Billet du Jeudi 28 décembre 2017 : Gros souci vocal
Dernière mise à jour : 17/12/2018  
 
Le Billet Actu (137/161)

Chronique du 01 octobre 2012

Je parle trop lentement

Guillaume A. (Sophrologue – 26 ans)

Bonjour M.LAFORET,

Je fais appel à vous car ma voix me pose un problème: c'est simple, je ne l'aime pas! Je trouve qu'elle manque de caractère, de puissance et de tonalité. De plus, elle est très lente. Il arrive que parfois, sans m'en rendre compte, je trouve un ton que je trouve séduisant mais, très rapidement, il disparait. Je souhaiterais donc effectuer un travail sur ma voix. Cordialement. Guillaume

Ma réponse :

Bonsoir Guillaume,

Merci de votre mail dont je viens de prendre connaissance. Vous pouvez m'appeler pour un rendez-vous au 06 08 94 23 78

Bien cordialement

Jean Laforêt www.jean-laforet.fr

Bilan vocal de Guillaume

J’ai reçu Guillaume la semaine suivante pour un bilan vocal. Il est togolais, grand et mince et d’une très belle couleur marron foncé ! Je saurai plus tard qu’il mesure 1,89 m ! Son sourire est étonnamment large et éclatant !

Il vient d’obtenir son diplôme de sophrologue. Son sport favori est la boxe qu’il pratique assidûment ! Il aime également aussi beaucoup écrire, surtout de courtes « nouvelles » traitant des différents aspects de la vie…

Il m’explique en détail son problème, déjà énoncé clairement dans son mail. Il me redit ne pas aimer du tout sa voix qu’il trouve lente et sans caractère ! Il se dit timide, anxieux et angoissé et avoue un trac qui se traduit parfois par des tremblements intérieurs et des sueurs.

Il est calme d’aspect mais je subodore qu’il est intérieurement très nerveux !

Je l’observe attentivement pendant notre conversation. Son débit de paroles est effectivement très lent. Sa voix est douce, assez haut perchée et relativement monocorde. Il prend son temps pour choisir ses mots et y parvient d’ailleurs très bien. Son vocabulaire est riche et précis.

Les tests

Ils ont été réalisés torse nu et ventre libre.

Guillaume a tout d’abord chanté d’une voix faible quelques lignes d’une chanson que je ne connaissais pas. L’articulation était pratiquement absente. Il suivait cahin-caha, en respirant à peine (et d’une façon thoracique), une mélodie variant très peu de tonalité… Il était évident qu’une inhibition importante l’habitait tout entier et l’empêchait de donner sa voix. Je ne dirais pas qu’il avait le trac ; c’était quelque chose de beaucoup plus subtil et plus profond que je ressentais chez lui !

Je lui ai ensuite demandé de « crier » pour prévenir quelqu’un, situé assez loin, d’un danger immédiat. Comme je le pensais, ce test ne fut pas du tout concluant. Guillaume était incapable de crier vraiment ! Il est seulement parvenu à émettre quelques sons qui auraient été difficilement perçus à dix mètres !

Les tests vocaux qui suivirent ont immédiatement montré un très sérieux problème d’oreille. Guillaume était incapable de répéter les notes que je jouais au piano. Il était assez gravement « amusique ».

« Ce handicap pouvait expliquer à lui seul bien des choses. »

Sa respiration, gênée de surcroît par une cambrure très prononcée, était thoracique (un aspect tout à fait mineur par rapport au problème d’oreille).

Après avoir discuté de ce bilan, nous avons opté pour un travail intégral, parfaitement indispensable dans son cas.

Voir le billet : « Le chant thérapie, un travail vocal intégral »

Les premiers cours

Guillaume a coopéré à 100%. Aussi, les relaxations et le taïchi vocal ont rapidement donné des résultats satisfaisants. J’ai notamment pu obtenir assez rapidement une respiration abdominale presque correcte en position allongée, permettant de travailler « dans la foulée » ce que j’appelle « les râles ». (*)

(*) Ce sont de faibles gémissements sur la voyelle « â » réalisés bouche entrouverte. Aucune justesse n’est recherchée dans cet exercice. Je m’attache seulement à obtenir le meilleur équilibre pneumo-phonique possible.

Voir les billets :

« Un gros problème de voix parlée »

« La technique vocale fondamentale »

Travail d’oreille

Depuis le tout début, lorsqu’il était bien relaxé, je lui faisais répéter les notes que je jouais au piano. Assez vite, à ma grande surprise, il avait pu « repérer » à peu près correctement les sons situés entre la1 et mi2.

Ce faible ambitus, pour lui… représentait un exploit !

Toujours en position allongée, nous avions ensuite travaillé sur « ô » et « â » avec des tierces et quintes ascendantes en sons conjoints puis des arpèges d’accords de quintes, selon les possibilités du moment !

Ma patience et sa motivation se sont révélées payantes.

Les progrès étaient conservés d’une semaine à l’autre. Conscient de la fatigue que pouvait provoquer chez lui cette recherche incessante de justesse, je ménageais souvent de courtes pauses…

Cambrure et souffle « dorsal »

Pour travailler le souffle dorsal, j’ai eu recours à plusieurs exercices spécifiques.

Sa cambrure était une réalité physique incontournable et, de surcroît, il entretenait à cet endroit précis de multiples tensions. Les massages et certaines postures favorisant la respiration dorsale améliorèrent grandement son confort.

Voir des explications sur ces postures dans les billets :

« Comment rendre ma voix plus performante »

« L’inhibition abdominale »

Une fable

Sans attendre, parallèlement à notre travail respiratoire et vocal, j’avais demandé à Guillaume d’apprendre « La laitière et le pot au lait », une fable de La Fontaine. Cela était tout à fait indiqué pour lui… pour parfaire son élocution.

Nous consacrions un petit quart d’heure à ce travail, en fin de séance. Au tout début, ce fut assez laborieux ! Guillaume enchaînait mal les phrases et butait beaucoup sur des mots parfois très simples. De plus, il récitait ce texte d’une façon assez monotone…

Pour pallier ces défauts, je lui ai tout d’abord fait dire cette fable en lecture recto tono (sur le même ton). De cette façon, le contrôle du débit du texte est très efficace. On peut concentrer toute son attention sur les réactivations diaphragmatiques. Nous parlions sur un ré2 ! (*)

(*) Je lui demandais, tout en conservant la meilleure statique possible, de bien ressentir le relâchement de son diaphragme à chaque ponctuation ainsi que l’appui du mot qui suivait !

Tout se passa très bien. Assez vite, une certaine continuité dans le débit se fit jour. Certes, le « phrasé » (même en recto-tono) était loin d’être parfait, certaines syllabes accrochaient encore un peu. Cependant, des intonations plus justes et mieux appuyées étaient de plus en plus souvent au rendez-vous. Notre fable commençait à vivre. (*)

(*) Les réactivations diaphragmatiques, désormais presque correctes, structuraient l’architecture du discours et aidaient l’élocution. Pour parler plus simplement, les appuis, inexistants au tout début, « portaient » désormais beaucoup mieux les phrases. Je constatais également avec plaisir que l’intonation commençait à chasser la monotonie qui régnait au tout début !

La gymnastique vocale

Notre travail général a produit, au bout de quelques mois, des fruits excellents ! Guillaume parcourait maintenant, avec une justesse suffisante, un ambitus de plus d’une octave. Je pouvais donc commencer à lui enseigner les éléments de la gymnastique vocale. Elle contribuerait notamment à fortifier son articulation, en combattant énergiquement une certaine « mollesse » naturelle, et à améliorer sa respiration dorsale !

Sportif (il pratiquait assidûment la boxe), il connaissait bien le fonctionnement de son corps. Il réussit très vite – deux leçons ont suffi - à en intégrer tous les éléments.

Voir des détails sur la gymnastique dans le billet :

« L’articulation dans le chant »

Progrès continus

Au début des cours, l’espoir que j’avais d’arriver à faire chanter (même un peu) Guillaume était inexistant. Certes, j’attendais une confortable amélioration de sa voix parlée avec le travail général très pointu que nous faisions mais les progrès acquis aujourd’hui me laissent pantois.

Guillaume chante maintenant sa gymnastique vocale dans un ambitus allant de la1 à re3 avec une justesse, encore relative certes, mais tout de même « inimaginable » il y a quelque temps. Il a parfois encore du mal à retrouver la note de départ lorsque nous redescendons l’exercice mais c’est de plus en plus rare.

Chaque cours, bien entendu comporte toujours une recherche de note et de petits motifs simples en fin de relaxation. Là aussi, les progrès sont tangibles ! La détente générale du corps facilite l’écoute. Je l’avais déjà constaté maintes et maintes fois mais là, je suis comblé par le résultat !

Guillaume est la preuve éclatante que cette façon de procéder est vraiment fiable !

D’autre part, notre fable a maintenant perdu toute monotonie. Il la récite en vrai comédien, accélérant et ralentissant le débit de paroles à son gré, donnant des inflexions nouvelles à chaque cours !

J’ai l’intention de lui faire apprendre bientôt quelques chansons enfantines… Nous en avons déjà vaguement parlé !

Les phrases difficiles

Notre programme s’est enrichi ! A chaque leçon, je lui fais également répéter des phrases réputées difficiles :

Didon dina dit-on du dos d’un dodu dindon

Un chasseur sachant chasser doit savoir chasser sans son chien, etc.

Je suis agréablement surpris de voir à quel point il réussit à bien prononcer ces phrases et allitérations diverses ! Il arrive à les dire rapidement, très distinctement ! Cela tient presque du miracle !

Autre sujet de contentement :

Il m’a dit s’apercevoir lui-même, dans sa vie de tous les jours, d’un certain progrès, notamment en ce qui concerne la force et la portée de sa voix.

- Je n’arrivais pas à me faire comprendre dans une ambiance bruyante… maintenant, c’est terminé !

- Cela ne m’étonne pas du tout ! Maintenant, ta voix, mieux « appuyée », frappe une meilleure place de résonance.

- C’est un peu comme dans la fable !

- Exactement ! Tu retrouves dans ta vie de tous les jours, la faculté de « t’écouter parler » (*), comme dans la fable. En fait, tu as maintenant conscience de l’impact de ton discours et de la manière de t’y prendre pour être bien perçu…

(*) Naturellement, le terme « s’écouter parler » que j’emploie ici, n’est pas un conseil pour se gargariser de son discours ! J’insiste seulement sur le ressenti technique…

Les chansons enfantines

Ça y est, nous avons commencé !

« Au clair de la lune » a débuté la série. Ce sera la première chanson que Guillaume aura fredonnée ! Ça lui a fait « tout drôle » de s’entendre chanter au micro mais, très vite, il a pris goût à cette première ! Nous avons « bissé » trois fois cette petite chanson tellement connue… mais si difficile pour quelqu’un dont l’oreille est déficiente !

Le test fut positif !

Nous continuons, Guillaume et moi… vers de nouvelles aventures !

A bientôt ?

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Jean Laforêt

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