Billet du Jeudi 28 décembre 2017 : Gros souci vocal
Dernière mise à jour : 19/12/2018  
 
Le Billet Actu (26/161)

Chronique du 02 Juillet 2006

La "mue"... chez l'adolescent chanteur

Henri G. (15 ans) Rennes

J’ai quinze ans et je veux être chanteur ! On me dit qu’il est bien trop tôt pour travailler ma voix, que je risquerais de la casser, qu’il faut attendre d’avoir dix-huit ans au moins pour cela ! Donc pour l’instant, je chante en faisant attention de ne pas la forcer mais je n’arrive plus à monter comme avant et cela m’embête. Pourriez-vous me donner votre avis ? Avez-vous déjà fait travailler des jeunes comme moi ? J’aimerais bien commencer ! Etc.

J’avais répondu par mail, dans un premier temps, à peu près ceci : « Tout cela dépend de beaucoup de choses, mon cher Henri ! Certains jeunes garçons sont plus « avancés » que d’autres. A ton âge, on a plus ou moins de moustache… ou quelquefois pas du tout ! As-tu de la moustache ? Tu me dis que tu n’arrives plus à « monter » comme avant… Dis-moi, ta voix parlée est-elle beaucoup plus grave qu’il y a un an ? »

Henri m’a répondu qu’il mesurait un mètre soixante-douze, qu’il commençait à se raser… et que sa voix parlée était en effet bien plus grave qu’il y a un an… etc.

C’était l’occasion !

A la suite de mes « entretiens » avec Henri, j’ai décidé de faire un petit article pour éclairer un peu tous les jeunes futurs chanteurs qui, comme lui, s’interrogent sur le problème de leur mue, la grande transformation vocale de la période pubertaire !

Je n’ai pas dit : chanteurs et chanteuses car, si la mue existe naturellement aussi pour vous, jeunes filles, elle demeure souvent très discrète, n’entraînant qu’une modification assez minime sauf pour les futures voix graves (mezzo-sopranos et altos) où elle est nettement plus sensible.

Donc, jeunes garçons, ce qui suit vous est destiné en priorité !

Je pense qu’il est intéressant, en commençant mon petit exposé, d’indiquer que l’abaissement de tonalité vocale se fait d’abord très progressivement tout au long de votre enfance, parallèlement à la croissance du larynx (pomme d’Adam) et à sa descente dans le cou.

Eh oui ! La mue n’est que le « bouillonnement final » ! Mais quel bouillonnement ! A la période pubertaire (12-14 ans), le changement vocal est spectaculaire chez vous (je ne vous apprends rien… ) : c’est alors vraiment « la mue » qui apparaît, un peu après la poussée de croissance pubertaire et en même temps que la pilosité.

Cette modification vocale assez brusque est, cette fois-ci, directement sous la dépendance des facteurs hormonaux :

La taille du larynx augmente dans toutes ses dimensions et les cordes vocales s’allongent d’un centimètre environ ! Vous changez de registre vocal ! Avant le début de la mue, le registre de tête prédominait chez vous ; il est maintenant remplacé progressivement par le registre dit « de poitrine » ! La tonalité peut s’abaisser d’une octave environ, le timbre devenant à la fois plus profond et plus grave.

Pendant cette période (qui peut durer pratiquement un an, parfois plus) les deux mécanismes « tête et poitrine » coexistent : c’est pour cette raison que vous passez souvent involontairement de l’un à l’autre, produisant les fameux « couacs » que nous avons tous plus ou moins connus (nous, les hommes…) à votre âge ; rassurez-vous, ils ne durent heureusement que quelques mois !

Bien évidemment, chers futurs chanteurs, pendant toute cette période, il vous est formellement déconseillé de forcer votre voix. Ne lui demandez surtout pas (même si vous étiez auparavant de vrais rossignols) l’aigu qu’elle ne peut plus vous donner à cause de sa profonde mutation ! La patience est obligatoire !

Si vous passiez outre, vous risqueriez fort de compromettre votre avenir vocal.

Cependant, en fin de mue (quand la moustache a un peu poussé… et que les couacs se font plus rares… ) vous pouvez néanmoins commencer à travailler avec un professeur sérieux. Il profitera de cette période pour vous enseigner les techniques respiratoires, les premiers rudiments de l’émission des voyelles, etc.

Sans jamais forcer, vous pourrez ainsi avancer beaucoup et gagner un temps précieux.

J’ai moi-même « accompagné » plusieurs jeunes garçons pendant leur mue. Au cours de notre travail vocal (le plus complet possible) j’ai insisté sur le danger qu’il y aurait à essayer de « pousser la note » seul et trop violemment ! Etant très motivés, ils ont « apparemment » toujours suivi mes conseils et conservé ainsi toutes leurs chances. Je n’ai jamais eu de problème, aucune voix ne s’est « cassée » ! Tous ces garçons étaient au contraire ravis de commencer à réaliser leur rêve : la découverte progressive de leur nouvelle voix les passionnait…

Néanmoins, certains « anciens ténors » me dirent leur déception d’être destinés à devenir barytons… Cela ne dura que peu de temps, juste assez pour qu’ils se rendent compte qu’un baryton aussi… ça monte !

Alors, mon cher Henri, puisque tu as maintenant de la moustache et que ta voix parlée est nettement plus grave que l’année dernière (et si tu as bien compris l’importance de mes mises en garde) je pense que tu peux commencer à faire des gammes !

Mais, fais très attention... travaille prudemment et surtout pas seul !

Tiens-moi au courant à l’occasion ?

A bientôt ?

 

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Jean Laforêt

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