Billet du Jeudi 28 décembre 2017 : Gros souci vocal
Dernière mise à jour : 19/12/2018  
 
Le Billet Actu (155/161)

Chronique du Dimanche 02 août 2015

Chanteur très anxieux

Pierre-Henri S. (jeune ténor de 23 ans, victime d’une anxiété « paralysante »)

Bonjour,

Je vous contacte car je suis intéressé pour prendre des cours de chant avec vous. Je suis ténor lyrique (amateur débutant).

Après un semestre dans un chœur étudiant, encouragé et prenant beaucoup de plaisir à chanter, j'ai pris un an de cours au conservatoire municipal de(x)durant l’année 2012-2013. Mon problème a été double : une forte anxiété m’a constamment handicapé à la fois avec le professeur (Mme X) et en chœur, tant est si bien que la qualité de ma voix (et ma confiance et mon estime envers elle) ont globalement décliné. En parallèle, j’avais des problèmes à la mâchoire (bruxisme nocturne) entraînant douleur et gêne dans l’ouverture. En conséquence, j’ai arrêté cours et chœurs en septembre 2013. Depuis, j’ai poursuivi mon chemin et, mes problèmes de mâchoire s’étant grandement améliorés, j’ai entamé un travail psychologique. Aujourd’hui, je souhaite recommencer à apprendre à chanter en lyrique. Votre cours m’a été conseillé et je pense qu’un travail avec vous me serait bénéfique. J’aimerais donc pouvoir vous rencontrer et envisager un bilan vocal.

Mon téléphone est le (x).

Bien cordialement

Pierre-Henri

Ma réponse :

Pierre-Henri,

Je viens de lire votre mail. Je comprends que tous ces problèmes vous aient inquiété mais vous avez raison de vouloir persévérer. J'ai connu des cas très difficiles qui ont été résolus au mieux : donc, ne perdez pas l'espoir, on y arrive ! Avant tout, il faut en effet faire un bilan vocal pour que nous puissions parler plus à fond de ce qui vous inquiète, tester votre voix et déterminer la "stratégie" qui nous permettra de résoudre au mieux votre souci.

Je vous appellerai très vite sur votre mobile pour que nous convenions d'un RV.

Bien cordialement

Jean Laforêt    www.jean-laforet.fr

Bilan vocal

J’ai reçu Pierre-Henri quelques jours après cet échange de mails. C’est un jeune homme sympathique dont la grande motivation ne fait aucun doute ! J’ai néanmoins tout de suite senti chez lui un certain mal-être, certainement dû aux problèmes psychologiques dont il me parlait dans son mail.

Au cours du petit questionnement qui précède les tests proprement dits et après que nous ayons évoqué longuement son principal souci, l’anxiété (accompagnée naturellement de timidité et d’émotivité), nous avons parlé en détail de son ressenti vocal. Tout d’abord, il me dit être gêné par un certain manque de souffle. De plus, il trouve ses aigus serrés et ses graves faibles. Il m’apprend aussi qu’il fréquente actuellement une chorale et que sa voix se fatigue parfois très vite. Il ajoute que la raucité qui s’installe alors, peut durer… la récupération vocale étant parfois très lente.

Il me confirme aussi que son état psychologique lui cause un mal-être certain et me rappelle qu’il suit une psychanalyse depuis quelque temps.

Les tests généraux

Ils ont eu lieu torse nu et ventre libre.

Pour débuter, Pierre-Henri a chanté un extrait d’une chanson de Michel Polnareff que j’ai écouté avec plaisir.

En fait, il possède un joli timbre de ténor. Dès cette première écoute, j’ai pensé que sa voix était loin de posséder son plein potentiel. En revanche, elle est très juste et promet de faire de gros progrès en intensité car, dans le test d’appel, réalisé juste après - test qui consiste à crier pour prévenir d’un danger immédiat une personne située assez loin –, Pierre-Henri a déployé une belle puissance, tout à fait insoupçonnable auparavant !

La petite vocalisation qui a suivi m’a définitivement convaincu que mon chanteur avait toutes les chances de retrouver une voix qui lui plaise. (*)

(*) En effet, au cours de ces exercices, il a sans cesse montré d’excellentes dispositions générales, comprenant bien mes indications et parvenant à rectifier sur-le-champ les petites imperfections techniques que je lui indiquais au passage.

Principaux défauts relevés

Ils étaient ceux des débutants : ouverture de gorge, respiration et appui dynamique. De plus, Pierre-Henri a peur de se lancer… Tout cela s’arrangera progressivement car sa voix est tout à fait saine, c’est l’essentiel ! Il suffira de la guider sur de bons « rails » pour qu’elle progresse et se fortifie naturellement.

Pour l’instant, il ne sait pas encore « passer » correctement en régime aigu, serrant beaucoup sa gorge aux abords de la zone de passage. A ce moment « crucial », les maxillaires sont mal « bâillés » et le larynx monte assez allègrement. (*)

(*) Tableau général auquel je suis, bien sûr… très habitué.

Voir à ce sujet le billet : « Le bâillement technique du chanteur »

De surcroît, Pierre-Henri a l’habitude d’inspirer « verticalement » avec un léger soulèvement des épaules… alors que son ventre (aidé en cela par une cambrure assez accentuée) reste pratiquement en place. (*)

(*) A mon avis, ce mauvais automatisme ne devrait pas résister longtemps à quelques exercices de taïchi. Pour l’instant, il perturbe l’appui naturel et « s’allie » à la cambrure pour gêner la respiration dorsale et l’enracinement.

Point positif : l’émission, bien que perturbée par les anomalies techniques décrites plus haut, se réalise toujours dans une certaine souplesse ; la voix sort diminuée, parfois un peu écrasée… mais jamais forcée.

Notre décision

La voix de Pierre-Henri n’était pas abîmée mais seulement à former ! Un bon travail technique lui donnerait consistance et éclat, j’en étais convaincu… mais (il y a un mais…) à condition toutefois que son problème « psychologique » soit abordé parallèlement pour pallier, autant que possible, toute interférence.

Pour ces raisons, un « cours vocal intégral » s’imposait. (*)

(*) C’était en effet la seule approche qui, en plus d’une vocalisation pointue, comportait en amont de nombreux éléments de détente (relaxations, massages, taïchi et gymnastique vocale), la seule susceptible de nous offrir les meilleures chances de succès.

En toute fin de séance, après lui avoir expliqué mes déductions sur l’ensemble de son bilan, je lui ai recommandé cette option. Il en comprit très bien la nécessité et fut d’accord pour l’entreprendre.

Voir le billet : « Le chant thérapie, un travail vocal intégral »

Nous commencerions la semaine suivante.

Le premier cours

Relaxation et massage révélèrent une émotivité à fleur de peau.

Voir le billet : « La relaxation pour mieux chanter »

Cependant, à force de contrôle sur lui-même, Pierre-Henri est parvenu ce jour-là, très progressivement, à un certain lâcher prise. Pas suffisant cependant car, malgré son désir de faire au mieux, il a eu bien du mal à gérer correctement les tout premiers exercices respiratoires en position allongée. (*)

(*) L’inspiration de type vertical dont je parle plus haut empêchait la réalisation de réactivations diaphragmatiques correctes et jouait malheureusement ici un rôle négatif difficile à contourner sur l’instant.

Néanmoins, sa motivation sans faille confortait ma confiance et je restais convaincu que nos prochains cours verraient s’éclairer rapidement notre ciel…

Ce jour-là, Pierre-Henri m’a quitté plein d’espoir, après une petite vocalisation générale de fin de cours assez bien réussie…

Les leçons suivantes

Ouf ! A notre deuxième rendez-vous, son lâché prise fut bien meilleur. Son corps, tellement tendu la dernière fois, s’est abandonné beaucoup plus, tant en relaxation que durant le massage de détente. Ce relâchement général a grandement facilité notre travail respiratoire et d’appui en taïchi ! Cette fois-ci, et j’en fus ravi, les divers exercices proposés ont pu être menés presque intégralement à bien.

La vocalisation qui a terminé la leçon – composée en grande partie de modulations « a/é » destinées à améliorer son ouverture de gorge - fut très satisfaisante.

Le principe de cette modulation est expliqué dans le billet :

« Une très belle voix en devenir »

Sur la fin de ce cours, j’avais même pu commencer à lui enseigner les tout premiers éléments de la gymnastique vocale. Comportant plusieurs exercices en position penchée, elle nous aiderait – entre autres - à améliorer plus rapidement son « souffle dorsal » !

Voir le billet : « L’articulation dans le chant »

Petit problème au cours suivant

J’en fus très surpris mais… sans raison « vraiment » fondée, Pierre-Henri, en fin de leçon, perdit toute concentration et eut énormément de mal à synchroniser certains mouvements de la gymnastique que je continuais à lui enseigner ! (*)

(*) J’ai immédiatement subodoré que son problème psychologique lui envoyait quelque écho gênant… tout en restant néanmoins convaincu que cet épisode n’aurait pas de suite.

Progrès continus

Les cours qui ont suivi m’ont donné raison. Ils se sont déroulés au mieux. Avec une concentration de nouveau au top, la gymnastique vocale s’est progressivement bien intégrée et nos vocalisations de fin de cours ont continué de donner de très bons résultats sur la voix. Pierre-Henri, sans en avoir vraiment conscience, a même réalisé plusieurs fois un « deuxième passage » presque correct sur « â » !

Bref… j’ai assisté en très peu de temps à une importante avancée à tous les niveaux.

Autre point positif :

Il m’a appris qu’il lui semblait avoir plus de facilité à chanter (en dehors du cours) et surtout qu’il avait davantage conscience des « sons » qu’il convenait d’éviter…

Des progrès qui s’affirment !

Lors des leçons suivantes, le taïchi continua de progresser. Les exercices respiratoires et d’appui étaient désormais tous menés à bien. Le corps réagissait de mieux en mieux aux cris contrôlés (équilibre pneumo-phonique). Pas d’enrouement et une forme vocale conservée jusqu’à la fin des cours.

Pierre-Henri restait très attentif tout en se « lâchant » de plus en plus : l’idéal ! (*)

(*) A signaler également qu’il parlait de plus en plus longuement pendant nos pauses et souriait très souvent. C’était un signe évident de mieux-être car, au tout début de nos leçons, il restait assez silencieux.

Un arrêt du souffle mal compris

J’ai détecté ce problème un jour pendant notre vocalisation. Tout se passait assez bien dans l’ensemble… mais, à approche de l’aigu (aux environs de fa3), l’arpège en cours (sur â) n’arrivait jamais à être mené tout à fait à son terme, un ou deux comas manquant à l’appel pour que la note la plus aiguë soit parfaitement « dominée » ! Aucun des défauts habituels n’étant vraiment en cause, un seul facteur me sembla être responsable de cela : un arrêt du souffle défectueux au départ de l’arpège !

J’ai vérifié immédiatement la tonicité de sa sangle abdominale juste avant l’attaque, et je me suis rendu compte que, bien qu’inspirant désormais correctement, il ne pratiquait pas le « bon arrêt » du souffle. (*)

(*) En effet, dans la seconde précédant l’attaque d’un arpège (ou de tout autre exercice), il est indispensable de stabiliser son souffle en fin d’inspiration, non pas par une contraction musculaire ferme des abdominaux, mais par une simple mise en pression de l’air dans le bas du thorax. Un léger écartement des basses côtes en résulte. Cette position doit ensuite être maintenue pendant l’exercice ou la phrase chantée (**)

(**) « Pour cela, une astuce consiste à s’imaginer, pour maintenir son diaphragme en position basse tout en chantant, que l’on continue de dilater la base de son thorax.

Naturellement, c’est tout à fait faut mais, de cette façon, le résultat escompté est obtenu. »

Voir des informations complémentaires sur ce sujet dans le billet :

« L’attaque du son ».

Ce jour-là, mon chanteur démarrait ses arpèges en assez bonne statique mais en presque total relâchement abdominal… ce qui perturbait aussi la qualité de l’attaque ! Ceci expliquait cela ! Après quelques exemples et essais dûment contrôlés réalisés sur-le-champ, tout est rentré dans l’ordre ! (*)

(*) Comme quoi, en technique vocale, chaque détail (où ce que l’on considère comme tel) revêt quelquefois une importance que l’on ne soupçonnait pas de prime abord !

J’ai développé, entre autres, cet aspect technique dans les billets :

« Un tout débutant doué »

« Respiration et appui vocal »

« Problème vocal complexe »

Un larynx toujours un peu récalcitrant

Malgré ses très sérieux progrès généraux, le larynx de Pierre-Henri gardait une petite tendance à monter un peu trop, dès mi3/fa3 sur la voyelle « â », gênant le deuxième passage.

Nous avons travaillé cela en chantant de simples « tenues » sur cette voyelle (de mi2 à ré3 environ, dans un premier temps), en surveillant drastiquement le maintien du larynx en position correcte (sans raideur, cela va de soi). Une fois ré3 obtenu d’une façon répétitive, quelques précisions « données sur l’instant » (notamment : appui et bâillement du fond de gorge reprécisés) ont permis d’aborder la zone du deuxième passage mi3 et fa3 dans de meilleures conditions… le larynx restant « relativement » sage ! (*)

(*) Peu de temps après, les notes fa3 et fa#3 ont été réussies sur des arpèges d’accords de quintes relativement lents. Les tenues, très difficiles sur cette zone de passage, ont été travaillées plus tard et sont encore, au moment où j’écris ce billet, en cours de perfectionnement… et le resteront, selon mon expérience, encore un certain temps !

Note importante :

Pour faciliter le maintien du larynx en bonne place - sur « â » notamment - trois facteurs revêtent (en plus d’un souffle bien pris et correctement « arrêté »), une importance capitale !

Juste avant l’attaque :

- Les piliers (pour simplifier : amygdales) doivent être ouverts souplement !

- La langue doit être large et détendue, en contact non seulement avec les incisives inférieures avec sa pointe, mais aussi avec les molaires du bas avec son pourtour…

Pendant l’exercice :

- Assurer une ouverture « progressive » des maxillaires lors de la progression vers l’aigu, parallèlement à un bâillement de plus en plus accentué du fond de gorge !

Voir le billet : « Le bâillement technique du chanteur »

Ouf ! Finalement, assez peu de temps nous a suffi pour obtenir un résultat relativement satisfaisant sur des tenues (brèves, s’entend). Pierre-Henri, même s’il s’est montré un peu surpris par un « ressenti » forcément tout nouveau pour lui, a réussi assez vite, grâce à une bonne position linguale et à une meilleure ouverture des maxillaires dès le haut médium, à tenir brièvement (environ deux à trois secondes) des fa3/fa#3 sans ascension laryngée exagérée. (*)

(*) Comme dit plus haut, ce bon résultat s’était d’abord vérifié sur des arpèges d’accords de quintes, chantés tout d’abord d’une façon assez « dynamique » puis, résultat acquis, plus lentement !

Messa di voce i/é en sommet d’arpège

Pierre-Henri continuant à faire des progrès conséquents, j’ai pu lui faire aborder assez vite d’autres exercices réputés difficiles.

Notamment ceux de réaliser en voix pleine, avec les voyelles « fermées » i/é, une « messa di voce » au sommet d’un arpège d’accord parfait « lancé » (*)

(*) Je rappelle que la « messa di voce » consiste à commencer un son dans une nuance piano, à l’amener progressivement à un forte puis à le diminuer de nouveau jusqu’à la nuance piano initiale. C’est une pratique vocale difficile mais extrêmement « payante » lorsque le chanteur s’en est rendu maître.

Dans l’exercice dont il est question, la « messa di voce » ayant lieu au sommet d’un « arpège d’accord parfait lancé », les trois premières notes de cet arpège (do2 mi2 sol2, en do majeur) devront être relativement rapides et généreuses. La MDV sera commencée par un piano subito réalisé toujours en voix pleine sur la dernière note de l’arpège (do3 en l’occurrence). Suivront – sur do3 - le crescendo et le decrescendo propres à la « messa di voce ». A la toute fin du decrescendo, sans reprendre haleine, l’arpège sera redescendu en soutenant bien chaque note.

On alternera : un arpège sur « i », le suivant sur « é ».

(*) Le « piano subito » bien réalisé en voix pleine a l’avantage d’assurer à la MDV un appui de qualité.

Cet exercice est difficile, je me répète sciemment !

Lorsqu’il sera bien réussi sur les deux voyelles fermées i/é, on ajoutera aux deux autres, un arpège sur « â »… ce qui constitue une autre paire de manches avec cette voyelle « ouverte » et « plus large » qu’il conviendra de canaliser… sans la serrer !

Pour mon compte, je conseille de ne pas dépasser le haut-médium dans un premier temps (mi3 pour un ténor). Puis, cette première « phase » étant réussie d’une façon récurrente, d’essayer l’exercice sur la zone de transition (fa3/fa#3), poursuivre enfin au-delà du deuxième passage, sans dépasser sol#3 ! (*)

(*) Cet ambitus de travail s’adresse à un ténor ; le baryton se contentera, dans cette dernière phase, de ré3/mib3, et la basse de si3/do3 !

La suite logique des exercices précédents consistera en une modulation chantée au sommet de l’arpège. Je la fais souvent pratiquer sur les voyelles éiâéi, mais d’autres combinaisons plus favorables à l’élève peuvent bien sûr être choisies, notamment âéiôui, qui se révèle souvent plus accessible pour certains.

Naturellement, comme pour les exercices de « messa di voce », la voyelle qui débute la modulation sera attaquée piano, dans une amorce de bâillement… et immédiatement renforcée. (*)

(*) Avec Pierre-Henri, nous essayons désormais, avec plus ou moins de succès, ces exercices à chaque cours.

Pour plus de détails, voir les billets :

« La couverture de la voix, première partie »

« La couverture de la voix, deuxième partie »

Petite précision

Naturellement, il va de soi qu’un débutant, même très doué, devra faire un sérieux travail préalable avant de se lancer dans l’entraînement indiqué ci-dessus. Par exemple, la toute première des choses est d’apprendre à émettre les voyelles fermées « i/é » sans les serrer (dans une amorce de bâillement), la bouche entrouverte de deux doigts environ, avec des exercices simples, dans un ambitus raisonnable, en évitant tout « challenge ». L’essentiel est de chanter correctement les voyelles, en acceptant la petite déformation de sonorité due à l’ouverture buccale d’environ deux doigts qu’il convient de conserver. Ensuite - et seulement ensuite - on pourra aborder les arpèges, d’abord sans nuances spéciales, puis avec des « messa di voce », comme décrit plus haut. (*)

(*) Pendant ces exercices, ne pas oublier de respecter une bonne verticalité et un ancrage correct.

J’ai expliqué en détail la marche à suivre de ce travail préparatoire sur les voyelles fermées dans le billet :

« L’équilibre vocal 2 ».

 Caro mio ben

J’avais demandé à Pierre-Henri de jeter un coup d’œil sur quelques « arie antiche ». Il s’était procuré le recueil conseillé et un jour, ayant un peu de temps en toute fin de cours, nous avons essayé « Caro mio ben ».

Je m’attendais à devoir intervenir de nombreuses fois… il n’en fut rien. A part quelques hésitations (car, en fait, mon chanteur ne connaissait qu’un peu cet aria…), je fus surpris de la facilité avec laquelle il l’a interprété ! Pour un premier « jet », ce n’était pas mal du tout !

Il nous faudra affirmer un peu l’ensemble pour avoir un résultat vraiment correct mais… ce premier essai laissait présager un beau futur !

J’ai naturellement complimenté mon ténor comme il se devait ! Tout content, il me confia alors avoir essayé (et assez bien réussi, pensait-il) chez lui « Dalla sua pace » de Don Giovanni !

Bien… lui ai-je gentiment rétorqué, mais nous verrons ça un peu plus tard ! Pour l’instant cet air me semble encore un peu difficile…

L’aspect psychologique

Il continuait incontestablement de s’améliorer. Je sentais Pierre-Henri de plus en plus à l’aise pendant les leçons : il se « lâchait » davantage dans nos moments de discussion (pendant les pauses), mais conservait (et c’est extrêmement important), une concentration optimale pendant le travail technique ! Quelques petits soucis d’ouverture des maxillaires, dus à son problème de « bruxisme » demeuraient cependant. En fait, la peur de ressentir une douleur limitait « inconsciemment » son bâillement à l’approche de l’aigu. Nous en avons parlé. Ce handicap ne devrait pas perdurer très longtemps.

Epilogue

Chaque leçon comporte maintenant plusieurs Arie Antiche. Ces pièces musicales en italien sont excellentes pour aider à former les voix à condition, bien entendu, de posséder d’assez bonnes bases techniques générales, ce qui était désormais le cas de Pierre-Henri. Nous continuons d’améliorer les différents exercices de « messa di voce » et de couverture des voyelles ouvertes… tout cela avance doucement mais… sûrement.

Les nombreux « écueils » de « Dalla sua pace » (où les aigus se trouvent principalement sur la zone de passage) sont travaillés pratiquement à chaque leçon.

Lorsque cet air sera chanté correctement, nous aurons beaucoup avancé. Ce n’est pas encore tout à fait le cas aujourd’hui mais Pierre-Henri est maintenant sur de bons rails. Il est évident que ce morceau de bravoure lui conviendra parfaitement lorsque certains petits problèmes l’enracinement de l’aigu et d’attaques - de consonnes notamment - seront réglés… c’est-à-dire, j’espère, dans très peu de temps !

Son ciel est de plus en plus clair.

A bientôt ?

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Jean Laforêt

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