Billet du Jeudi 28 décembre 2017 : Gros souci vocal
Dernière mise à jour : 17/12/2018  
 
Le Billet Actu (153/161)

Chronique du Lundi 22 décembre 2014

Une fatigue vocale récurrente

Julien M. (28 ans – informaticien)

Monsieur,

Je suis envoyé par un ami, Vincent P., l’un de vos élèves. Bien que non chanteur (je suis informaticien), je me permets de prendre contact afin d’avoir un conseil d’ordre vocal. En deux mots, je suis très enroué la plupart du temps, sans forcer ma voix ou être malade (rhumes ou maux de gorge, etc.) J’ai vu plusieurs ORL qui m’ont prescrit, entre autres, des séances d’orthophonie. Cependant, rien ne paraît expliquer ni guérir vraiment cette fragilité. J’ai pensé qu’un travail spécifiquement vocal pourrait peut-être m’aider. J’aimerais faire un bilan avec vous. Vous pouvez me joindre ou laisser un message au (x).

Bien à vous

Julien

Ma réponse :

Julien,

Merci de votre mail dont je viens de prendre connaissance. Un enrouement récurrent comme le vôtre, sans raison bien définie, peut avoir de multiples causes. Rassurez-vous cependant, vos consultations auprès de spécialistes écartent a priori un problème médical, reflux gastro-œsophagien notamment, qui pourrait expliquer en partie les symptômes que vous décrivez.

Il devrait donc s’agir d’un souci touchant le geste vocal (la façon d’utiliser votre voix). Je vous appellerai demain pour que nous convenions d’un rendez-vous afin de faire des tests et parler posément de tout cela.

A très bientôt

Jean Laforêt www.jean-laforet.fr

Bilan vocal de Julien

J’ai reçu Julien quinze jours environ après cet échange de mails. C’est un garçon de 28 ans, de grande taille (1,88 m, me dira-t-il par la suite), calme d’aspect. Son bon sourire et son regard franc me l’ont rendu tout de suite sympathique. Aussitôt installé pour la petite conversation qui précède les tests, il m’a fait part en détail, dans un discours rapide et « haché », de son souci d’enrouement quasi permanent. Je l’ai écouté très attentivement afin de me faire une première idée de la façon dont il employait sa voix. Celle-ci était rauque, confidentielle, et restait comme emprisonnée dans la gorge. Elle ne bénéficiait aucunement des résonances du masque. De plus, Julien « raclait » très souvent sa gorge, comme pour évacuer une mucosité récalcitrante ! Il respirait vite et assez haut, soulevant sa poitrine à chaque inspiration.

- Tu as ce problème d’enrouement depuis longtemps ?

- Oui assez, mais je m’inquiète car cela semble empirer. C’est mon ami Vincent, que vous connaissez, qui m’a conseillé de venir vous en parler.

- En tout cas, on peut considérer que rien, médicalement parlant, n’est responsable de ton état ?

- Apparemment non.

- Les spécialistes que tu as consultés auraient fatalement détecté un ennui de cette sorte…

- Oui, je pense.

- En revanche, en t’écoutant et te voyant parler, je constate que plusieurs choses pourraient être améliorées dans ta façon d’utiliser ta voix.

- Oui ?

- Certainement ! les tests que nous ferons dans un moment nous en apprendrons davantage mais mon petit doigt me dit qu’un sérieux espoir d’amélioration existe…

- Vous êtes sûr ?

- Je fais souvent confiance à mon petit doigt ! Mais je pense, si nous décidons de travailler ensemble, qu’il faudra peut-être te montrer patient. Je ne possède pas de baguette magique…

- Ce n’est pas un problème.

- Faisons maintenant quelques tests.

- OK !

Les tests vocaux

Ils eurent lieu torse nu et ventre libre.

J’ai tout d’abord demandé à Julien de me dire un texte quelconque, à haute voix. La fable : « Le corbeau et le renard », qu’il savait presque par cœur, fit l’affaire.

Cette lecture à haute voix confirma au centuple ma première impression : son geste vocal était « vraiment » très perturbé ! A chaque prise d’air, son torse se soulevait d’un bloc, par à-coups. Le discours était rapide, réalisé d’une façon heurtée, la bouche s’ouvrant à peine. De plus, il a raclé sa gorge à plusieurs reprises pendant ce test, ce qui signe souvent, en dehors de pathologies connues (reflux gastro-œsophagien par exemple), un problème d’ordre psychologique.

Julien parlait dans la barbe qu’il n’avait pas ! (*)

(*) Peinant énormément pour prononcer clairement ses phrases, il donnait un peu l’impression de s’asphyxier.

Il me dit lorsqu’il eut terminé :

- Quand je parle fort, on dirait que je suis dans une armure qui me serre de partout !

- Oui, je comprends.

Quelques élèves avaient déjà évoqué l’exemple d’une armure, les serrant à certains moments (de trac, notamment…). Ce ressenti, tout comme le raclement de gorge à répétition, a « presque » toujours une connotation psychologique ; mais, en principe, l’impact négatif sur la voix parlée est beaucoup moindre.

Julien détenait une sorte de pompon !

J’ai aussi pensé que son métier d’informaticien, ne l’obligeant pas à parler beaucoup, favorisait sans doute l’installation d’une paresse vocale, ce qui n’arrangeait rien…

Plusieurs difficultés semblaient imbriquées…

- Dans ton métier ou avec des amis, es-tu amené à parler avec une certaine force ?

- Non, jamais… je ne peux pas ! Au contraire, je me tiens le plus en retrait possible de ce côté-là !

- Je comprends. Dans un tout autre domaine, pratiques-tu un sport ?

- Oui, je vais deux fois par semaine dans une salle de musculation.

- Pas de footing ou de natation ?

- Très peu. Je fais un peu de randonnée pendant les vacances et je me baigne… mais c’est bien tout !

- Et le basket ? avec ta taille, ce serait super !

- Non, je n’aime pas les sports collectifs… je suis un peu ours…

- D’accord ! Pour revenir au quotidien, est-ce que ton problème d’enrouement te stresse vraiment beaucoup ?

- Oui, vraiment beaucoup ! c’est pourquoi je suis là ! j’ai souvent mal à l’estomac et au ventre à cause de ça !

- A ce point ?

- Oui !

- Ok ! testons maintenant un peu ta voix chantée !

- Mais, je ne sais pas chanter…

- Pas grave !

Les tests vocaux

Ils révélèrent tout d’abord que Julien avait une oreille médiocre… mais « possible ». Il était seulement très incertain dans les répétitions de notes que je lui jouais au piano.

Côté purement vocal, nous avons parcouru, sur des supports de quintes, un ambitus couvrant approximativement une octave et demie avec différentes voyelles. Je n’ai cherché à rectifier – comme je le fais habituellement – aucun des défauts que je voyais défiler pendant ces essais (respiration, justesse ou autres…). Il en aurait été bien incapable. (*)

(*) Je savais déjà, toujours dans l’éventualité où nous travaillerions ensemble, que de nombreuses séances devraient être consacrées aux relaxations et au taïchi vocal. Son corps était pour l’instant trop « rigide » pour répondre à toute sollicitation !

Décision de travail

Après nos tests, j’ai expliqué franchement à Julien ce que je pensais de son bilan, sans rien omettre de la complexité de son problème, mais aussi en mettant en exergue le réel espoir de « guérison » que je subodorais.

Après m’avoir écouté très attentivement, il me confirma sur–le-champ son désir de « tenter l’aventure » avec moi.

Nous avons finalement opté pour un travail intégral. Il avait aussitôt compris que seule cette solution « complète », dont il avait pris connaissance dans les billets, était susceptible de l’aider efficacement.

En effet, dans son cas, une simple vocalisation, même très pointue, aurait risqué de n’être qu’une perte de temps. Chez lui, il était vraiment indispensable de « tout » reprendre de A à Z ! Son souci vocal était la conséquence de plusieurs facteurs, tant physiques que psychologiques.

Voir le billet : « Le chant thérapie, un travail vocal intégral »

Mon tout premier objectif serait de le détendre au maximum afin qu’il profite le plus possible des exercices respiratoires de base, introduits par le taïchi. Tout cela n’était pas gagné d’avance mais, pour mon compte, j’avais la ferme conviction de pouvoir obtenir de bons résultats. Jusqu’où ? je l’ignorais mais certainement assez loin pour lui ôter une bonne dose de stress et d’angoisse.

Avant qu’il ne s’en aille, je lui ai donné quelques « tuyaux » pour l’aider à « soigner sa voix » de façon naturelle en attendant nos progrès techniques. Je lui ai notamment parlé de l’Arnica et, bien sûr, de la tisane d’Erysimum qui m’avait si bien réussi jadis ! Ces petits conseils – et bien d’autres – figurent en détail dans le billet :

« L’hygiène vocale »

Julien me quitta ce jour-là avec un moral très en hausse !

Les premiers cours

La semaine suivante, plein d’espoir, il arriva même un peu avant l’heure prévue pour son cours. C’était un excellent signe !

Comme beaucoup d’élèves avant lui, il n’avait jamais fait de relaxation. Je dois dire que cette première fut un succès ! Il me dit, juste après, que cette détente lui avait été très agréable. De mon côté, j’avais constaté avec plaisir que, pendant cet exercice, sa respiration s’était progressivement calmée et approfondie… (*)

(*) En fait, le résultat obtenu s’était révélé bien meilleur que prévu… les blocages que j’avais constatés au bilan m’ayant préparé au pire ! Tant mieux, cela faciliterait grandement notre tâche !

Après cette détente réussie, sans perdre une seconde, j’ai commencé les premiers exercices respiratoires de taïchi destinés à exercer « consciemment » sa respiration abdominale.

Tout d’abord, je lui ai demandé de mettre la main gauche sur sa poitrine et la main droite sur son ventre, afin de contrôler « tactilement » le mouvement de celui-ci. Cette petite préparation faite, le tout premier exercice a seulement consisté à faire mouvoir volontairement son abdomen en accompagnant sa respiration, un peu comme un « soufflet de forge » que l’on manierait doucement…

Pratique :

Le corps détendu est allongé sur le dos, jambes repliées pour compenser l’ensellure lombaire.

1) La main gauche restant en place sur la poitrine (au niveau du sternum), souffler quelques secondes par la bouche, lèvres rapprochées : fff <<< (*)

(*) Pendant cette expiration, la main droite descend, accompagnant l’abdomen qui rentre légèrement ; la main gauche reste en place (le sternum – quoique restant souple - ne doit pas bouger).

2) L’inspiration consiste, après un court arrêt en fin d’expiration, à laisser entrer l’air, bouche entr’ouverte en relâchant le ventre. (*)

(*) Le simple fait de libérer la petite tension provoquée par l’expiration doit suffire à amorcer cette inspiration « réflexe ».

Ces mouvements respiratoires simples étant réussis de façon répétitive, on peut en ralentir progressivement le « tempo » puis, dans un deuxième temps, le faire varier. (*)

(*) Par exemple, on peut enchaîner des expirations lentes avec des inspirations rapides et inversement…

« Cela paraîtra d’une facilité déconcertante à certains mais soyez sûrs que c’est loin d’être le cas pour tous ! »

Pour Julien, cet exercice a fait figure de révélation. Jusqu’à aujourd’hui, il n’avait aucune idée du rôle que pouvait jouer son diaphragme dans la fonction respiratoire. (*)

(*) Bien évidemment, quand tout va bien, une personne qui ne chante pas n’a aucune raison de se préoccuper de son diaphragme mais, pour Julien, intégrer consciemment cette fonction était indispensable !

Un taïchi de plus en plus précis

Très vite, Julien s’était approprié parfaitement l’exercice du « soufflet de forge » décrit plus haut. Je l’avais évidemment compliqué progressivement au fil des cours - selon ses progrès - de façon à lui faire prendre conscience (en plus du simple aspect général de « soufflerie »), des premières notions de l’appui dynamique qui allait maintenant prendre de plus en plus d’importance dans notre progression immédiate !

Ce travail est décrit dans le billet :

« Les notes aiguës, mon problème »

L’accord pneumo-phonique

Parallèlement aux relaxations et au taïchi qui étaient continués, notre programme s’était corsé d’une première approche sur l’accord pneumo-phonique (mise en relation coordonnée du souffle et de la voix).

C’était la suite logique de notre progression… (*)

(*) Maintenant que Julien savait assez habilement régler le débit de son souffle, c’était le moment de mettre ce geste d’appui dynamique en relation avec sa voix.

Je savais que ce moment serait important pour lui… et je ne m’étais pas trompé ! Aussi, j’avais pris une précaution toute simple afin de « sécuriser » le plus possible l’événement ! Le changement opéré était minime mais se révéla commode :

Au lieu de me servir de la voyelle « â », comme je le fais habituellement pour amorcer ce geste, je lui ai demandé de produire un « Bzz » en son lieu et place :

Dans ses exercices habituels de taïchi, il « soufflait » avec Pss <<< pour régler le débit de son souffle…

Trois lettres dans les deux cas mais la différence est tout de même de taille : Bzz véhicule un son alors que Pss ne transporte que du vent sous pression !

Il me dit en souriant :

- Je fais comme un moustique ?

- Exactement, imite le moustique, ta gorge piquera peut-être un peu mais ne t’en inquiète pas.

Tout fonctionna assez bien dès le premier essai et, comme il avait désormais une idée assez précise de la « régulation du débit de son souffle », j’ai même pu lui demander de faire varier la puissance d’émission du Bzz en produisant de légers crescendos et decrescendos :

Bzz <<<<< >>>>> <<<<< >>>>> !

Nous avons également « chanté » ce jour-là de toutes petites sirènes (pas toujours très justes, mais qu’importe) avec le même Bzz !

« Pour la première fois de sa vie, Julien émettait un son (car c’en était bien un) avec un appui abdominal presque correct »

Les « cris »

Très rapidement, en taïchi, les « â » ont succédé aux « Bzz ».

Je n’ai pas rencontré de grandes difficultés pour cela. Il faut dire que, pour ne pas l’effaroucher, je procédais très doucement. Au début, les sons obtenus sur « â » ressemblaient un peu à des râles mais qu’importe… ils « s’appuyaient » là où il fallait. C’était l’essentiel !

Pendant nos exercices, je lui demandais très souvent des nouvelles de sa gorge…

- Est-ce que ta gorge pique ?

- Non, pas du tout ! mais les « â » me font une drôle d’impression.

- Laquelle ?

- On dirait qu’ils ne m’appartiennent pas !

- Oui, je vois ! Rassure-toi ! Au contraire, ils sont exactement émis de la bonne manière. Seulement, tu n’as pas l’habitude de sentir ta voix ainsi, comme séparée de ta gorge. Ton impression bizarre vient de là.

- On doit parler comme ça ?

- Tout à fait. Bientôt cela te semblera naturel… et tu parleras de plus en plus facilement.

Presque dans la foulée, j’ai repris avec cette voyelle « â » les exercices que nous faisions avec « Bzz » : à savoir de courtes sirènes (au maximum sur un ambitus de quinte) et quelques brèves tenues. Pour mon plus grand plaisir, Julien réussit en prime quelques sons « lancés » que l’on peut qualifier de « forts », sans que sa gorge ne souffre le moins du monde !

Ce travail est expliqué dans les billets :

« La technique vocale fondamentale »

« Les fondamentaux de la technique vocale »

Articulation en position allongée

Les exercices de « cris » s’intégraient de plus en plus. Il était évident que sa voix se tonifiait : les tenues et sirènes devenaient plus puissantes sans le fatiguer vocalement.

Chaque cours nous offrait une dose d’intéressants progrès !

Pour profiter de cette embellie, j’ai entrepris de lui faire énumérer à haute voix des listes de chiffres et prononcer des phases diverses en surveillant d’une façon drastique les réactivations diaphragmatiques intervenant à chaque ponctuation…

Ce travail est notamment expliqué dans le billet :

« Ma voix se fatigue très vite ».

Début de vocalisation

Elle a été simplifiée au maximum !

A chaque leçon, juste avant de l’entreprendre, et afin de mettre toutes les chances de notre côté, je faisais répéter à Julien, lorsqu’il était bien relaxé, quelques notes faciles et de courts extraits musicaux que je jouais au piano. (*)

(*) Avec ces petits exercices, dans lesquels je cherchais seulement le bon repérage des sons, il fit vite d’appréciables progrès d’écoute.

La vocalisation qui suivait était constituée essentiellement de sirènes et de quintes ascendantes sur « ô », suivies de quelques arpèges courts, également sur « ô ». Son oreille, bien qu’incertaine, tenait à peu près le coup ! Je surveillais de très près son intonation, restant persuadé qu’il serait capable, d’ici peu, d’émettre des sons tout à fait justes dans un ambitus couvrant largement la voix parlée (la1/do3 environ) (*)

(*) La voyelle « ô » (très douce), que j’emploie souvent en début de vocalisation, même pour des chanteurs confirmés, offre l’avantage – si elle est bien réalisée - de faciliter, entre autres, l’abaissement du larynx. Celui de Julien en avait le plus grand besoin…

Le billet : « La technique vocale de base » donne une progression facile dont les tout débutants peuvent s’inspirer.

Un peu de gymnastique vocale

Quelque temps après, je lui en ai enseigné quelques éléments. L’articulation très large des quintes syllabiques « sur lô à lô » qu’elle réclame lui ont permis notamment d’affirmer la notion d’ouverture de bouche qui lui faisait si cruellement défaut ! (*)

(*) A cette époque, et malgré ses progrès, il parlait encore « dans sa barbe » les trois quarts du temps…

Petites phrases difficiles

Bientôt, j’ai pu terminer les cours par diverses phrases chantées sur de petits motifs musicaux. Je fais pratiquer ces exercices surtout aux comédiens pour affirmer leur articulation ou gommer certains défauts d’élocution. Tout en étant amusants à chanter… ils rendent bien des services !

Voir les billets :

« L’articulation dans le chant »

« Le bégaiement est-il guérissable ? »

Progrès importants

Au bout de quelques mois, il était indiscutable que la voix de Julien avait vraiment changé ! L’appui dynamique qu’il possédait maintenant d’une façon réflexe soutenait son discours et lui évitait bien de la fatigue… Il restait cependant à améliorer « son timbre » qui manquait encore cruellement d’harmoniques aigus.

Pour pallier cela, j’ai ajouté à notre programme une modulation faisant intervenir les voyelles fermées « é » et « i », riches en harmoniques aigus, en alternance avec « â », pour éviter tout serrage.

Cela donnait : « â é â i â »

Nous les chantions legato, par demi-tons ascendants, dans le grave et le médium (la1 à la2 environ). Nous nous servions également, en combinant ces mêmes voyelles, de quintes et d’arpèges d’accords de quinte. Je ne compliquais rien, l’essentiel pour moi était que Julien chante ces modulations le plus juste possible… sans serrer sa gorge ! Un peu plus tard nous avons travaillé de la même façon la modulation plus complète « â é i ô u i » afin d’améliorer d’une façon plus générale l’homogénéité de sa voix.

Une fable

Parallèlement, nous avions mis une fable de La Fontaine en chantier. Il s’agissait de « La laitière et le pot au lait » que j’affectionne particulièrement.

Pour Julien, elle constituait l’exercice incontournable, celui qui « signerait » vraiment ses progrès !

Pour lui en donner une conscience plus exacte, au bout de quelque temps, lorsque la fable a été bien rôdée… nous l’avons enregistrée ! Quelque chose d’énorme s’était passé ! Le résultat était indiscutable. (*)

(*) Julien a pu constater (en spectateur, si j’ose dire…) que sa voix était maintenant à la fois plus tonique, plus claire et que son articulation était plus tranchée…

On ne perdait plus un mot de son discours !

Nota important :

Au fil des cours, en même temps que la fluidité et l’aisance vocale avaient augmenté, la fréquence et l’intensité des raclements de gorge avaient énormément diminué…

Tout rentrait doucement dans l’ordre. (*)

(*) J’avais toujours pensé que nous aurions un bon résultat… mais celui que nous avons obtenu m’étonne encore aujourd’hui !

Quant à l’intéressé, il reconnaissait de moins en moins sa voix. Il me dit, quelque temps après le cours mémorable où nous avions enregistré la fable, qu’il avait refait le message d’accueil de son répondeur…

La caméra… une autre preuve !

Dans les cours suivants, j’ai poussé le bouchon un peu plus loin en ajoutant l’image au son afin que Julien ait une idée exacte de « l’ampleur exacte » de son articulation. Lui qui croyait, pour se conformer à mes directives, ouvrir démesurément la bouche pour parler… se rendit compte « de visu » qu’il n’en était rien !

Il parlait maintenant tout à fait normalement, comme tout un chacun et, grâce à l’appui, ne « boulait » plus ses phrases !

- Tu vois que tu peux parler en ouvrant plus la bouche ?

- Incroyable !

- On se fait souvent des idées fausses… et pas seulement pour ça !

Epilogue

L’histoire de Julien se termine… bien.

Les bons réflexes acquis ne le quitteront sans doute plus. Il m’a dit continuer de temps en temps Arnica et tisane d’Erysimum mais… le fond du problème n’était pas là !

A bientôt ?

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