Billet du Jeudi 28 décembre 2017 : Gros souci vocal
Dernière mise à jour : 19/12/2018  
 
Le Billet Actu (12/161)

Chronique du 18 décembre 2005

La respiration du chanteur

E-mail de Robert D. que je résume…

« Je ne sais pas respirer correctement. Je suis sûr que c’est ce qui m’empêche de bien chanter. J’ai beaucoup apprécié votre site. Je suis trop loin de Paris pour vous rencontrer et puis, actuellement, je n’ai pas les moyens de prendre des cours de chant. Pourriez-vous quand même me donner quelques conseils ? »

Ce n’est pas si simple, mon cher Robert, mais je vais au moins essayer de vous expliquer pourquoi… ce n’est pas simple !

La respiration est un des grands sujets qu’il est impossible de traiter en quelques mots… Chaque cas, là aussi, est à étudier séparément. Il faut observer la personne, la voir physiquement respirer pour, ensuite, lui indiquer certaines choses, corriger certaines attitudes qui peuvent entraver – chez elle – cette fonction. Ce n’est pas « tout » dans l’émission vocale mais assez important tout de même pour que l’on s’y arrête un peu.

Tout d’abord, la première chose à obtenir est le relâchement abdominal au moment de l’inspiration .

Comment ?

En quelques mots : 1) Dans une posture correcte, souffler doucement par la bouche tout en rentrant le ventre (en contractant vos abdominaux) – compter mentalement jusqu’à sept pendant cette opération – avec un bruit ressemblant à fff… 2) L’expiration terminée, relâcher calmement le ventre en laissant entrer l’air par la bouche entrouverte – compter jusqu’à cinq - le ressentir descendre profondément, le ventre se gonflant comme un « ballon souple »… (sans pour cela être poussé musculairement vers l’avant !) 3) Arrêter un instant en retenant son souffle – comme surpris – (compter mentalement jusqu’à deux), puis recommencer l’opération jusqu’à l’obtention d’un résultat satisfaisant, le ventre rentrant pendant l’expiration et ressortant légèrement lors de l’inspiration. Souffler, inspirer, souffler, inspirer… etc.

La position allongée aide au début à obtenir ce résultat.

Mais, ce premier stade étant acquis, il faut aussi tenir compte du physique des personnes. Certaines sont plutôt longilignes (minces, élancées, avec un buste long) alors que d’autres, au contraire, sont plutôt brévilignes (trapues, bustes courts, etc.) et d’autres encore… naturellement, entre les deux ! N’oublions pas les cyphoses (dos ronds), les lordoses (cambrures très prononcées) etc. Bref, en gros, il faut tenir compte de paramètres multiples qui diffèrent avec chaque individu…

Brièvement : pour les personnes « longilignes » on insistera sur la priorité – pour elles – d’utiliser un souffle davantage costal et dorsal car ces personnes ont souvent la fâcheuse tendance d’oublier de se servir de leurs côtes et de leur dos, privilégiant seulement leur abdomen dans l’inspiration… Les physiques « brévilignes » auront souvent la tendance inverse, oubliant leur ventre... privilégiant inconsciemment une inspiration large, certes, mais souvent trop haute ! Il faudra donc insister, pour ces personnes-là sur la nécessité d’une inspiration profonde et faisant intervenir leur abdomen… Les porteurs et porteuses de cyphoses seront gênés pour l’ouverture sternale… Les lordoses prédisposeront à la fameuse poussée du ventre vers l’avant à l’inspiration et il faudra combattre ce défaut !

Il faut voir, toucher, faire prendre conscience à chacun des problèmes qui sont les siens afin d’obtenir une coopération active…

On me parle souvent de l’écartement des côtes ! Bien évidemment qu’elles doivent s’écarter (mais seulement après le relâchement abdominal qui doit marquer le début de toute inspiration) et rester ensuite ouvertes pendant l’acte vocal ; mais, encore ici, il faut expliquer et montrer, car une respiration costale mal comprise peut parfois faire totalement abstraction de la profondeur du souffle… et alors, attention aux dégâts car l’appui du chant est complètement perturbé, les bons muscles n’étant plus sollicités !

Autre point important : Il est inutile (et parfaitement nuisible) de prendre trop de souffle pour chanter une phrase musicale courte… Tout doit s’équilibrer et cela se travaille !

Et, j’y reviens… inspirer profondément ne signifie pas pousser son ventre vers l’avant, le plus bas possible… surtout pas !

Mais, Robert, malgré la difficulté d’un travail à distance, je voudrais tout de même essayer de vous aider (votre souci respiratoire m’a permis de développer ce point qui intéresse sûrement de nombreuses personnes).

En premier lieu : si vous passez par Paris, n’hésitez pas à me téléphoner, je vous recevrai avec plaisir. Je pourrai ainsi vous donner quelques conseils qui vous serviront car ils s’appliqueront seulement à vous.

En attendant, essayez de vous procurer l’excellent livre de Louis-Jacques Rondeleux : « Trouver sa voix » aux éditions du Seuil. C’est un petit guide de travail vocal dont les premiers chapitres devraient vous aider dans votre démarche « respiratoire ». Et n'hésitez pas ensuite à continuer la lecture...

Mais souvenez-vous que la bonne respiration n’est que le premier chapitre du livre du chant… Il y en a beaucoup d’autres… car le livre est important… mais tellement passionnant !

Bonne chance dans votre quête mon cher Robert.

Je profite de ce petit article pour vous souhaiter à tous de très belles fêtes de Noël et beaucoup de bonheur partagé à cette occasion.

 

Mon prochain billet sera consacré à une question importante à mes yeux :

 

Quels sont les symptômes de « l’abus vocal » ?

 

A bientôt ?

 

Accédez à la liste complète des billets en cliquant sur ce lien : > Archives des billets actu <


Jean Laforêt

< Billet précédent

Retour au billet actuel

Billet suivant >