Billet du Jeudi 28 décembre 2017 : Gros souci vocal
Dernière mise à jour : 17/12/2018  
 
Le Billet Actu (119/161)

Chronique du Lundi 18 octobre 2010

J'aimerais avoir une voix plus virile !

Hervé M. (Etudiant en droit - 26 ans)

Bonsoir monsieur. Je viens de consulter plusieurs de vos billets et j’éprouve le besoin de vous écrire malgré cette heure tardive. Ma voix me cause un problème qui, les années passant, me tient de plus en plus à cœur ! En deux mots, je la trouve trop fluette, pas assez virile ! Certains de vos écrits me laissent entrevoir qu’une solution existe peut-être pour moi. J’aimerais vous rencontrer pour un bilan vocal. Mon tel est le (x). Cordialement. Hervé.

Ma réponse

Hervé. Moi aussi, je suis devant mon ordinateur à cette heure tardive. Je vous rassure donc sans plus tarder ! A moins de causes particulières, très rares, une solution existe sûrement pour vous ! Restez confiant ! Je suis pratiquement certain qu’un travail vocal cernant bien votre cas vous aidera à tonifier votre voix. Je vous appellerai sans faute demain. Bien cordialement. Jean Laforêt.

Bilan vocal d’Hervé

J’ai reçu Hervé la semaine suivante pour un bilan vocal. C’est un jeune homme très grand (1,9o m), souriant et sympathique. Notre premier contact a été excellent. Ses tout premiers mots ont été :

- Avant d’avoir découvert par hasard votre site et pris connaissance de plusieurs de vos billets, je pensais que mon problème était sans espoir. Maintenant, j’en ai un peu…

- Oui, il existe des solutions. J’ai fait travailler plusieurs personnes ayant comme toi des difficultés de voix parlée. Dans tous les cas, leur problème a été soit totalement résolu, soit très largement atténué !

- Si ça pouvait être mon cas !

- Pourquoi pas ?

- C’est surtout les histoires de Patrick L. et d’Armand N. qui m’ont motivé. De peur de tergiverser encore, je vous ai envoyé tout de suite un mail…

- Je crois que tu as bien fait ! Ces deux rééducations ont été en effet couronnées de succès et j’en garde un très bon souvenir !

Voir les rééducations de Patrick L. et d’Armand N. dans les billets :

« Parler fort m’est impossible »

« Un gros problème de voix parlée »

Ensuite, il m’a exposé en détail son souci vocal ! Je le sentais très nerveux. Il parlait vite et sa respiration était superficielle. Il m’apprit que, depuis sa puberté, sa voix le dérangeait vraiment ! Il la trouve « haut perchée » et sans consistance. Il l’accuse de tous les maux ! Par exemple, il refait très souvent le message d’accueil de son répondeur sans être jamais satisfait du résultat ! Il me dit aussi que sa voix, en le rendant peu sûr de lui, perturbe sa vie sentimentale… Il a également des scrupules à s’exprimer à voix haute en public ! (*)

(*) Pour un futur avocat, ce dernier point est, en effet, très gênant !

Il pensait qu’avec les années, cela s’arrangerait mais il me dit qu’au contraire, son problème semble empirer ! Il est persuadé qu’avec une voix plus grave et plus tonique sa vie serait complètement changée ! (*)

(*) J’ai cru comprendre, en poursuivant plus avant notre conversation, qu’il semblait envier la voix grave et sensuelle d’un ami à lui…

Tout en l’écoutant attentivement, je jugeais que son timbre, un peu serré il est vrai, n’était pas aussi « problématique » qu’il le pensait ! Un certain travail était sans doute nécessaire, mais dans des proportions raisonnables ! (*)

(*) L’aspect psychologique avait certainement une grande importance chez Hervé !

Les tests vocaux

Hervé n’avait jamais chanté et prétendait chanter faux ! Je l’ai cru sur parole jusqu’au moment où nos premiers tests - réalisés torse nu et ventre libre - m’ont fait changer d’avis ! Sa respiration et ses appuis laissaient beaucoup à désirer mais, en revanche, il avait une excellente oreille ! Quant à sa voix, bien que non travaillée, elle bénéficiait de bonnes possibilités ! Une petite raucité était perceptible dans son timbre mais il n’y avait vraiment pas de quoi fouetter un chat !

Cependant, je sais d’expérience que :

« Les choses ne valent que par l’idée que l’on s’en fait ! »

Je me suis donc bien gardé de lui faire part de mes premières impressions ! Je lui ai dit surtout ce qu’il souhaitait entendre :

- Effectivement ta voix doit être travaillée pour acquérir plus de tonicité, de grave et de mordant !

- Oui, elle est trop fluette. Elle ne me correspond pas du tout. Cela me gêne vraiment dans ma vie de tous les jours ! Je ne suis crédible… nulle part !

- Oui, je comprends ce que tu ressens. Rassure-toi, cela peut s’arranger très bien avec du travail !

- J’aimerais pouvoir parler plus grave et plus fort !

- J’ai bien compris !

Comme dit plus haut, Hervé était d’un tempérament très nerveux. Cet état, entretenu notamment par son souci vocal, n’arrangeait rien ! Il était indispensable, en premier lieu, de détendre ce garçon ! La moitié de notre futur travail était là (*)

(*) Sa voix manquait peut-être d’un peu de grave, de tonicité et de mordant mais son problème était loin d’être aussi crucial qu’il le pensait ! Je me faisais fort, s’il coopérait, de le résoudre assez rapidement.

- Sais-tu que tu es extrêmement nerveux ?

- Oui, c’est vrai.

- La voix a besoin de calme pour trouver sa meilleure place de résonance. Il faudra donc que tu acquières ce calme pour donner à notre travail toutes les chances de réussir.

- Je devrais faire des relaxations ?

- Exact. C’est indispensable. Elles nous permettront, tout en améliorant ton état nerveux, de rendre ta respiration plus profonde. Pour l’instant, tu respires beaucoup trop superficiellement.

- J’ai toujours été un peu agité, je fais tout trop vite…

- C’est bien là une partie du problème ! Il faut que tu apprennes à te contrôler.

- Ma voix s’en ressentira en mieux ?

- Oh oui ! Et pas seulement ta voix ! Contrôler sa respiration est très important. Nous pourrons ensuite réaliser dans de bonnes conditions le travail vocal nécessaire pour améliorer ton timbre.

- Combien de temps faudra-t-il ?

- La bonne question ! Je ne sais pas ! Le moins de temps possible !

- C’est à dire, à peu près…

- Un an ? Ou beaucoup moins, qui sait ?

Nous avons opté pour un cours vocal intégral. Rendez-vous a été pris pour la semaine suivante.

Voir le billet : « Le chant thérapie, un cours vocal intégral »

Les premières leçons

Elles se sont déroulées sans l’ombre d’un problème. Hervé s’est vite rendu compte, comme beaucoup d’élèves avant lui, de l’état de tension qu’il véhiculait dans sa vie de tous les jours. Tout d’abord, il m’avait dit que les relaxations risquaient de lui enlever toute son énergie ! Ce fut tout le contraire. Très rapidement, il y a pris goût, ainsi qu’au massage qui suivait ! (*)

(*) Il me disait être tout neuf à la fin des cours, de se sentir beaucoup plus en forme !

Les bâillements sonores

Bientôt, juste après la détente et le massage, je l’incitais à bâiller le plus possible, tout en s’étirant. Hervé devait parfois « simuler », mais de vrais bâillements ont très vite fait leur apparition ! Ensuite, j’ai ajouté la notion de bâillements « sonores » ! (*)

(*) Il devait tout simplement rendre sonores – sans jamais les forcer - les expirations de chacun de ses bâillements !

J’ai vite constaté que sa voix se libérait assez bien dans ces exercices tout simples. Je ne cherchais là que la « vérité » d’un son venant d’un corps qui s’abandonnait ! Hervé m’a assuré plusieurs fois se sentir vraiment très bien à la fin de ces petites séries de bâillements. Je lui ai conseillé de les pratiquer aussi chez lui dans la mesure du possible. (*)

(*) J’avais conscience que ces « bâillements sonores », provoqués ou non, lui apportaient une très salutaire détente !

Le Taïchi

Il a consisté tout d’abord à travailler « consciemment » sa respiration abdominale.

Juste après les relaxations et les séries de bâillements, il respirait déjà plus calmement. Son corps s’ouvrait davantage et sa respiration était plus profonde. Mais, invariablement, l’habitude reprenant le dessus, elle s’étriquait de nouveau rapidement ! Notre travail a donc consisté à l’amplifier tout en lui conservant son calme et sa profondeur. Pour cela, j’ai employé un exercice basique qui lui a très bien réussi :

Je lui demandais de souffler doucement, joues gonflées et lèvres rapprochées comme pour siffler, en rentrant « consciemment » doucement l’abdomen. Cette expiration était matérialisée par un léger bruit de souffle <<< fff à la sortie des lèvres. Il devait ensuite « se laisser aspirer » en provoquant un léger bruit « grave » en pensant Ah >>>. (*)

(*) Ce bruit, que j’appelle « grave » est provoqué par le passage de l’air « aspiré » à travers la glotte. Il signe une bonne ouverture de gorge à ce moment-là.

Au départ, nous ne faisions que de très courtes respirations. Elles ont été allongées progressivement.

L’essentiel était qu’elles soient « parfaitement » réussies ! L’expiration <<< fff doit durer approximativement deux fois plus longtemps que l’aspiration Ah >>> qui suit (et qui ne doit – je me répète - jamais être forcée) (*)

(*) Pratiquement, si l’expiration se fait en six secondes, l’aspiration doit se réaliser sensiblement en trois (ne pas vouloir la faire plus rapidement).

Au fur et à mesure de l’exercice, « ce va et vient respiratoire » <<<<<< fff Ah >>> s’allonge pour réaliser bientôt une large respiration profonde. (*)

(*) L’expiration doit rester régulière en débit et en force. Lorsqu’on allonge l’exercice, on doit souffler plus longtemps mais ni plus vite ni plus fort ! Il peut arriver – c’est excessivement rare - que l’on ressente parfois un petit symptôme vertigineux. Il suffit alors d’arrêter quelques secondes pour récupérer complètement.

Préparation aux cris

Quand l’exercice précédent a été parfaitement réussi, j’ai demandé à Hervé, une fois l’inspiration réalisée avec le bruit « grave », d’émettre – en conservant la position inspiratoire - un son très doux et très profond sur « a ». A ce moment-là, le souffle est filtré au niveau de la glotte. Je me répète encore : on ne doit absolument pas forcer ! (*)

(*) Le son produit s’apparente un peu à un râle !

La phase suivante a consisté en des séries de cris contrôlés très doux, réalisés en maintenant une relation pneumo-phonique parfaitement équilibrée. (*)

(*) Il m’est impossible de décrire ici la progression de ces exercices. La façon de procéder pour mener à bien cette opération est très délicate. Elle doit être contrôlée de façon permanente pour éviter le moindre dérapage !

J’ai été étonné de voir avec quelle facilité Hervé a compris et réalisé ce travail. C’était un plaisir de l’entendre crier ainsi, de plus en plus fort, sans accuser la plus petite fatigue vocale ! Il me disait que ces exercices lui faisaient un bien fou. (*)

(*) En fait, tout en travaillant sa voix, il libérait une bonne partie de ses tensions !

Voir les billets : « La technique vocale fondamentale » et « Les fondamentaux de la technique vocale ».

Vocalisation simple, trois mois après…

Parallèlement au travail décrit ci-dessus, nous consacrions maintenant un quart d’heure, en fin de leçon, à une vocalisation simple. Il s’agissait pour lui de retrouver, dans la meilleure statique verticale possible, les bonnes sensations d’ouverture de gorge et d’Appui, si bien cernées en position allongée. Au début, comme beaucoup, il a eu quelques difficultés pour cela. Le « ressenti » vocal est très différent en position verticale !

Voir, pour informations complémentaires, le billet :

« La technique vocale de base ».

Assez vite cependant, il a pu chanter - sans aucun serrage de gorge et avec un assez bon équilibre pneumo-phonique - des quintes en sons conjoints très acceptables sur la voyelle « a » !

(*) Notre ambitus de travail était modeste (do2/do3), l’essentiel n’était pas la performance. Je visais seulement à obtenir et conserver, pendant les exercices, un bon équilibre pneumo-phonique en évitant absolument le plus petit serrage de gorge.

Le calme retrouvé

Un autre facteur d’importance jouait maintenant en notre faveur : Hervé, grâce aux relaxations, aux massages et au « Taïchi » était beaucoup plus calme ! D’autre part, sa « guérison », qu’il voyait se profiler de plus en plus nettement, contribuait aussi à le rasséréner et à lui donner un moral d’acier. Il me dit un jour :

- Depuis quelque temps, j’ai beaucoup moins mal à l’estomac !

- Tu ne m’avais jamais parlé d’un mal à l’estomac !

- J’ai peut-être oublié de le faire !

- Sans doute. Tu avais mal souvent ?

- A la moindre contrariété, j’avais comme une brûlure au creux de l’estomac.

- Tu en avais parlé à ton médecin ?

- Oui, c’était nerveux, selon lui !

- Tu as été soigné pour ça ?

- Oui, mais sans grand résultat !

- Maintenant, ces douleurs ont diminué ?

- De beaucoup ! Je ne sens pratiquement plus rien !

Je lui dis en souriant :

- C’est que tu as un meilleur moral !

- Ça oui !

- Et surtout, que tu es beaucoup plus calme !

- Je n’en reviens pas !

- Tout se tient !

Un timbre plus grave dans une gorge plus libre

Il était évident aussi que son timbre s’améliorait de plus en plus. Il en était très conscient, d’où son moral au beau fixe ! Il me dit un jour, avec un petit sourire :

- J’ai refait ce matin le message sur mon répondeur ! Il me semble mieux ! Voulez-vous l’écouter ?

- OK ! Je vais t’appeler !

A l’instant même, j’ai appelé son numéro avec mon portable ! Effectivement, il n’y avait pas photo ! La voix enregistrée était bien la sienne mais le timbre en était plus grave et beaucoup plus affirmé ! Hervé souriait… (*)

(*) Un meilleur état nerveux, la détente de la gorge, la respiration profonde correcte et une meilleure maîtrise de l’Appui abdominal étaient responsables de ce petit miracle ! Le test du répondeur était primordial pour Hervé ; pour moi, il n’avait fait que mettre en exergue ce que je savais déjà !

En effet, depuis quelque temps, j’avais remarqué qu’il parlait « spontanément » d’une voix plus libre et légèrement plus grave. Je n’avais plus, en l’écoutant, la sensation d’un serrage laryngé. La petite raucité que j’avais remarquée au tout début tendait, elle aussi, à disparaître au profit d’un timbre plus présent. (*)

(*) Notre travail intégral avait attaqué le problème d’Hervé sous tous les angles à la fois ! Les premiers résultats tangibles étaient là !

Son propre ressenti

Pour l’auditeur, la voix d’Hervé n’était qu’un peu plus grave et plus libre.

En revanche, pour lui qui le vivait de l’intérieur, ce petit changement était énorme ! Plus calme, il sentait mieux ses résonances de poitrine. Il parlait désormais avec « son corps » et en avait conscience ! Sa voix, plus intégrée, lui appartenait enfin ! Le cercle vicieux était rompu ! L’escalade du mieux était en route !

Maintenant, il osait se lancer, parlant souvent assez fort seulement pour s’amuser.

La vitesse supérieure

Le temps était venu d’aller un peu plus loin… ne serait-ce que pour assurer l’acquis ! La « vitesse supérieure » a consisté à corser notre vocalisation pour fortifier au maximum sa voix désormais plus libre. J’ai progressivement ajouté les principaux exercices vocaux que tout chanteur doit avoir à son « répertoire » de travail journalier. (*)

(*) Naturellement, comme dans toutes les rééducations, je les ai adaptés à ses possibilités. Le but était simplement de tonifier sa voix. Aucun autre challenge n’était au programme.

Voir ces exercices dans le billet : « Le cours de technique vocale type ».

Une fable et quelques chansons enfantines

J’ai choisi de lui demander d’apprendre, en travail d’application, « Les animaux malades de la peste », de La Fontaine. Cette fable, assez longue, comporte des difficultés « complémentaires » très intéressantes. Pour un futur avocat, c’était parfait. Nous l’avons travaillée en détail, d’abord en lecture « recto tono » puis en déclamation normale !

Ce travail a beaucoup intéressé Hervé. Il pouvait désormais parler longtemps, avec une voix qu’il aimait, en variant ses inflexions… sans se fatiguer !

Voir les billets : « Le bégaiement est-il guérissable ? » et « La rééducation de la voix parlée ».

Parallèlement, pour compléter notre entraînement, je l’ai décidé à apprendre quelques chansons enfantines. Nous les chantions sur play-back en fin de cours, en nous amusant beaucoup !

Epilogue

L’histoire d’Hervé se termine là ! Sa rééducation avait duré un peu moins d’un an ! Ce garçon si « chahuté » par une voix qui le dérangeait vraiment, avait vu progressivement sa vie changer de couleur !

De grise, elle était devenue rose !

Il m’a confié que sa confiance en lui était bien meilleure… dans tous les domaines ! Sa nouvelle « virilité vocale » l’habitait maintenant tout entier et lui donnait… des ailes !

Il était prêt à « avaler » le monde !

A bientôt ?

Pour consulter les archives des billets, c’est ici !


Jean Laforêt

< Billet précédent

Retour au billet actuel

Billet suivant >