Billet du Jeudi 28 décembre 2017 : Gros souci vocal
Dernière mise à jour : 19/12/2018  
 
Le Billet Actu (146/161)

Chronique du Samedi 14 septembre 2013

Je perds mon aigu

Antoine V. (24 ans - chanteur de rock)

Bonsoir monsieur,

C'est Pierre V. que vous avez fait travailler qui m'a parlé de vous. J'ai 24 ans et suis le chanteur d'un groupe de rock depuis trois ans (ténor). Je me pose vraiment des questions car il m'est de plus en plus difficile de chanter, surtout dans l'aigu. Au début, tout allait à peu près bien. J'avais seulement un peu de fatigue après les répètes mais ça revenait vite. J'ai lu certains de vos billets et je voudrais faire un bilan afin d'avoir un avis sérieux. Mon tel est le (X).

Merci d'avance. Antoine.

Ma réponse :

Antoine,

Je viens de prendre connaissance de votre mail dont je vous remercie. Rassurez-vous, le problème que vous m'exposez est commun à de nombreux chanteurs. En principe, il s'agit d'un défaut d'émission qui, avec le temps et certaines conditions aggravantes (fatigue momentanée, alcool, cigarettes), prend les proportions que vous décrivez. Vous êtes jeune, une solution est certainement possible. Je vous appellerai demain afin que nous prenions rendez-vous pour un bilan vocal.

Bien cordialement

Jean Laforêt   www.jean-laforet.fr

Le bilan vocal d'Antoine

J'ai reçu Antoine quinze jours après cet échange de mails. C'est un grand jeune homme brun (1,88 m, me dira-il par la suite), très sympathique. Il travaille dans l'informatique mais sa passion est le rock. Il chante dans un groupe depuis quelques années sans problème particulier. Avec une inquiétude palpable, il m'explique que, très progressivement, il perd ses moyens vocaux et que, depuis six mois environ, cette dégringolade semble s'accélérer anormalement. Il est fatigué vocalement après chaque répétition et ne récupère que très difficilement. Deux ou trois jours lui sont nécessaires, alors qu'auparavant le lendemain tout allait mieux. Plus inquiétant : même reposé au début des répètes, il peine " grave " (je cite) dans des morceaux qu'il chantait facilement l'année dernière.

Je l'écoute attentivement pendant qu'il m'explique en détail son problème. Bien que possédant une certaine tonicité, sa voix est un peu rauque et me rappelle celle de mon frère qui était un fumeur invétéré !

- Est-ce que la cigarette fait partie de tes vilains défauts ?

- Hélas, oui ! Presque deux paquets par jour

- C'est un peu trop...

- Oui, je sais. J'ai essayé plusieurs fois d'arrêter...

- Et tu as recommencé !

- Oui !

- Il faudra essayer de réduire mais je ne pense pas que la cigarette seule soit responsable de tout ! J'ai connu de gros fumeurs qui n'avaient pas d'ennuis vocaux. Pourtant, c'est incontestablement un facteur aggravant !

- Je vais bien finir par arrêter !

- Fais-le pour toi ! Je pense plutôt que la cause de tes ennuis est surtout technique. Nous allons vérifier ça avec quelques tests.

Les tests vocaux

Ils furent réalisés torse nu et ventre libre.

Antoine avait apporté le play-back d'une des chansons du groupe. C'était parfait, je l'entendrais ainsi exactement dans son élément.

Il était vraisemblablement ténor. Mais quel désastre ! Je n'ai pas eu à attendre les passages les plus aigus pour m'apercevoir des énormes défauts d'émission qui étaient les siens. Il s'agissait même d'un panel assez complet de tout ce qu'il convient d'éviter. Le souffle était thoracique haut, le buste et le ventre totalement crispés, la gorge serrée. De plus, Antoine ne respirait qu'à peine, ce qui contribuait à augmenter de façon importante les contractions de son buste qui accompagnaient chaque phrase ! Tout cela lui donnait une voix tendue, stridente, écrasée, cravatée à souhait. (*)

(*) Cravater signifie appuyer sa voix en gorge " au niveau de la cravate ", le corps ne participant pratiquement pas (ou si peu) à l'émission.

Pour résumer, c'était avec un corps complètement bloqué qu'il chantait comme il pouvait ! Cet essai fut suffisant pour moi. Je jugeais inutile de poursuivre ce bilan avec une vocalisation quelconque. Le problème était plus qu'évident. Il fallait tout reprendre à zéro, détendre ce corps, lui apprendre à respirer profondément puis... enfin tout ! Antoine n'avait dû qu'à sa jeunesse (et à une résistance hors du commun) d'avoir pu chanter aussi longtemps sans un ennui vocal plus grave, nodule ou autre traumatisme tout aussi réjouissant.

" Perdant progressivement ses moyens vocaux, il avait certainement forcé de plus en plus pour " assurer " ! Le cercle infernal du malmenage vocal avait été lancé et ne s'arrêterait qu'avec un arrêt total du chant suivi d'une rééducation approfondie. La " reprise " devrait se faire très doucement, avec des morceaux relativement aisés ! "

Tout cela, je l'ai su en une seconde.

Dès qu'il eut terminé sa chanson, je lui ai expliqué ce qu'il en était, sans rien omettre. Je lui ai dit aussi que j'avais bon espoir de lui rendre sa facilité vocale (et même beaucoup plus) mais à certaines conditions cependant. Premièrement, il était indispensable que nous entreprenions un " travail intégral " (relaxation, taïchi vocal, etc.) le seul indiqué dans son cas. Aucune vocalisation, même très pointue, n'aurait suffi à améliorer sa voix. Il fallait frapper fort et loin, l'aspect psychologique de " défaite " ayant eu tout le temps de s'installer profondément.

(*) Voir à ce sujet le billet : " Le chant thérapie un travail vocal intégral "

- Tu connais le déroulement du cours intégral ?

- Oui, j'ai lu le billet. Je suis d'accord, il faut tout revoir !

- C'est indispensable mais ce n'est pas tout. Il faudra " oublier " ton groupe pendant quelque temps ! Tu ne devras chanter qu'au cours tant que ta rééducation ne sera pas terminée et ta voix consolidée. Aucune dérogation n'est permise sous peine de tout faire capoter !

- Même pas des chansons faciles ?

- Non, même pas ! Cela remettrait tout notre travail en question ! Es-tu décidé à faire cet effort ?

- OK !  Mais ce sera dur !

- Tu crois pouvoir tenir le coup ?

- Oui.

- Tu n'en mourras pas et le groupe non plus. Quand tu reprendras, tu seras le roi !

- OK ! On y va !

N'ayant pas fait la série de tests habituels, il me restait un peu de temps. J'en ai profité pour faire travailler Antoine, en position allongée, sur quelques exercices respiratoires simples qu'il pourrait essayer de refaire chez lui. (*)

(*) Le déroulement habituel du " cours vocal intégral " (relaxation, massage, taïchi, etc.) débuterait à la prochaine séance.

Bon début

Antoine fut tout heureux de commencer immédiatement.

Dès qu'il a été confortablement allongé sur la table de massage, j'ai démarré cette petite séance en lui demandant, sans s'occuper de sa respiration, de rentrer puis de ressortir " musculairement " son ventre. Même cette opération toute simple fut tout d'abord un peu laborieuse mais, cahin-caha, ce ventre récalcitrant consentit à se mouvoir un tantinet !

Une fois ce mouvement obtenu, j'ai demandé à Antoine de souffler bruyamment, lèvres rapprochées <<< fff tout en rentrant son ventre, puis, bouche ouverte, de relâcher celui-ci en laissant entrer l'air >> â, comme s'il voulait créer un gros ballon souple avec son abdomen (*)

(*) Comme je l'aidais un peu de la main en accompagnant le mouvement d'expiration, il me dit avoir souvent mal au niveau du plexus solaire, dans le creux de l'estomac. Une pression un peu plus forte à cet endroit-là me le confirma aussitôt en lui arrachant un petit " ail " de douleur ! Ce n'était pas étonnant, compte tenu des tensions qu'il véhiculait constamment. Ces douleurs passeraient progressivement avec la détente et une respiration plus profonde.

Cependant, malgré ce petit épisode " douloureux ", notre exercice respiratoire avançait. Après quelques atermoiements, un mouvement à peu près correct de respiration abdominale s'installa. Naturellement, il n'était pas encore question de demander à Antoine de réguler le débit de cette respiration. Ce geste, important s'il en est, serait abordé plus tard.

Le premier cours

Antoine n'avait jamais fait de relaxation mais cet exercice lui réussit très bien. Dès cette première séance, il parvint à se détendre convenablement. Ce bon résultat m'a permis, pendant le taïchi qui suivait, d'obtenir une respiration abdominale presque correcte. Il parvenait maintenant à faire mouvoir son ventre d'une façon régulière en se servant de son souffle abdominal. Le petit travail respiratoire réalisé la semaine dernière à la fin du bilan, allié à notre détente d'aujourd'hui, avaient permis ce petit miracle !

Dans la foulée, j'ai essayé de rythmer cette respiration de façon à ce qu'il commence à apprendre à en réguler le débit.

J'ai employé pour cela le rythme 4242/6363/8484, etc.

Pratique :

Le corps, absolument détendu, est allongé sur le dos.

Les expirations se font par la bouche, lèvres rapprochées fff <<< ; les inspirations par le nez, lèvres également mollement rapprochées.

1) Produire une expiration abdominale complète en soufflant doucement par la bouche pendant 4 secondes fff <<< (le ventre rentre souplement)

2) Arrêter d'expirer pendant 2 secondes (sans contraction du ventre)

3) Inspirer par le nez pendant 4 secondes (le ventre gonfle légèrement)

4) Arrêter d'inspirer (sans blocage) pendant 2 secondes.

5) Expirer de nouveau par la bouche pendant 4 secondes.

Ce premier rythme (4242) étant confortablement établi, on peut passer progressivement aux suivants (6363/8484/105105/126126, etc.) Le rythme de 126126, bien exécuté, me paraît amplement suffisant.

La réussite de cet exercice avec Antoine a été totale. Demeurant tout à fait relaxé, il l'a réalisé parfaitement, bien qu'il soit, compte tenu de ses habitudes respiratoires désastreuses, assez difficile pour lui. J'ai pu, dès cette première fois, employer successivement les trois des cinq rythmes cités plus haut. (*)

(*) Ce tout premier cours m'a montré qu'il était un garçon, non seulement très motivé, mais aussi rapidement perfectible. Concentré au maximum, il suivait mes indications à la lettre, obtenant rapidement les résultats que j'escomptais.

Malgré cela, il m'était interdit d'aller trop vite. Evitant toute vocalisation ce jour-là, j'ai terminé ce premier cours en lui indiquant à l'aide de quelques exemples (le souffle seul remplaçant la voix), les gestes techniques essentiels : la statique du corps, l'ouverture de la gorge et les toutes premières notions de l'appui abdominal.

Voir des détails dans le billet : " La technique vocale de base ".

Il était indispensable de laisser du temps au temps !

Travail avec un haltère

Les cours qui suivirent confirmèrent mon opinion.

Antoine comprenait et concrétisait vraiment très vite et très bien ! Pour affirmer son ressenti d'appui abdominal, je l'ai fait travailler, comme cela m'arrive quelquefois, avec un haltère. Cet exercice se pratique, comme le précédent, en position allongée sur le dos. Un haltère d'environ 4kg sur le ventre (le choisir trop lourd serait une erreur). Il s'agit de faire mouvoir cet haltère - le corps restant totalement détendu - avec le souffle abdominal seul, selon certains rythmes, sensiblement différents de ceux indiqués plus haut.

Voir tous les détails sur cet exercice dans les billets :

" La hauteur d'émission "

" Un stress hors normes "

Progrès continus, les " cris ".

Parallèlement, j'ai rapidement ajouté à notre programme la pratique de l'accord pneumo-phonique, en position allongée. Il s'agit ici de mettre en relation correcte le souffle abdominal et la voix.

J'ai procédé à l'aide d'attaques diverses, de sirènes, etc. Cette série d'exercices, toujours surveillée d'une façon drastique, débouche - bien intégrée - sur la réalisation de ce que j'ai appelé : " Le cri du corps ". (*)

(*) Ce cri " libérateur ", émis approximativement sur " â " (en fait, la couleur n'est pas nettement définie) peut être extrêmement puissant. C'est un réflexe sonore " équilibré ", émis sans aucun blocage, avec la participation du corps tout entier.

Notons que la gorge ne souffre pas le moins du monde pendant cette opération... si cette dernière est correctement menée !

J'ai expliqué sa pratique dans plusieurs billets :

" Le cri du corps "

" La technique vocale fondamentale "

" Les fondamentaux de la technique vocale "

" J'ai longtemps abusé de ma voix "

La gymnastique vocale

Elle constituait la suite logique de notre programme. En quelques cours, j'en ai enseigné progressivement tous les éléments à Antoine.

Elle se pratique alternativement en position verticale et le corps penché vers l'avant, bras et nuque souplement relâchés. Elle permet de travailler d'une façon dynamique, simultanément la respiration profonde (abdominale costale et dorsale), le soutien et l'articulation tout en favorisant le ressenti des réactivations diaphragmatiques, qu'elles soient lentes ou rapides.

J'ai évoqué cette gymnastique dans de nombreux billets, notamment dans celui-ci :

" L'articulation dans le chant "

En quelques cours, mon chanteur la maîtrisa entièrement et, à partir de ce moment-là, elle prit une place de choix dans notre travail. La respiration profonde et l'articulation très large qu'elle réclame limitaient tout serrage intempestif. Antoine était " condamné " à libérer sa gorge en se servant uniquement de son soutien abdominal ! Il faudrait naturellement appliquer ensuite cette maîtrise à la vocalisation mais ce début était prometteur !

Vocalisation

La gymnastique vocale - désormais très bien maîtrisée - nous servant maintenant d'échauffement, je l'ai fait suivre d'une vocalisation simple sur la voyelle " ô ".

Cette voyelle, profonde et douce, favorisant un bon positionnement du larynx, est parfaite pour commencer une vocalisation de qualité. Naturellement, il est indispensable de la chanter correctement car, dans le cas contraire, non seulement elle ne serait d'aucune vraie utilité mais pourrait même se montrer dangereuse. Elle doit être attaquée dans sa couleur exacte, souffle arrêté, dans une amorce de bâillement, au niveau du masque (la place du " humming "). (*)

(*) La place du " humming " est celle d'un son (hum) obtenu sans serrage, bouche fermée.

En aucun cas, pendant les exercices, cette voyelle " ô " ne doit s'ouvrir comme dans " or ", ni s'écraser. Il faut, pour bien la réussir, conserver mentalement sa couleur en ouvrant un peu plus les maxillaires dès le haut-médium (ils doivent jouer librement, comme dans un bâillement réprimé). Les personnes ayant des difficultés avec cette voyelle pourront, dans un premier temps, se servir du son " ou ", également très propice.

Avec Antoine, je me suis contenté d'exercices très simples, qui sont souvent les meilleurs : quintes, arpèges d'accords de quinte et arpèges d'accords parfaits. L'ambitus de travail était approximativement si1/ré3.

Au tout début, il eut du mal à conserver le son " ô " dans le haut-médium. Dès la2/si2, la voyelle quittait sa " trajectoire " et s'ouvrait sur o (de or). J'ai dû déployer moult explications et exemples en tout genre pour obtenir finalement un ré3 bâillé correctement sur ô ! La sensation qu'il m'a dit avoir éprouvée à ce moment-là était l'impression de " presser " la voyelle contre sa poitrine Je lui ai confirmé que c'était un excellent ressenti et pas uniquement pour " ô " !

Messa di voce sur " ô ", suivie de modulations simples.

Cahin-caha, nous avancions ! J'ai progressivement corsé notre programme en y ajoutant quelques exercices de messa di voce, toujours sur " ô ", suivis de modulations simples incluant le " â ". (*)

(*) L'émission de cette voyelle (ô), assez bien cernée par Antoine, était beaucoup moins risquée - dans un premier temps - que " â ", la voyelle " royale " mais ô combien délicate à chanter correctement, surtout dans un tel exercice !

Dans un deuxième temps, partant de " ô ", je me suis servi de la modulation ô_â_ô pour commencer à établir (sans aucun serrage) le médium et le bas-médium. Nous la chantions dans l'ambitus approximatif mib2/do3 (après, ça se gâtait !) (*)

(*) Antoine prenait visiblement plaisir à sentir sa voix à la fois plus libre et plus forte. Le travail sur " l'appui dynamique ", sur lequel j'insistais donnait les résultats escomptés : le corps jouait désormais un rôle plus actif ! Les sons étaient beaucoup moins écrasés et la voix sonnait autrement mieux.

Voir les billets :

" L'appui vertical "

" Respiration et appui vocal "

La voix parlée elle-même profitait de ce traitement, devenant plus claire et plus incisive malgré la cigarette !

Un jour, il me dit :

- C'est incroyable, ma voix n'est plus la même !

- Tu la trouves mieux ?

- Oh oui ! Surtout plus claire et plus facile. Je ne suis plus enroué les matins !

- Malgré la cigarette ?

- J'ai diminué, j'en suis à peine à un paquet !

- C'est un très bel effort ! Surtout, continue !

- Maintenant, je ne fume jamais sans avoir mangé.

- Si tu pouvais arrêter complètement ce serait top !

- C'est le but !

La messa di voce sur " â "

Approche et pratique :

Avant d'aborder vraiment la messa di voce sur " â ", j'ai fait chanter à Antoine une modulation ô_â_ô_â dont nous prolongions le â final.

Cela donnait : ô_â_ô_â_<<< (ambitus de travail : sensiblement ré2/ré3)

C'est seulement lorsque ce â final a été bien maintenu dans la bonne place de résonance que nous avons chanté la messa di voce sur " â seul ", dans un ambitus sensiblement identique (ré2/ré3) !

Bien préparé par notre travail en amont, elle donna d'excellents résultats. La voix d'Antoine se libérait à vue d'oeil et surtout se stabilisait ! Sa respiration, beaucoup plus profonde, permettait un appui de qualité qui soulageait considérablement son émission.

Modulations :

1) A é i ô u ou on an â

2) a é i ô u i

3) I ou o (or) â è

Le moment d'ajouter ces modulations à notre programme était venu. Elles sont plus difficiles mais étaient indispensables pour compléter notre rééducation. (*)

(*) C'est un travail de fond que l'on peut aborder seulement quand la respiration profonde et l'appui dynamique sont corrects. C'était maintenant le cas pour Antoine !

Je réserve la première de ces modulations au bas-médium et au médium (si1/do3), la deuxième au haut-médium et à la zone du deuxième passage (do3/fa#3). La troisième est surtout utile dans l'aigu, au-dessus du deuxième passage (sol3/sib3). (*)

(*) Je donne naturellement ces ambitus de travail pour des voix de ténors saines et performantes. Elles doivent être adaptées suivant les possibilités de chacun. J'ai constaté que la troisième modulation, après avoir été bien installée dans la " position " aiguë, peut être " redescendue " jusqu'au médium avec le plus grand bénéfice.

Avec Antoine, je me montrais prudent, ne dépassant jamais sol#3 dans l'aigu. Je devais maintenant sans cesse modérer ses ardeurs car son désir de chanter de nouveau le rock le démangeait de plus en plus :

- Dans combien de temps je pourrais reprendre ?

- Bientôt ! Encore un peu de patience !

- Mais je ne serre plus les sons...

- Non, mais tu devras maintenant apprendre à articuler des phrases entières sans serrer et ce n'est pas encore le cas.

- Mais, dans la gymnastique...

- Elle ne dépasse pas le haut-médium de ta voix, alors que dans le rock, tu chantes souvent dans l'extrême aigu !

- C'est vrai.

- Rassure-toi, tu n'es pas loin du but. Nous avons encore à pratiquer tranquillement le fausset et la voix mixte pour que tu sois... tout à fait complet !

Fausset et voix mixte

Je redoutais un peu que ces voix plus légères ne soient un problème pour Antoine qui avait beaucoup " crié " un peu n'importe comment. Je me trompais ! Très vite, avec quelques indications, il a pu se rendre maître de ces émissions qui lui seront très précieuses pour faire certains effets spéciaux, tout en épargnant sa voix pleine.

Le retour du rock

Il fallait bien que cela arrive. Un jour, six mois environ après le début de nos cours, je lui ai proposé de rapporter le play-back dont il s'était servi au bilan

Aussitôt dit, aussitôt fait ! Le prochain cours fut consacré aux essais décisifs : la minute de vérité ! Bien sûr, j'avais peur que certaines anciennes habitudes ne viennent compromettre nos acquis techniques. Je me trompais ! Antoine se tira fort bien de ce pas décisif. Il n'abordait plus du tout son chant de la même façon l'appui dynamique ne quittait plus son émission !

Il ne ressentit absolument aucune fatigue après ce cours de reprise. Il me dit ce jour-là, sur le pas de la porte :

- Tu sais, j'en suis à cinq cigarettes par jour et encore, je les roule !

- Vraiment super ! Tu as eu peur, hein ?

- Tu ne sauras jamais combien !

- Oh que si !

- Merci pour tout !

- De rien, tu es venu à temps ! Pour conserver sa voix, en plus d'une bonne technique, il faut respecter quelques principes simples d'hygiène vocale l'arrêt de la cigarette en fait partie !

Voir le billet : " L'hygiène vocale "

Antoine réintégra son groupe quinze jours après, avec un programme de reprise " doux ".

Tout s'est bien passé, me dit-il la semaine suivante ! Je continuerai à venir te voir de temps en temps pour vérifier...

Son histoire se termine bien ! Aux dernières nouvelles, sa voix lui donne toute satisfaction !

Sa rééducation avait duré environ sept mois.

A bientôt ?

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Jean Laforêt

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