Billet du Jeudi 28 décembre 2017 : Gros souci vocal
Dernière mise à jour : 19/12/2018  
 
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Chronique du Samedi 08 mai 2010

J'ai constamment un "chat" dans la gorge !

Xavier L. ( Vingt ans – Etudiant)

Monsieur. Un ami que vous connaissez (Paul V.) m’a donné l’adresse de votre site et m’a conseillé de vous contacter. Je ne suis pas chanteur mais ma voix me cause beaucoup de tracas. J’ai presque toujours un « chat » dans la gorge en parlant et ça me fatigue beaucoup. Je voudrais savoir si une rééducation pourrait arranger cela. J’ai vu un ORL et, apparemment, je n’ai pas de nodule ou un autre ennui de ce genre. J’ai suivi aussi des séances d’orthophonie mais rien n’a vraiment changé. J’aimerais vous rencontrer. Je suis joignable au (x). Bien cordialement. Xavier.

Ma réponse

Le symptôme que vous me décrivez, Xavier, fait effectivement penser à celui que produirait un petit nodule. Vous me dites avoir consulté un ORL qui n’a détecté aucun traumatisme. Donc, ce n’est pas cela ! Dans ces conditions, une rééducation complète et bien ciblée pourrait sans doute vous rendre service. Avant toute chose, il faut que nous fassions un bilan vocal. Je vous appellerai demain sans faute. Cordialement. Jean Laforêt.

Bilan de Xavier

J’ai reçu Xavier la semaine suivante. Il étudie le droit et se destine au métier d’avocat. Il est grand, sportif et passionné de football (en tant qu’acteur et spectateur) ! J’apprends sans surprise qu’après un match (joué ou regardé), sa voix accuse une grande fatigue malgré les précautions qu’il prend pour l’épargner ! Il pratique également une fois par semaine le karaté et, là aussi, il est presque aphone après chaque cours bien que les cris ne fassent pas « spécialement » partie de ce sport ! Cela me rappelle une rééducation intéressante, celle de Patrick L. :

Lire son histoire dans le billet : « Parler fort m’est impossible »

Dans sa vie de tous les jours, Xavier « racle » très souvent sa gorge pour s’éclaircir la voix. Ses cordes vocales souffrent, c’est évident. Il est non moins évident que sa nervosité excessive (si elle ne l’a pas crée) entretient son problème.

Je l’étudie attentivement pendant qu’il me parle. Son discours est rapide et « haché ». Le timbre est pauvre en harmoniques graves et manque de tonicité. Sa voix, un peu « perchée », résonne dans une gorge serrée. Le corps ne participe pas à la résonance ; cela signe - entre autres - un sérieux déséquilibre pneumo-phonique. De plus – je me répète - sa nervosité n’est vraiment pas faite pour arranger les choses !

Les tests vocaux

Ils ont confirmé ce qui précède !

Celui qui consiste à crier pour prévenir une personne à bonne distance d’un danger imminent, a été très probant ! Le cri qu’a produit Xavier n’avait aucune connexion dans le corps. La gorge faisait ce qu’elle pouvait mais, malgré la farouche détermination de son propriétaire, ne pouvait malheureusement pas grand chose ! A mon avis, son problème se résumait à un forçage vocal installé depuis longtemps et bien entretenu. Peu importait sa cause, il faudrait réparer les dégâts. Pour cela, une rééducation vocale très pointue (qui menaçait d’être longue) s’imposait. Il faudrait obligatoirement tout reprendre à zéro !

Heureusement, l’oreille de Xavier était assez bonne.

Les quelques exercices vocaux que nous avons faits ensuite ont permis, cahin-caha, de parcourir un ambitus allant de sib1 à ré3. Pour une voix non travaillée, ce n’était pas mal. Le souffle et l’Appui n’étaient évidemment pas en place.

Le travail qui nous attendait - si Xavier décidait d’entreprendre sa rééducation - était assez classique mais sa réalisation pratique, en revanche, pouvait être difficile si la motivation était insuffisante ! Tous les « fondamentaux » devaient être installés et cela supposait beaucoup de patience !

Décision de travail

Je lui ai fait part de mes déductions en lui précisant que la rémission de son trouble me paraissait possible mais que le travail risquait d’être long ! Il m’a écouté sans m’interrompre une seule fois. Lorsque j’ai eu terminé, il m’a dit :

- A votre avis, il faudra combien de temps, approximativement, pour arriver à un résultat ?

- C’est difficile à dire mais je pense, si nous travaillons bien, qu’un an devrait suffire à te tirer complètement d’embarras.

- Un an ?

- Peut-être moins, mais il vaut mieux compter large !

- Comment se passera le cours ?

- Il est indispensable de prévoir un « cours intégral ». Pour te réapprendre à émettre correctement ta voix, « tout » doit être revu de A à Z.

- Le cours complet avec relaxation, taïchi, gymnastique vocale ?

- Oui, c’est indispensable ! Tu as de nombreux mauvais réflexes qui, installés depuis longtemps, t’enferment dans le cercle vicieux du forçage vocal. Pour en venir à bout, il faut vraiment revoir intégralement ton émission. ! Tu es aussi très nerveux…

- Oui, c’est sûr !

- Il faudra vraiment tenir compte de cela. Les relaxations t’apporteront une aide précieuse.

Voir le billet : « Le chant thérapie… un travail vocal intégral »

- Je fais pourtant très attention de ne pas forcer ma voix.

- Bien sûr, mais cela ne suffit pas. Tu la fatigues inconsciemment et tu entretiens cette fatigue tout aussi inconsciemment ! Seul, un travail patient, très pointu et progressif, pourra te débarrasser de tes mauvais réflexes.

Il a ajouté en souriant :

- Peut-être que je pourrai même chanter, par la suite ?

- Pas de problème ! Nous ferons tout ce qu’il faut pour cela. L’émission vocale chantée « correcte » constitue la meilleure rééducation de la voix parlée. J’ajoute que tu devras collaborer au maximum pour te donner toutes les chances de réussite. Es-tu assez motivé pour entreprendre un tel travail ?

Il me dit un seul mot, mais d’une voix très résolue :

- Oui !

Les premiers cours

Nous avons commencé à travailler la semaine suivante. Xavier s’est montré très coopératif.

Les relaxations, surtout au début, ont été difficiles. Il mettait beaucoup de temps à se détendre. Mais, ayant compris et surtout admis leur utilité, il faisait son maximum ! Au bout de quelques leçons, il m’a dit les trouver très agréables. Il a également constaté assez vite que son ventre, surtout au niveau de l’épigastre, était très contracté, même au repos.

Cette prise de conscience nous a beaucoup aidé.

Les massages abdominaux, suivis d’exercices de Taïchi adaptés à son cas, ont alors permis assez vite de dénouer cette zone délicate, si souvent le siège de tensions internes. Au fil des cours, sa respiration devenait plus profonde et plus calme, si bien qu’au bout de deux mois, tout était rentré dans l’ordre de ce côté-là.

Une autre prise de conscience de taille était venue apporter de l’eau à notre moulin. Je m’étais aperçu, heureusement assez vite, que Xavier contractait son périnée presque en permanence ! Ces deux « contractions » réunies (épigastre et périnée) contribuaient grandement à corser notre problème ! Nous avons entrepris pour cela une série d’exercices spécifiques expliqués dans le billet :

« Périnée et projection vocale »

Aussitôt que cela avait été possible, parallèlement aux relaxations et au Taïchi, j’avais commencé un travail visant à réinstaller un cri correct. Ça n’avait pas été facile au début, mais, m’appuyant sur sa respiration plus profonde alliée à une meilleure détente, une certaine réussite n’avait pas tardé à montrer le bout de son nez ! L’équilibre pneumo-phonique s’était installé doucement. Des cris « qui ne faisaient pas mal à la gorge » commençaient à jaillir de plus en plus souvent !

Voir le détail de ce travail dans le billet : « La technique vocale fondamentale »

Vocalisation adaptée

Au bout de quatre mois, la respiration et l’équilibre pneumo-phonique étant relativement « reconstruits », j’avais ajouté à notre programme une vocalisation très simple avec la voyelle « ô ». Les exercices consistaient en des quintes en sons conjoints, des arpèges d’accords de quintes et quelques rares arpèges d’accords parfaits. L’ambitus de ce travail était à peu près sib1/ré3. Il n’était pas question de « forcer » mais seulement de poser cette voyelle avec justesse en obtenant une coloration adéquate ! Mon but était surtout d’apprendre à Xavier à se servir correctement de son souffle abdominal et de lui faire sentir, autant que faire se peut, un semblant d’Appui pendant ces petits exercices. (*)

(*) Une expiration correcte provoque un léger bombement de l’épigastre (estomac). Le contrôle peut se faire très facilement en exerçant une légère pression à cet endroit.

Voir, pour des informations complémentaires, les billets :

« La respiration du chanteur »

« L’expiration contrôlée du chanteur »

« Respiration et Appui vocal »

« Comment doit-on respirer »

Premiers résultats positifs

Ils ont été sensibles surtout au bout du cinquième mois ! La respiration et les appuis, travaillés d’une façon répétitive à chaque leçon, étaient devenus réflexes. Dans la vie courante, Xavier m’assurait ressentir une certaine amélioration. Il raclait moins sa gorge ! De surcroît, il était beaucoup plus calme et c’était très appréciable pour notre travail. (*)

(*) Je lui avais conseillé, dès le début des leçons, d’essayer de s’endormir après une petite relaxation. Il m’avait assuré qu’il le faisait chaque fois que c’était possible ! C’était sa prière du soir !

Exercices d’articulation

Il était maintenant primordial d’indiquer rapidement à Xavier comment placer sa voix parlée. Je n’ai donc pas attendu, pour cela, que tous les fondamentaux soient parfaitement en place.

Dans un premier temps, après notre petite vocalisation, nous pratiquions, pendant une dizaine de minutes, des exercices d’articulation. Il s’agissait de phrases difficiles que nous « chantions », dans un premier temps, sur des exercices ultra-simples. (*)

(*) Les quintes en sons conjoints sont suffisantes pour cela.

Le « support chanté » a l’avantage de faciliter l’articulation, le rythme imposé cadrant le débit des mots. De plus, l’Appui abdominal est ainsi mieux contrôlé. Je me servais de phrases telles que :

- Un chasseur sachant chasser doit savoir chasser sans son chien…

- Seize jacinthes sèchent dans seize sachets sales…

- Suis-je bien chez ce cher Serge si chaste et si sage, etc.

Naturellement, les phrases ci-dessus (et beaucoup d’autres), étaient ensuite travaillées en voix parlée avec un Appui abdominal adéquat et un rythme de mots correct ! Elles peuvent être choisies en fonction des difficultés de l’élève.

Une constante cependant dans ce travail :

En parlant comme en chantant, l’Appui abdominal et les réactivations diaphragmatiques doivent être perçus ! En voix parlée comme en voix chantée, le contrôle sera possible en vérifiant qu’un léger bombement épigastrique a lieu à l’expiration. (*)

(*) Il est bien entendu qu’un comédien qui donne une tirade dans Cyrano de Bergerac le sentira bien plus qu’une personne parlant normalement dans un salon !

Vous trouverez les détails de ce travail dans le billet :

« Le bégaiement est-il guérissable ? »

Messa di voce et modulations

Des progrès importants étant acquis, j’ai pu introduire ces deux exercices difficiles. Ils ont contribué à aider Xavier à réguler au mieux le débit de son souffle. Nous les pratiquions seulement dans un ambitus confortable (si1/si2). La « messa di voce » était faite sur « ô » et j’avais choisi la modulation « a é i ô u ou on an â ». Cette modulation, comprenant « on et an », a l’avantage - entre autres - de faire prendre conscience de la résonance nasale. (*)

(*) Je ne parle pas ici de « nasillement » mais de la nasalité normale qui doit être présente dans tout médium).

La manière de pratiquer ces deux exercices est expliquée dans le billet :

« Le cours de technique vocale type »

Une fable

Naturellement, il nous fallait un texte pour appliquer toutes nos découvertes. J’ai demandé à Xavier d’apprendre « La laitière et le pot au lait », une fable de La Fontaine que j’affectionne particulièrement. Il l’a très vite sue par cœur et nous avons pu faire sur elle un vrai travail de comédien, variant intensité et rapidité d’élocution !

Dès les premiers essais, il a été évident pour moi (et pour lui) que nous vivions un grand moment. Xavier pouvait désormais parler fort sans ressentir la moindre fatigue en voix projetée !

Il déclamait à la fois d’une manière plus forte et plus grave. J’étais très content de ce résultat mais lui en était positivement enchanté. C’était aussi la récompense des nombreux efforts personnels qu’il avait faits. Notamment se taire pendant les rencontres de foot ! A ce sujet, je lui ai promis qu’il pourrait bientôt recommencer à « s’exprimer » un peu plus au cours de ces maths. (*)

(*) En effet, avec une voix consolidée et de meilleurs appuis, ses cris n’auraient plus le même impact négatif.

Nous n’y étions pas encore ! Une bonne dose de patience était encore nécessaire.

Tous nos outils de travail étaient en place et fonctionnaient bien. Le résultat ne faisait aucun doute, nous approchions du but !

Epilogue

Les exercices choisis, bien ciblés, ont suffi effectivement à assurer la progression vocale de Xavier. De cours en cours, sa voix devenait plus tonique. Il pouvait désormais déclamer sa fable avec éclat sans pour cela s’enrouer le moins du monde ! Une autre fable très connue de La Fontaine, « Les animaux malades de la peste », avait succédé à la première.

Malgré ces progrès plus qu’évidents, je lui demandais de continuer à se surveiller vocalement ! Il avait, par exemple, sur mes conseils, pris l’habitude de boire des tisanes d’Erysimum et de laisser fondre de temps en temps sous sa langue quelques granules d’Arnica. Je lui avais également fortement conseillé de suivre quelques principes simples d’Hygiène vocale !

Voir le billet : « L’hygiène vocale »

Au bout d’une année - je ne m’étais pas trompé sur la durée - Xavier était totalement tiré d’affaire ! Il ne nous restait plus qu’à apprendre quelques chansons !

A bientôt ?

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Jean Laforêt

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