Billet du Jeudi 28 décembre 2017 : Gros souci vocal
Dernière mise à jour : 19/12/2018  
 
Le Billet Actu (136/161)

Chronique du Dimanche 01 septembre 2012

Problème vocal complexe

Edwin O. (23 ans – chanteur débutant)

Bonjour,

C'est avec beaucoup d'intérêt que je suis vos billets que je trouve très complets et utiles. J'ai 23 ans et je vous contacte car je suis un chanteur débutant, qui aimerait travailler sa voix afin de la professionnaliser. Je suis une personne réservée et je le ressens lorsque je chante : je suis tendu, ma gorge tire.

Malgré plusieurs professeurs de chant, je ne parviens pas à me lâcher ni à prendre confiance en mon éventuel potentiel de chanteur. Me reconnaissant dans nombreux de vos billets, j'ose espérer pouvoir réussir grâce à vous et un travail commun, à surmonter mes lacunes.

Dans l'espoir de vous rencontrer afin de pouvoir travailler ensemble, voici mon numéro de téléphone (x).

Cordialement,

Edwin O.

Ma réponse :

Bonsoir Edwin. Je vous remercie de votre mail dont je viens de prendre connaissance. Je vous appellerai demain sans faute pour que nous prenions rendez-vous pour un bilan vocal.

Bien cordialement

Jean Laforêt

Bilan vocal

J’ai reçu Edwin la semaine suivante. C’est un beau garçon, aux cheveux bruns coupés ras. Très souriant et très ouvert, il m’a tout de suite été sympathique… d’autant qu’il porte le même prénom que le personnage que je jouais dans « Princesse Czardas » !

Il travaille dans la restauration où, malgré son jeune âge, il est responsable d’une équipe d’une quarantaine de personnes !

Il m’a expliqué en détail que, bien qu’ayant consulté et pris des cours avec plusieurs professeurs de chant, il n’arrivait pas à se « lâcher » (c’est le mot qu’il a employé, comme dans son mail !) Il est tendu en chantant et ressent une nette impression de résistance au niveau de la nuque. Il m’assure n’avoir aucun manque de souffle et que sa voix ne se « casse » pas vite ! Cependant, ses aigus sont difficiles alors que ses graves lui paraissent normaux…

La voix de ténor semble l’attirer…

Il s’est défini comme timide et traqueur. Son trac se manifeste par des chaleurs et des sueurs. Dans ces moments, sa gorge est serrée et sèche, il a parfois des trous de mémoire et rougit volontiers ! En revanche, il ne pense pas être émotif, anxieux ou angoissé… bien qu’il avoue avoir des douleurs récurrentes au niveau du plexus solaire !

Il m’a révélé aussi qu’il se trouvait trop mince et que, de ce fait, il lui était quasiment impossible de se montrer en maillot de bain. Il fuyait les piscines !

Manifestement, il se dévalorise car je pense que beaucoup de jeunes garçons seraient fiers d’avoir son physique ! Ma devise se vérifie donc encore ici :

« Les choses ne valent que par l’idée que l’on s’en fait ! » (Jean Laforêt)

Pour moi, il est certain que ce tableau révèle un indéfinissable mal être que le beau sourire d’Edwin masque difficilement. Je ne lui pose aucune question sur cet aspect important… laissant le temps au temps ! Je sens que son désir de bien chanter est fort et je sais qu’une motivation de ce type est susceptible de faire des miracles… Je sais aussi, par expérience, que le chant bien émis constitue une merveilleuse thérapie générale !

Les tests

Ils ont eu lieu torse nu et ventre libre.

Je lui ai tout d’abord demandé de chanter a cappella quelques lignes d’une chanson de son choix pour savoir quel était son geste vocal actuel.

Il a chanté doucement, articulant peu… sa respiration était abdominale mais les appuis absents. Le larynx montait énormément malgré un chant relativement « médium » et, de ce fait, la gorge se serrait très vite et beaucoup !

Les appels au loin :

Je lui ai demandé ensuite de crier, comme pour prévenir une personne située assez loin de lui d’un danger immédiat… Il a essayé mais ses appels restaient en gorge et sonnaient mal ! Il criait vraiment difficilement malgré une voix qui, à mon avis, bien que « bridée », paraissait exister !

En revanche quelques sons sur « ô », dans le grave, ont révélé une très belle qualité vocale, insoupçonnable dans son essai précédent !

Edwin était sans doute « basse » et possédait un très joli timbre !

La vocalisation :

Nous avons parcouru avec divers exercices un ambitus situé approximativement entre fa1 et ré3. Sur « ô », dès la2, j’ai constaté que, malgré mes indications « correctives », le timbre quittait la place de résonance, perdait ses qualités de voyelle fermée et devenait irrésistiblement o (de Paul). Du fait – entre autres - de la montée du larynx, le « â » s’éclaircissait également dangereusement dès cette même note (la2). Les « i » et les « é » étaient naturellement très serrés, les « é » se transformant très vite en « è » !

Bref, cette voix était à « placer » entièrement. Cela promettait d’être « coton » car j’étais certain que de nombreuses somatisations provenant d’un problème purement psychologique freineraient notre travail !

« Les difficultés ne sont pas pour me déplaire… j’ai toujours aimé les challenges ! »

J’ai détecté également un problème d’oreille qui, quoique discret en apparence, était susceptible de jouer un rôle important dans son manque d’assurance.

A la fin du bilan, nos tests confirmèrent ma toute première impression : Edwin avait une voix de basse. Peut-être serait-il « basse-chantante », mais sûrement pas le ténor qu’il souhaitait devenir… même si le timbre, actuellement très clair dans le médium par manque de résonance et d’appuis corrects, pouvait laisser supposer une voix plus légère !

De plus, j’étais maintenant tout à fait convaincu qu’un travail sérieux, à la fois physiologique et psychologique, serait indispensable pour placer correctement sa voix. Il était évident que ce jeune homme véhiculait de nombreuses inhibitions ! Il fallait qu’il reprenne confiance en lui…

Décision de travail

Après avoir beaucoup commenté ensemble ce bilan, Edwin s’est décidé, sur mon conseil, à entreprendre un « cours vocal intégral » ! Dans son cas, c’était en effet la meilleure façon de travailler sa voix tout en combattant une forme de stress qui ne le gênait sûrement pas seulement dans son chant, mais également dans sa vie de tous les jours !

Voir le billet : « Le chant thérapie, un travail vocal intégral. »

Les premiers cours

Sa coopération a été totale. Malgré sa timidité, au bout de quelques cours, il a pu s’abandonner totalement en relaxation. Bien que n’ayant jamais pratiqué cet exercice auparavant, il m’a dit très vite apprécier beaucoup ce « relâchement » général ainsi que le massage et le taïchi qui suivaient.

Les tensions importantes, situées au plexus solaire et au niveau de la nuque et des trapèzes dont il m’avait parlé, ont été suivies en priorité. Les massages les faisaient régresser de façon sensible mais j’ai vite compris qu’elles étaient surtout la résultante de facteurs psychologiques et ne s’estomperaient que lentement, au fil des cours. (*)

(*) A mon avis, les tiraillements qu’il ressentait dans la nuque étaient dus à sa façon de chanter actuelle et disparaîtraient vite avec une bonne technique d’émission. L’avenir proche nous le dirait ! La douleur au plexus, en revanche, semblait être de tout autre nature.

Note :

En taïchi, j’ai enseigné à Edwin – entre autres - un exercice spécifique destiné à rééduquer son diaphragme tout en approfondissant sa respiration abdominale réflexe. Ce mouvement, très simple d’exécution, est expliqué en détail dans le billet :

« Comment rendre ma voix plus performante ».

La rétention du souffle

Nous l’avons travaillée en position allongée. Edwin n’en avait… qu’une très vague idée. (*)

(*) L’exercice consiste tout simplement en des expirations très douces sur « Pss » en débit constant et faible, de durées variables, suivies d’inspirations abdominales réflexes et silencieuses, réalisées bouche et gorge ouvertes. Il est intéressant, pour une même durée expiratoire (x), de s’entraîner à « se laisser inspirer (**) » soit très vite soit très lentement afin de dominer parfaitement le geste.

(**) L’inspiration doit être ressentie comme passive !

Edwin est parvenu assez bien au bout de quelque temps à réaliser ces enchaînements… pas spécialement faciles à réussir correctement.

Voir le billet : « Comment changer ma voix »

Petite vocalisation

Nos premiers cours se terminaient par une vocalisation ultra-simple. Essentiellement basée sur la voyelle « ô », destinée à mettre progressivement en ordre le geste vocal ! Cette voyelle est particulièrement utile à ce stade pour fixer la place de résonance tout en positionnant assez bien le larynx. Parvenir, sans serrer la gorge, à maintenir la couleur « fermée » de cette voyelle jusqu’aux environs du haut-médium, apprend – entre autres - à « ouvrir » progressivement les maxillaires. (*)

(*) Il va de soi que ce travail sur « ô » n’est valable que si la gorge est correctement ouverte et qu’un bâillement « réprimé » accompagne l’ascension de la voyelle ! Il faut naturellement fuir un « ô » étriqué, chanté au prix d’un serrage de gorge !

Edwin ne parvenait que très difficilement à maintenir la couleur « ô » au-delà de la2, malgré un souffle de « mieux en mieux » appuyé… et des explications complètes et répétées sur l’ouverture de la gorge ! (*)

(*) Plus simplement expliqué, sa voix partait en arrière, quittant très tôt la place de résonance.

Sa motivation étant sans faille… j’étais certain que tout cela viendrait en son temps !

Progrès

Au bout d’un mois, notre travail de fond a commencé à donner des fruits… de sérieux progrès montraient le bout de leur nez. La respiration réflexe mieux assurée et la statique très améliorée favorisaient un meilleur appui général de la voix. Les « ô » notamment étaient maintenant obtenus sur do3 (voire do#3). J’étais de plus en plus convaincu qu’Edwin – attiré notamment par le Gospel - pourrait un jour réaliser son rêve… bien chanter ! (*)

(*) Son timbre, beau de nature, s’affirmait de plus en plus, gagnant en profondeur et en puissance.

D’autre part, les relaxations, les massages et notre travail de taïchi commençaient à provoquer des bâillements de plus en plus fréquents, longs et profonds. (*)

(*) Les bâillements signent toujours une libération importante des tensions internes ! Tout allait dans le bon sens. Edwin me disait terminer ses cours en pleine forme, ses douleurs au plexus solaire et ses tiraillements de nuque étant moins présents à ce moment-là !

La modulation a…é

Elle lui a permis de desserrer ses « é » !

Bien que ce soit un exercice délicat à réaliser, je l’avais commencé tôt et bien m’en avait pris ! Edwin réussit assez vite à le chanter correctement. Cela a permis une avancée importante vers l’ouverture de la gorge qui lui faisait tellement défaut !

Comment procéder :

La bouche maintenue entrouverte (de la largeur de deux doigts environ), la pointe de la langue détendue (lovée contre son filet), il s’agit de chanter alternativement les deux voyelles sur la même note : â << é <<< â <<< é <<< â sans refermer la bouche ni serrer la gorge ! (*)

(*) Pour éviter, ou tout au moins « limiter » le serrage de gorge, s’assurer que les piliers (pour simplifier : les amygdales) sont souplement ouverts juste avant l’attaque. Le larynx se trouve ainsi dans la bonne position de chant.

Nous pratiquions cette modulation par demi-tons ascendants dans le bas-médium et le médium (la1/la2 pour Edwin) dans un tempo assez lent. D’autres exercices, supportés par ces mêmes voyelles, ont suivi.

Je me répète :

Cette modulation doit se chanter dans une amorce de bâillement, tout en conservant à l’ouverture buccale sa position de départ. Dans le haut-médium, elle sera naturellement un peu plus accentuée que dans le grave. Sur « é », le dos de la langue aura un mouvement d’ascension qu’il ne faudra pas contrarier. A aucun moment, la langue ne doit se raidir.

Des « ô » et des « â »

Un autre exercice s’est révélé tout à fait intéressant. La succession de « ô » et de « â » avec, comme support, des arpèges d’accords de quintes.

Comment procéder :

Exemple en do majeur : chanter AAôôA sur do/mi/sol/mi/do (le premier « ô » se trouve sur la dominante « sol »)

Avec Edwin, nous faisions cet exercice en descente de gamme, en partant de sol2 (sol si ré si sol/ fa#... etc.

Lui qui n’arrivait pas – il y a peu de temps encore - à réaliser un « ô » sur sib2 est parvenu progressivement à chanter des ré3 en bâillant presque correctement cette voyelle. J’en étais très satisfait… ré3 étant approximativement sa note de passage.

De surcroît, de façon générale, son larynx s’assagissait et ne montait plus autant…

La gymnastique vocale

Au bout de deux mois, sa voix étant mieux posée, j’ai commencé à lui en enseigner progressivement tous les éléments.

Trois cours ont suffi pour qu’il en saisisse les phases principales et les mette en pratique. Il a pu ainsi, à l’aide des quintes syllabiques très articulées qui la composent, « lancer » sa voix avec détermination et… en toute sécurité. Des mib3 sur ô - non serrés - ont ainsi pu être réussis d’une façon dynamique. (*)

(*) Certains élèves sont très lents à assimiler ces mouvements de gymnastique vocale qui réclament une synchronisation parfaite de diverses fonctions souvent éloignées les unes des autres ! Dans ce travail au service de la voix, la statique, les muscles du visage, la sangle abdominale, les bras et la langue sont sollicités d’une façon simultanée et dynamique !

Voir certaines précisions dans le billet : « L’articulation dans le chant »

Douleur au plexus solaire et tiraillements à la nuque

Après trois mois seulement, Edwin m’a appris un jour que sa douleur récurrente au plexus solaire et les tiraillements qu’il ressentait à la nuque semblaient avoir disparu…

Je m’attendais à ces bonnes nouvelles mais j’ai été à la fois très heureux et… assez surpris qu’elles arrivent aussi tôt ! (*)

(*) Elles indiquaient que notre travail portait ses fruits mais pouvaient également n’être qu’un agréable répit… L’avenir nous donnerait la réponse !

La couverture dynamique sur « â »

Elle a été « approchée » une première fois à la fin du quatrième mois de cours ! Etant donné les problèmes d’Edwin, cela tenait du miracle car de nombreux chanteurs (sans avoir les mêmes difficultés générales que lui) « butent » parfois longtemps là-dessus !

Ce « miracle » est arrivé au cours d’un exercice banal de quintes ascendantes sur « â ». Edwin, que les Dieux devaient soutenir à ce moment-là, a parfaitement franchi son deuxième passage sans qu’aucun serrage de gorge n’intervienne ! Il en a été le premier surpris. En technique italienne, si elle est émise en bonne direction sur un « â » (italien), la voix se colore d’elle-même en s’enracinant, sans qu’il soit besoin d’y adjoindre un assombrissement quelconque ! Seule la « pression » du souffle et l’ouverture de la gorge sont importantes.

« Notons aussi que la pression du souffle, exercée correctement, facilite aussi l’épanouissement de la gorge » (*)

(*) Un chanteur plus expérimenté qu’Edwin aurait sans doute voulu améliorer la chose… en essayant d’adjoindre à mes explications l’une ou l’autre des « recettes » glanées par-ci par-là dans les cours de chant précédents ! Lui ne s’est posé aucune question et a réussi presque correctement la couverture de son deuxième passage, en suivant simplement mes indications à la lettre !

Voir le billet : « Le bâillement technique du chanteur »

C’est vraiment un grand moment pour l’élève et… aussi pour moi quand ce mécanisme se réalise (même imparfaitement) pour la première fois. Le chanteur sent très bien que quelque chose d’inhabituel vient de se produire. L’effort et les tensions de sa gorge disparaissent et, surtout, s’il est baryton, le fa3 qu’il vient de chanter lui semble être un ré3 !

Dans la progression technique, ce grand moment n’est pourtant qu’un début. Il faudra ensuite retrouver cette « couverture dynamique » et la réussir de multiples façons ! Toutes les voyelles, avec leurs caractéristiques propres, devront suivre le même chemin. La « messa di voce » puis des modulations devront pouvoir être chantées sur toute la zone de transition (mi3/sol3 pour un ténor… (*)

(*) En fait, on pourrait « presque » dire que c’est au moment où la couverture dynamique du deuxième passage est réussie que tout commence !

Comme je m’y attendais un peu, Edwin eut le plus grand mal à retrouver pendant les cours suivants la « couverture » miraculeuse qui avait justifié ce chapitre. J’avais déjà constaté cela avec plusieurs élèves. Il y a toujours un temps de « un jour oui/un jour non » avant d’acquérir définitivement le bon procédé. Attendons un peu…

L’arrêt du souffle

Les cours suivants ont été marqués par un fait important :

La bonne réalisation par Edwin de « l’arrêt du souffle abdominal », juste avant une attaque.

Je lui en avais bien évidemment expliqué plusieurs fois le principe mais, aujourd’hui, le « ratage » de plusieurs attaques sur « â » dans le haut-médium, m’a fourni l’occasion de lui repréciser en détail cette action si importante !

« A savoir que la suspension du souffle précédant l’attaque (mise en place de la colonne d’air) doit être « l’aboutissement » d’une mise en pression de celui-ci - plus ou moins importante selon la note à atteindre. »

Cela est primordial et ne signifie en aucun cas un blocage « fermé » réalisé en contractant ses abdominaux… mais au contraire une ouverture « conservée » des basses-côtes en fin d’inspiration ! (*)

(*) En fait, à l’attaque du son et pendant l’exercice qui suit (quel qu’il soit), on doit avoir l’impression de continuer à se dilater!

Voir les billets : « L’attaque du son » et, pour des explications plus détaillées sur la mise en pression du souffle abdominal avant l’attaque :

« Comment rendre ma voix plus performante »

Edwin à la piscine

Tout arrive ! Edwin m’a dit un jour en arrivant :

- Il faut que je te dise quelque chose…

- Oui ?

- Je suis allé à la piscine avec ma copine…

- Super, cela fait beaucoup de bien…

- Tu ne te souviens pas que j’avais horreur de me montrer en maillot de bain ?

- Ah oui ! Je n’y pensais plus ! Alors, tu as franchi le pas ?

- Oui, mais c’était le soir et il y avait peu de monde…

- Magnifique… c’est un beau début. Il faudra remettre ça en période d’affluence ?

- …

Voix de fausset

Ce travail-là a permis à Edwin d’améliorer son oreille tout en faisant connaissance de ce « lieu » pratiquement inconnu de lui. Au tout début, il n’arrivait même pas à émettre un « i » ou un « â » (juste ou non) en fausset. Il ne « trouvait » pas cette voix-là ! Cependant, petit à petit, après exemple et explications diverses et variées, il est parvenu – en quelques cours - à chanter ces voyelles sur des arpèges d’accords de quintes et d’accords parfaits dans un ambitus intéressant (approximativement : la2/do4). (*)

(*) Le travail de la voix de fausset a un grand intérêt à mon avis.

En premier lieu, il permet tout simplement de la découvrir… et de s’en servir le cas échéant !

En deuxième lieu, le geste vocal employé étant strictement le même que pour la voix pleine (seule la pression du souffle est différente), il permet de travailler ce geste sans risque de se faire mal…

En troisième lieu, j’ai constaté depuis longtemps que « chanter juste » en voix de fausset (donc, sur des fréquences élevées) améliorait la justesse de la voix pleine.

Voix mixte

Parallèlement à notre travail sur la voix de fausset, nous avons recherché une autre émission, également inconnue de mon chanteur, la voix mixte.

Cette façon d’émettre - qui n’est pas du fausset - et permet à la voix de monter très haut avec un appui et un certain « corps » n’est pas toujours facile à découvrir pour un débutant. C’est cette émission-là qui, correctement exécutée, donnera par la suite naissance à la voix communément appelée « mixte appuyée » !

Ce jour-là, nous n’avons pu qu’en esquisser le schéma ! Néanmoins, les sons qu’Edwin a réussi à émettre dans l’aigu – difficilement, il faut bien le dire - étaient bien en voix mixte, c’est une certitude ! Il faudra désormais la travailler patiemment… pour « l’appuyer » progressivement plus. (*)

(*) Edwin m’a appris peu après que, lorsqu’il fredonnait une chanson très aiguë, il avait l’impression de sortir des sons de cette nature, sans pouvoir les manier facilement…

La vocalisation en voix mixte fait désormais partie de notre programme de travail hebdomadaire. Certains chanteurs ont beaucoup de difficultés avec elle et certains ne parviennent pas du tout à la découvrir !

Donc, cette possibilité, incontestable chez lui, était une chance à saisir !

Comme dit plus haut, avec certaines dispositions et beaucoup de travail, cette émission est susceptible de devenir plus tard une « voix mixte appuyée » (voix relativement puissante), employée par de nombreux chanteurs d’opéra et quelques rockers célèbres !

Voir le billet : « La voix mixte appuyée »

Voix pleine et ballon souple

La bonne exécution du deuxième passage en voix pleine nécessite, en plus d’une ouverture de gorge correcte, un très bon appui abdominal, souple et constant. Je me répète sans cesse : un bon appui ne signifie jamais une contraction intempestive des abdominaux !

Depuis quelque temps déjà, Edwin abordait assez bien son deuxième passage. Pour le faciliter, en contrôlant plus efficacement encore l’action de l’appui abdominal, j’ai imaginé pour lui un petit exercice… (*)

(*) Un ballon souple, de la taille d’un gros pamplemousse est nécessaire pour cette opération.

Pratique :

Après avoir pris une respiration abdominale (sans la bloquer) appliquer, souffle gardé, ce ballon au creux de l’estomac de façon que, repoussant un peu celui-ci vers l’intérieur, il « rentre » légèrement. (*)

(*) Je me répète, car c’est primordial : au moment d’appliquer le ballon, le souffle abdominal doit être pris sans être « bloqué » (les muscles abdominaux doivent être relâchés) de façon à ce qu’il puisse pénétrer un peu.

L’exercice consiste ensuite, en bonne statique, à chanter un arpège quelconque, sur « â » de préférence (on peut se servir, le cas échéant, d’une voyelle qui serait plus favorable) en maintenant le ballon ainsi appliqué.

Si l’exercice est bien fait, le ballon sera repoussé vers l’extérieur pendant le chant (dès l’attaque et pendant toute la durée de l’arpège), jusqu’à la prochaine inspiration abdominale réflexe qui provoquera, par dépression, une légère « rentrée » du ballon.

Ce moyen est très simple et très efficace pour contrôler l’action d’un appui abdominal souple. De cette façon, il devient « palpable » !

Il faudra naturellement s’entraîner ensuite à réussir à chanter sans cette béquille…

Mais, le corps a une mémoire. Au bout de quelque temps, il aura compris !

S’amuser en articulant des phrases difficiles

Tout en continuant notre programme général, j’ai appris à Edwin quelques exercices amusants destinés à prendre conscience et à fortifier sa musculature labiale. Ce travail, complétant celui de la gymnastique vocale, est très profitable au chanteur, tout comme au comédien…

Pratique :

Il consiste, sur un support musical, à articuler diverses phrases difficiles à prononcer (allitérations, etc.)

Voir des applications pratiques dans le billet : « Le bégaiement est-il guérissable ? »

Attaques sur le voisement des consonnes

Qu’est-ce que le voisement de la consonne ?

On pourrait dire, pour faire simple, qu’il s’agit de « la voix de la consonne… » Elles en ont peu (de voix), c’est un fait certain ! Il est facilement perçu avec « s » : il s’agit du petit sifflement qui précède chaque mot commençant par « s » : (ss) sommet, (ss) sonnette, etc.

En fait, en règle générale, c’est le petit bruit qui précède l’émission de chaque consonne… (*)

(*) Certaines, comme « p » ou « k » n’en produisent aucun !

Contrairement à l’exercice précédent dont l’utilité est plus générale, l’attaque, en se servant du voisement des consonnes, est réservée aux chanteurs classiques. (*)

(*) A l’attaque, un mot doit être parfaitement compris sans pour cela « enfermer » la voyelle dans la forme de la consonne qui la précède !

Dans le chant lyrique, les voyelles doivent pouvoir s’épanouir librement. Par exemple, sur une attaque, le « b » du mot « bas » ne doit servir qu’à la compréhension du mot, la voyelle « â » qui suit doit pouvoir « chanter » le plus librement possible !

L’attaque sur le voisement des consonnes est expliquée dans le billet :

« L’attaque du son »

Bien qu’il ne soit pas d’une actualité urgente, j’avais commencé assez tôt ce travail d’attaque avec Edwin afin qu’il fasse son œuvre tout doucement !

Le problème d’oreille

Depuis le début de nos leçons, à chaque cours, nous faisons des reconnaissances de notes et de petits motifs musicaux simples que je joue au piano et qu’il doit répéter ensuite après un petit laps de temps. Edwin a beaucoup progressé grâce à ce travail. Maintenant, il ne fait que de rares erreurs et retient des motifs de plus en plus longs et difficiles. Très souvent, je peux lui dire :

- Zéro faute !

Son bon sourire me répond qu’il est content !

Une première chanson

J’ai choisi de lui demander d’apprendre tout d’abord une chanson que j’aime beaucoup : « La ville s’endormait… » qui figure dans le dernier album de Jacques Brel.

Au cours suivant, Edwin, micro en main, l’a chantée plusieurs fois. Je dois avouer que j’ai été très agréablement surpris du résultat ! Je m’attendais à ce qu’il soit intéressant mais il a dépassé de loin mes espérances !

Cette chanson demande que la sensibilité de l’interprète s’exprime avec une grande simplicité. Une excellente articulation, au service d’une interprétation calme et profonde, est indispensable ici. Tout cela fut rendu au mieux. J’avais insisté pour que, tout en se gardant d’imiter Brel, il conserve la même ambiance à la chanson que son illustre ainé. Rien à dire non plus là-dessus ! Il gomma instantanément le peu d’inflexion douteuse que j’avais relevé !

Edwin, pour un premier essai a réussi un coup de maître ! Il est artiste dans l’âme, c’est certain ! (*)

(*) On ne devient pas artiste… on l’est ou on ne l’est pas ! Aucun exercice ne permet de travailler cela !

Nous avons décidé de mettre à notre programme, dans un premier temps, plusieurs belles chansons du grand Jacques ! Elles conviennent parfaitement à sa voix et à sa sensibilité !

Pourtant, chacun sait que rien n’est facile dans Brel !

A bientôt ?

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Jean Laforêt

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