Billet du Jeudi 28 décembre 2017 : Gros souci vocal
Dernière mise à jour : 19/12/2018  
 
Le Billet Actu (14/161)

Chronique du 16 janvier 2006

Quels sont les symptômes de l'abus vocal ?

Comment se rend-on compte que l’on a abusé de sa voix ?

Cette question, qui m’a été posée par Julien W., est très intéressante et je vais tâcher d’y répondre de mon mieux.

Quels sont les « symptômes » de l'abus vocal ? Ils sont parfois évidents et parfois plus sournois… Mais il est important de bien les connaître, ces symptômes, afin d’en tenir compte avant qu’il ne soit trop tard ! (et cela va très vite quelquefois). Il vaut toujours mieux prévenir que guérir !

Cette question peut paraître enfantine de prime abord. Par exemple, un chanteur de rock, s’étant produit une bonne partie de la nuit dans des conditions parfois difficiles, ressentira très souvent le lendemain une gène dans sa voix parlée… une certaine raucité (le timbre est voilé, la voix n’a pas sa profondeur habituelle). En principe tout rentrera dans l’ordre le lendemain. Cela est normal… il a l’habitude et ne s’inquiètera pas outre mesure. Peut-être a-t il raison… Il pensera sans doute, s’il lit ces lignes : « Pourquoi un article sur une chose aussi évidente ? J’ai un peu trop donné hier-soir, je suis un peu enroué, c’est normal ! » Si pourtant cette petite baisse de forme durait un peu trop, si tout ne rentrait pas dans l’ordre assez rapidement, qu’il lise cet article jusqu’au bout car la question de Julien me donne l’occasion de développer un peu mon propos en parlant des conséquences d’abus vocaux répétés dont le chanteur n’a pas forcément une conscience exacte dès le début. Il se croit dans la routine… mais le compte à rebours a quelquefois déjà commencé...

Prenons comme exemple un chanteur classique sans histoire particulière, d’un bon niveau et travaillant maintenant seul sa voix. Les troubles, au début, passeront presque inaperçus et ne l’inquièteront qu’à peine ! Il aura forcé sans s’en rendre vraiment compte, un jour de méforme, comme cela arrive souvent ! Mais, ce jour-là…

Bien sûr il se rendra compte, le lendemain de l’effort, que sa voix parlée sonne un peu plus haut, est moins facile, un peu voilée, résonne moins dans son corps ! Il a déjà eu ces impressions désagréables… cela passera au premier son un peu appuyé, pense-il… deux ou trois arpèges dont il a le secret et tout repartira comme avant ! D’ailleurs son chant, en lui-même, n’est pratiquement pas gêné. Il peut encore « donner » assez bien ses airs… Cela passera, pas de panique ! Il pourra aussi constater parfois de petits craquements discrets sur les tenues de certaines voyelles (A surtout), notamment dans le grave et le médium où les appuis sont moins importants. Ceci ne l’alarmera pas encore ! N’a-il pas déjà ressenti ces petits troubles ? Quelques exercices bien ficelés lui donneront encore l’impression de rétablir les choses… une bonne technique d’émission efface toujours les mauvais plis… et, comme il ne doute pas un seul instant de la sienne, rien ne peut donc lui arriver de fâcheux !

Si, pourtant, au bout de quelque temps, ses exercices n’ayant pas l’effet souhaité, il constate que la zone de passage principale (fa à sol pour un ténor, ré à mi pour un baryton, si à ré pour une basse) est plus difficile, que sa voix « coule » moins bien, qu’il doit appuyer davantage pour passer son aigu… En un mot : que la couverture des sons, au niveau de son passage est plus difficile (surtout avec la voyelle A), il devrait s’interroger très sérieusement. Mais notre chanteur continue de penser que tout va s’arranger ! Cependant, s’il veut chanter dans l’aigu, il doit « ouvrir » sa voix de plus en plus haut, « éclaircir », dans le mauvais sens du terme… Mais, malgré tout, le chant est encore possible avec des appuis de plus en plus puissants… disproportionnés ! Puis, très vite, si ce n’est déjà fait, la « messa di voce », notes prises piano, enflées et diminuées de nouveau, deviendra de plus en plus problématique– voire impossible à réaliser correctement – (le son cassera au moment du piano final). La voix de fausset, elle aussi sera très difficile et un bruit d’air sera perçu dans le son qui sera voilé ou… absent tout simplement !

Tous ces signes, s’ils persistent un certain temps, sont ceux qui doivent vraiment alerter le chanteur. A ce stade, il est peut-être encore temps d’éviter la catastrophe (je veux parler du nodule – une des pires épreuves pour lui – qui se profile à l’horizon). Il devrait s’arrêter de chanter quelques jours, consulter un O.R.L – spécialiste des chanteurs si possible – et, dans presque tous les cas, s’interroger sur sa technique vocale car les mêmes causes créant toujours les mêmes effets, tous les traitements du monde (cortisoniques ou non) ne résoudront rien en profondeur et ne feront qu’illusion très momentanément. Mais il ignore tout cela…

A ce stade-là, il ne serait pas encore trop tard pour consulter un bon professeur de chant qui pourrait l’aider à redresser la barque…

Vous l’aviez compris, tous ces symptômes sont ceux d’un malmenage vocal répété qui pérennise un état de fatigue. Ils sont très sérieux même si le chanteur, en s’accrochant bien, peut encore se donner l’illusion de chanter un air ! Pour cela, comme dit plus haut, il devra renforcer de plus en plus ses appuis, couvrir de moins en moins sa voix – les A en particulier – qui ne sortiront bientôt plus qu’ouverts avec une coloration de plus en plus claire – voire criarde – et, petit à petit, le bel équilibre de jadis se détériorera encore davantage, le legato sera plus heurté, certains « couacs » feront leur apparition et, enfin, même les notes aiguës données en pleine puissance sortiront une fois sur deux… puis plus du tout, les couacs succédant aux couacs, un enrouement quasi continuel s’installera !

Oui, je sais ! j’ai tracé un tableau très noir !!! Je l’ai fait volontairement car le chanteur sûr de sa technique – souvent à tort d’ailleurs - croit qu’il peut venir seul à bout de ces ennuis qu’il juge mineurs. Ils ne le sont pas, loin de là ! Et il continue à essayer ceci, puis cela, et encore autre chose… et s’y perd !

Voici, à mon avis, ce qu’il est raisonnable de faire dans ces cas-là :

1) Aux premiers signes, ne pas s’affoler, mais se reposer, ne pas chanter pendant quelques jours, parler doucement (sans timbrer exagérément les sons) car la voix parlée fatigue énormément le larynx, prendre un anti-inflammatoire léger (aspirine, etc.)

2) Voir ensuite un bon professeur de chant car on s’entend mal soi-même. Celui-ci jugera, avec quelques exercices-tests, de la réelle gravité du problème.

3) Si les troubles persistent, ne pas attendre et consulter un ORL qui verra l’état exact du larynx et donnera un traitement adéquat, assorti d’un repos vocal - court si possible - pour éviter l’atrophie musculaire et ménager les nerfs du chanteur…

4) Le traitement médical terminé, ne pas recommencer à travailler seul pour éviter toute erreur de jugement. Voir son professeur de chant pour cela !

5) Quand le larynx aura récupéré complètement, une visite de contrôle chez le médecin ORL serait souhaitable pour vérifier que tout est désormais complètement normal.

6) Et, la chose la plus importante à mon avis : acquérir une bonne technique vocale qui seule assurera une voix saine… et pour longtemps !

Je sais que j’ai brossé un tableau sombre mais la voix, pour un chanteur ou une chanteuse, c’est souvent tout ! J’en connais qui, après un accident vocal irrémédiable, ont sombré dans la dépression nerveuse !

Cela ne vous arrivera jamais si vous me faites l’amitié de suivre – au moins un peu – mes conseils !

 

Chantez, chantez… mais, restez vigilants !

 

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A bientôt ?


Jean Laforêt

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