocale. Emettez maintenant, dans les même conditions un A sombre (celui de âme) : vous verrez et sentirez votre larynx plonger littéralement dans votre cou, 1 à 2 cm plus bas. C’est cette position-là qui n’est pas favorable à une bonne émission de la voix.Si vous m’en croyez, fuyez-la (même si le son que vous entendez vous plait !)

En résumé, cherchez une émission claire, mordante et… libre ! Fuyez les gros sons, plutôt sombres, qui peuvent être flatteurs sur l’instant ; ils affichent souvent une puissance trompeuse mais ne portent pas. N’oubliez pas cependant que si un son doit être clair, il doit être aussi rond et riche en couleur, amorcé dans un pré- bâillement). Bien réalisé, ce son-là n’est jamais « baillé exagérément » et votre larynx reste bien placé, ni trop haut… ni trop bas !

Si vous avez des questions, n’hésitez surtout pas à m’en faire part !

En attendant... chantez clair !

Prochaine rubrique : La respiration et le chant.

A bientôt ?

 

Accédez à la liste complète des billets en cliquant sur ce lien : > Archives des billets actu <


Jean Laforêt

< Billet précédent

Retour au billet actuel

Billet suivant >