Billet du Jeudi 28 décembre 2017 : Gros souci vocal
Dernière mise à jour : 19/12/2018  
 
Le Billet Actu (23/161)

Chronique du 21 mai 2006

 

Les registres vocaux

Toujours pour répondre à Natalina Santiago, ce billet sera consacré à la grande question de registres vocaux :

Une certaine confusion règne au sujet de leur nom, de leur nombre et de ce qu’ils définissent vraiment ! Je vais donc vous répondre selon les définitions que j’emploie et qui n’engagent que moi…

Pour mon compte, chez l’homme comme chez la femme, je distingue trois registres principaux composant la voix pleine :

Poitrine / Mixte / Tête (La voix de tête n’étant en aucune façon, dans mon esprit, assimilable au fausset). Pour moi, un baryton chantant à pleine voix un fa3 est en voix de tête alors que le fausset, toujours pour moi, est la voix que le garçon prend parfois pour imiter la voix féminine. Le fausset constitue bien un registre, on ne peut le nier, mais je le considère plus comme une possibilité supplémentaire donnée au chanteur pour obtenir certains effets que faisant partie, à part entière, de la « construction » de la voix masculine.

Voici un exemple de la position approximative des registres pour une voix de baryton lyrique :

De Sol1 à Sib 2 (parfois en dessous) : voix de poitrine (voce di petto)

De Si2 à Mib 3 : voix mixte (voce mista)

De Mi3 à la3 et plus… : voix de tête (voce di testa)

Les notes de passage sont donc, approximativement : Sib2/Si2 (premier passage) et Mib3/Mi3 (deuxième passage : le plus caractéristique).

Pour les ténors et les basses (sous-catégories confondues), les différents passages se situent, toujours approximativement :

Premier passage : Ténors : Do3 / Ré3-- Basses : Fa2 / La2

Deuxième passage : Ténors : Fa3 / Sol3- -Basses : Do3 / Ré3

Important :

Le code que j’emploie ici dans ce billet pour situer les octaves n'est pas universel : c’est le code français. Celui des États-Unis est supérieur de 1. Autrement dit, ils appellent "A4" ce que les Français appellent "la3". Or, c'est leur standard qui est utilisé dans les logiciels de l'édition et de la composition musicale les plus répandus. Ne soyez donc pas étonnés de trouver dans de nombreuses publications que le contre-ut du ténor est situé au do5 !

Avec le code utilisé ici, le "la", de 440 hertz, a pour nom… la3. ( Le contre-ut du ténor étant situé au do4 et celui du soprano au Do5)

Pour les Sopranos, Mezzo-Sopranos et Altos (toujours sous-catégories confondues), les passages se situent à peu près comme suit :

Premier passage : Sopranos : Mib3/Mi3 --Mezzo-Sopranos : Mi3/Fa3 --Altos : Sol3/Lab3

Deuxième passage :(S) : Fa#4/Sol4 --(M-S) : Mi4/Fa4 --(A) : Do4/Do#4

Nota: Je voudrais ajouter que le premier passage est souvent très discret dans certaines voix masculines : le second, en revanche, est toujours très nettement perçu et doit donner lieu à un travail approfondi. En revanche, dans les voix graves de femmes, le premier passage, souvent très accusé demandera également à être très soigneusement travaillé.

Pour les voix masculines, comme pour les voix féminines, entre le premier et le second passage se situe le registre mixte, long pour certaines voix (sopranos) et très court pour d’autres (altos) !

Au sujet de ce « registre mixte », je voudrais signaler qu’il n’est pas une faiblesse de la voix (comme le mot « mixte » pourrait le laisser entendre) mais une véritable zone transitoire entre la voix de poitrine franche et la puissante voix de tête obtenue à la sortie du second passage.

Ce sont ces trois registres réunis qui constituent la « voix pleine » des chanteurs et chanteuses d’opéra !

Notre travail est de donner à nos élèves la plus grande homogénéité vocale possible, donc de rendre acoustiquement inapparents les points « pivot » de ces registres (les fameux passages). Pour cela, il faut créer de véritables « zones de transitions » qui doivent commencer bien avant les notes réelles de passage définies pour chacun ; en jouant notamment sur les colorations et en" tissant" au mieux ce fameux registre mixte si souvent sacrifié qui est lui-même (comme dit plus haut) une zone de transition par excellence.

Exemple de zones de transition :

Prenons notre baryton lyrique : Il devra préparer son premier passage (Sib2/Si2) environ une quarte au-dessous, soit : Mi2/Fa2 et son deuxième passage (Mib3/Mi3) dès Do3/Réb3 !

Pour simplifier :

Son travail de préparation du deuxième passage doit commencer dès le bas-médium, englober le registre mixte pour aboutir à l’éclosion de sa voix de tête sur Mib/Mi !

Nick Tzico (que j’ai eu l’honneur d’avoir pour maître) écrit, dans « Le Lexique du chanteur », parlant du médium : « Il n’est pas selon nous un registre, mais plutôt, comme son nom l’indique, l’expression transitoire qui relie les deux registres caractérisés : la voix de poitrine et la voix de tête. »

Quand j’étais son élève, il m’a toujours fait travailler l' ambitus du bas-médium en prenant grand soin de préparer mon passage de Mib3 (le seul important à ses yeux) dès mib2. Ma voix était donc « conditionnée » dès le médium-grave, bien avant le premier passage Sib2 que je ne sentais d’ailleurs pas du tout.

Conclusion pratique :

On doit préparer sa voix de tête dès le médium-grave…

Voilà, Natalina. J’espère que ces explications, beaucoup trop sommaires il est vrai, vous parleront. Si certains points vous demeuraient obscurs, n’hésitez pas à m’en faire part…

Meilleures amitiés (à vous et à la classe !)

À bientôt ?

 

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Jean Laforêt

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