Billet du Jeudi 28 décembre 2017 : Gros souci vocal
Dernière mise à jour : 19/12/2018  
 
Le Billet Actu (149/161)

Chronique du Dimanche 09 février 2014

Un tout débutant doué

Maxime E. (21 ans - étudiant passionné de chant)

Monsieur,

J'ai découvert récemment votre site internet, et ai lu beaucoup des très utiles billets que vous mettez à la disposition de ceux qui, comme moi, sont curieux d'en apprendre plus sur la voix et ses mécanismes.

Cette année, dans le cadre d'activités associatives, j'ai fait partie d'une troupe de comédie musicale amateur, au sein de laquelle j'ai pu m'essayer au théâtre, à la danse, mais surtout, au chant. J'ai toujours chantonné au son de mes chansons préférées, mais cette expérience m'a permis de découvrir combien j'aimais chanter. Je souhaiterais donc progresser autant que possible. D'autant plus que j'ai fait le pari fou de reprendre le flambeau et de devenir cette année un membre de l'équipe de création.

Je suis un parfait débutant, donc mes lacunes sont nombreuses : respiration, tessiture, projection (sûrement d'autres choses encore !)... J'ai beaucoup de travail à accomplir.

Aujourd'hui, je souhaiterais savoir si vous pensez que vos cours me seraient profitables. Bien que votre questionnaire demande le style de chant pratiqué, j'ai cru comprendre que vous éduquiez surtout des chanteurs lyriques. Dans la mesure où je ne souhaite pas aborder ce style, est-ce que vos exercices et votre méthode seront adaptés à mon cas ? Je suis impatient de progresser, mais je préfère peser le pour et le contre avant que de m'engager, car je suis étudiant et mes moyens restent, hélas, limités...

Vous pouvez me contacter par mail, ou à ce numéro : (06…)

Merci d'avance pour votre réponse

Cordialement,

Maxime

Ma réponse :

Maxime,

Je viens de lire votre mail dont je vous remercie. Rassurez-vous, je ne m'occupe pas seulement de chanteurs lyriques… Je vous appellerai demain sur votre 06. Il est indispensable, dans un premier temps, que nous fassions un bilan vocal (c'est l'objet du premier cours).

Bien cordialement

Jean Laforêt www.jean-laforet.fr

Bilan vocal

J’ai reçu Maxime la semaine suivante. Il a vingt-et-un ans. C’est grand garçon sympathique de 1,87 m, très mince. Il s’est découvert, à l’occasion d’un spectacle de comédie musicale amateur auquel il avait participé, une véritable passion pour le chant. Il s’exprime très clairement, avec une certaine retenue. Ses mots sont parfaitement choisis. Ce garçon est très intelligent, cela ne fait aucun doute, mais aussi très réservé ! Il sourit peu !

Il avoue être timide, émotif et anxieux, avoir souvent le trac. Il insiste aussi sur la fragilité de sa gorge. Il espère aussi que les cours de chant, en plus de lui placer la voix, aideront son épanouissement personnel.

Les tests vocaux

Ils eurent lieu torse nu et ventre libre.

Maxime a tout d’abord chanté - d’une toute petite voix « fleurant bon » le fausset - quelques lignes d’une chanson que je ne connaissais pas.

Je l’ai fait ensuite vocaliser sur plusieurs voyelles. Nous avons parcouru sans problème un ambitus d’environ une octave et demie. J’ai constaté avec plaisir que sa concentration était optimale. Non seulement il comprenait parfaitement mais arrivait à appliquer sur l’instant les petites améliorations techniques que je lui indiquais (comme relâcher son ventre à l’inspiration, maintenir un « ô » fermé dans le haut-médium ou « desserrer » les « i » et les « é »). Aussitôt indiqué… aussitôt fait ! D’autre part, sa voix m’a paru parfaitement saine, sans problème particulier. J’ai pensé que, malgré ses 1,87 m, il était sans doute ténor. (*)

(*) Les ténors sont généralement plus petits ! Dans un autre domaine, les facilités de ce garçon, dont c’était le tout premier cours de chant, étaient surprenantes !

Cette voix était seulement à former. Elle était là, à l’état pur et… fragile. Il faudrait tout simplement l’aider à éclore dans de bonnes conditions ! L’aspect psychologique (timidité, anxiété, trac, etc.) serait grandement aidé par le travail vocal qui, en lui-même, constitue déjà une vraie thérapie !

Nous avons abondamment commenté ce bilan et opté pour un cours vocal intégral. Pour Maxime, c’était l’idéal !

Voir le billet : « Le chant thérapie, un travail vocal intégral ».

Les premiers cours

Ils furent dignes du bilan… sans aucun problème.

Maxime n’avait jamais fait de relaxations mais, malgré sa timidité à s’abandonner, il est parvenu, avec un vrai travail sur lui - me dira-t-il par la suite - à se détendre complètement.

Le taïchi n’a pas posé de problème ! Très vite, une respiration profonde a été installée et les premiers cris sur « â » ont montré un équilibre pneumo-phonique tout à fait satisfaisant. De ce fait, j’ai obtenu assez rapidement des sons relativement consistants sans le moindre dommage pour sa voix !

Voir l’explication de ce travail dans les billets :

« La technique vocale fondamentale »

« Les fondamentaux de la technique vocale »

Chez Maxime, une modeste « deux chevaux » cachait-elle une Porsche ?

La gymnastique vocale

Il était indispensable de fortifier au plus vite sa jeune musculature vocale. Sans attendre, dès le troisième cours, j’ai commencé à lui en enseigner progressivement tous les éléments. Quelques leçons ont suffi pour qu’il les intègre complètement. Là également, j’ai rencontré une compréhension optimale et une exécution parfaite. Je n’en doutais pas… Pendant ce travail, je suis même parvenu à le faire sourire un peu… ce qui n’était pas évident !

Désormais, à chaque cours, nous chantions intégralement notre gymnastique, avant toute vocalisation plus appuyée. Elle constituait un échauffement général de choix…

Voir le billet : « L’articulation dans le chant »

Notre vocalisation

Après un travail doux sur « ô », commencé dans les tout débuts, elle s’était rapidement enrichie de plusieurs exercices : notamment des modulations diverses avec a_é comme support principal. Parallèlement, j’avais aussi commencé à enseigner à Maxime comment enraciner ses « i » et ses « é » tout en les bâillant correctement. Il y parvint assez bien dès les premiers essais. Les appuis n’étaient pas encore parfaits mais aucune faute de « stratégie » n’était commise… Il réussit très vite à chanter des mib3 sur ces voyelles avec une ouverture de bouche et un bâillement adéquats. (*)

(*) Si celui-ci est bien réalisé, le dos de la langue bombe sur ces voyelles, allant à la rencontre des molaires supérieures.

Bientôt, nous avons atteint des fa3 correctement émis (mais non tenus) sur « i » et « é ». Le « â » suivit quelque temps après. (*)

(*) Je ne tentais ce travail d’enracinement que sur la fin des cours, lorsque sa voix était bien chaude.

Voir les billets :

« Une très belle voix en devenir »

« Comment sortir mes aigus ».

Il s’agissait pour moi – comme dit plus haut – de fortifier progressivement cette voix sans jamais la fatiguer. Je m’interdisais de lui demander de franchir plus vite certains seuils, comme il m’arrive parfois de le faire avec des voix plus aguerries. (*)

(*) Je précise tout de même que je suis toujours très vigilant, quelle que soit la voix en cause (aguerrie ou non). Ce n’est jamais en forçant que l’on obtient les meilleurs résultats ! Mais, avec Maxime, ma vigilance était encore plus grande. Avant de commencer les cours, il n’avait jamais vraiment chanté : sa jeune voix devait donc « éclore » doucement, sans jamais forcer, en appliquant seulement la bonne technique d’émission !

« Avec lui spécialement, je devais laisser le « temps au temps »

Une fable

Maxime me dit un jour qu’il fatiguait beaucoup lorsqu’il avait à parler fort et longtemps. Je lui avais alors proposé – pour lui apprendre à projeter correctement sa voix parlée - de travailler, à la manière d’un comédien, une fable de La Fontaine. Nous nous étions décidés pour « La laitière et le pot au lait » !

Ce projet ne vit pas le jour immédiatement… ce problème de fatigue vocale s’étant résolu de lui-même, avec notre travail sur la voix chantée. En effet, la fatigue qu’il ressentait en parlant avait maintenant complètement disparu. Nous avons donc, d’un commun accord, repoussé le travail de la fable à une date ultérieure et décidé de continuer à nous consacrer entièrement à la vocalisation. Celle-ci avançait d’ailleurs à pas de géant !

Des progrès continus

Ils n’étaient pas acquis par à-coups grâce à des découvertes vocales spectaculaires mais voyaient le jour progressivement, au fil des cours ! Les relaxations et le taïchi que nous poursuivions à chaque leçon avaient un effet calmant très important chez Maxime. Celui-ci, à la fois timide, émotif et anxieux de nature trouvait un nouvel équilibre dans ce travail « préparatoire ». Facilement stressé par ses études ou tout bonnement par les choses de la vie, il finissait ses leçons relativement détendu ! Il me dit une fois, avec un gentil sourire, à la fin d’un cours qu’il avait commencé particulièrement stressé :

- Je sens que le cours m’a fait du bien !

Etant assez avare de paroles, cette simple phrase, dans sa bouche, était lourde de signification. Elle signifiait qu’en fait, il était « vraiment mieux » !

Le « grignotage » des aigus

Au fil des cours, nous poursuivions le même programme basique de vocalisation, la gymnastique vocale restant notre échauffement de choix. J’insistais surtout sur les modulations a_é, chantées sous diverses formes ! Ce même travail, répété à chaque leçon, donnait des résultats évidents. Sa voix se structurait et se tonifiait de plus en plus ; il donnait maintenant des fa3 à chaque leçon, les tenait même un peu… et cela sans ressentir le moindre picotement de mauvais aloi ! La fameuse porte de l’aigu s’ouvrait doucement !

Un excellent cours

Comme dit plus haut, sans jamais changer de stratégie (on ne change pas un processus gagnant), nous constations des progrès constants. Le cours en question se termina en apothéose. Maxime était aux anges. Il avait réussi ce jour-là, sans aucune erreur de parcours, à chanter en fin de séance des fa#3 (en voix pleine) sur « â »… ce qui n’était encore jamais arrivé ! (*)

(*) La bonne façon d’aborder les aigus avec un appui dynamique de mieux en mieux cerné avait amadoué tout doucement sa peur. Nous étions récompensés.

Ce jour-là, en toute fin de leçon, il me dit dans un grand sourire :

- Je suis vraiment content !

- Moi aussi ! Nous sommes sur une voie technique royale. Aussi, je voudrais, au prochain cours, que nous commencions à chanter un aria Anticha !

- Super !

- Ce sera pour nous un exercice d’application grandeur nature ! Tu es partant ?

- Tout à fait !

- Nous le travaillerons phrase par phrase, tranquillement. Je pense à « Amarilli », de Caccini. C’est un air ancien italien bien dans ta tessiture actuelle. Il nous permettra de peaufiner tout à la fois l’appui dynamique et le legato.

- En italien ?

- Oui. Le texte en est simple et la langue italienne sera un plus pour ta voix.

Amarilli

Nos premiers pas avec cette aria antica se sont déroulés tranquillement, sans éclat superflus mais avec une application parfaite. Le morceau convient parfaitement à sa tessiture et constituera pour lui un très bel air de référence. Il a répété chaque phrase que je lui jouais au piano avec une parfaite justesse mais avec un rythme un peu approximatif…

Très vite, il m’avoua n’avoir vraiment aucune connaissance de solfège… alors que je croyais qu’il en possédait certaines notions. (*)

(*) Une mesure à trois ou quatre temps, la valeur d’une noire par rapport à une blanche, les soupirs et les points sont pour lui de parfaits « inconnus » ! Alors, que dire des autres petites « subtilités écrites » de la langue musicale ?

Cependant, j’ai vu certains de mes élèves, qui, bien que ne connaissant rien au solfège, faire des carrières de chanteurs de premier plan. Je ne citerai personne ici… mais c’est la stricte vérité. (*)

(*) Une excellente oreille permet de capter parfaitement, avec l’écoute seule, le rythme et les intonations musicales et de les reproduire avec exactitude…

Maxime devra donc apprendre son morceau en faisant entièrement confiance à la sienne qui, Dieu merci, est bonne ! Je ne serais d’ailleurs pas surpris qu’il décide également – sans m’en parler - de travailler un peu le solfège… Peut-être un jour le surprendrai-je à battre la mesure tout en chantant ? Cela ne m’étonnerait qu’à moitié !

Préparation de l’attaque

Techniquement parlant, mon chanteur atteignait maintenant sur « â », en vocalisation moyennement rapide, des fa#3 (voire sol3) à chaque leçon. Cependant, la tenue - même brève - de ces notes aiguës lui posait un problème assez récurent : la voix, malgré une bonne place d’émission, décrochait souvent au bout d’une petite seconde !

Bien qu’apparemment, son corps reflète une bonne dynamique du souffle, je me suis interrogé…

Avec la gymnastique vocale notamment, qui comprend plusieurs exercices en position penchée, il avait amorcé un bon travail de tenue du souffle profond dans le chant. Cependant, j’ai constaté, en vérifiant de très près, qu’il démarrait ses exercices (arpèges ou autres quintes) avec une pression de souffle insuffisante. Celui-ci était correctement pris, les cotes flottantes s’ouvrant assez bien en fin d’inspir… mais aucune pression « active » ne conservait cette ouverture juste avant l’attaque.

J’ai expliqué en détail ce processus d’attaque « en pression contrôlée » dans le billet :

« L’appui vertical »

Nous avons donc retravaillé très en profondeur dans ce sens (comme expliqué dans le billet ci-dessus). Un gros progrès se dessina alors rapidement ! Le problème venait uniquement de là et avait fait son apparition – c’était en somme assez logique – au moment d’assurer des aigus tenus. Le médium n’a pas d’exigence aussi pointue !

Petit rappel du procédé en quelques mots :

Il ne s’agit pas seulement d’attaquer l’exercice (ou la phrase musicale) souffle bien en place (abdominal/costal/dorsal), mais aussi de « l’arrêter », juste avant l’attaque, en établissant une légère pression d’ouverture des côtes flottantes ! (*)

(*) Attention : il n’est aucunement question de bloquer le souffle en contractant les abdominaux ! Sans crispation d’aucune sorte, le procédé ci-dessus permet au chanteur de se trouver « calé », prêt à chanter, corps « ouvert » et en appui correct ! Si le geste est bien exécuté, il percevra au moment de l’attaque – un peu au-dessus de la symphyse pubienne - le début de la poussée verticale du souffle (en quelque sorte, le pied de l’appui).

Pour des informations complémentaires, voir les billets :

« L’attaque du son »

« Respiration et Appui vocal »

La couverture du deuxième passage

Comme dit plus haut, Maxime atteignait maintenant et (tenait un cours moment) fa3/fa#3 en exercice, sur « â ». C’était bien, mais le second passage de sa voix, situé vers mi3/fa3 (du moins pour l’instant), bien qu’ayant lieu, était encore trop apparent. Le moment était venu de travailler en détail la « couverture » de cette zone de transition, afin de permettre à la voix de la franchir sans heurt. Ce travail est souvent délicat et de nombreux chanteurs n’y parviennent que difficilement… ou même jamais ! (*)

(*) Dans ce dernier cas, l’aigu de ces chanteurs (si toutefois il est tout de même possible) s’apparente à un cri particulièrement laid et plat qui n’a rien à voir avec le chant ! On entend malheureusement quelquefois ce genre de notes aiguës chez les mauvais chanteurs de comédie musicale (rassurons-nous, il en existe aussi de très bons dans cette discipline) !

Naturellement, ces chanteurs se trouvent exclus d’office du chant classique ou de tels aigus ne sauraient « fleurir », sauf… effets spéciaux !

La pratique de la couverture du son est décrite en détail dans les billets :

« Le bâillement technique du chanteur »

« La couverture de la voix, première partie »

« La couverture de la voix, deuxième partie »

Notre travail continue

Maxime est toujours fidèle au poste au moment où j’écris ce billet… Il continue de progresser ! Sa voix se tonifie et sa puissance s’accroît.

Maintenant, « Amarilli » est chanté à la fin de chaque cours (c’est, en quelque sorte, notre dernière vocalise) et nous permet de mettre en pratique toutes nos trouvailles : attaques, legato, articulation, etc. Maxime chante cet aria sur play-back, soutenu par un orchestre classique. Tout se passe très bien et son chant « s’affine » de plus en plus !

La voix parlée

Il est également évident que sa voix « parlée » a bénéficié de notre travail général. Elle est devenue progressivement un peu plus grave et surtout beaucoup plus tonique. Autre aspect positif… sa timidité est en nette régression ! L’intéressé lui-même convient de ces « avancées » !

Bientôt, nous travaillerons quelques chansons qu’il affectionne particulièrement et qu’il chante… en dehors du cours !

J’attends de voir… des play-back doivent suivre !

A bientôt ?

Pour consulter les archives des billets, c’est ici !


Jean Laforêt

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