Billet du Jeudi 28 décembre 2017 : Gros souci vocal
Dernière mise à jour : 17/12/2018  
 
Le Billet Actu (33/161)

Chronique du 15 octobre 2006

Le cours de technique vocale type

Comment doit-il se dérouler, que doit-il comporter ?

Il n’y a pas de règle bien définie. Cela dépend du professeur et de l’élève qu’il a en face de lui. Avec moi, autant d’élèves, autant de cours différents : le but est de faire progresser, dans les meilleures conditions, la personne que l’on a devant soi. Je ne détaillerai pas les exercices proprement dits dans ce billet. Je donnerai surtout l’esprit dans lequel, à mon sens, ils doivent être faits.

Il y a une certaine logique pour que tout se passe au mieux. Tout d’abord, on doit faire un échauffement vocal. Celui-ci est variable pour chaque élève, en fonction de ses possibilités et de ses besoins. Certaines voix demandent un échauffement assez long alors que d’autres se contentent d’un simple parcours de la tessiture avec deux ou trois exercices.

Voir aussi : " Faire sa voix avant le spectacle"

L’échauffement vocal :

Il doit être fait en douceur, dans un ambitus aisé et dans une nuance mezzo-forte. Ne pas forcer, ne pas chercher à obtenir telle ou telle note aiguë. Il faut se contenter de ne dépasser que très légèrement le deuxième passage (atteindre le « la3 » pour un ténor est largement suffisant ; le baryton s’arrêtera à fa3 et la basse à ré3 ). Ces exercices seront surtout faits en sons conjoints, légèrement, assez rapidement mais sans « savonner » (on doit écouter nettement la succession des notes). Les quintes et les gammes conviennent parfaitement pour cela. Je conseille de commencer dans le médium, de monter par demi-tons successifs un peu au-dessus du deuxième passage puis de redescendre jusqu’au grave, également par demi-tons en surveillant la justesse et le soutien.

La voyelle ô, profonde et douce, donne de bons résultats pour cet échauffement en favorisant l’abaissement du larynx. En aucun cas, pendant ces exercices, elle ne doit « s’ouvrir » (comme dans le mot or) ni « s’écraser », entraînant le larynx dans un abaissement exagéré. Il faut, pour bien la réussir, conserver mentalement sa couleur en ouvrant un peu plus les maxillaires dès le haut médium (ils doivent jouer librement comme lors d’un bâillement réprimé). Les personnes ayant des difficultés à bien réussir la voyelle ô pourront se servir du son « ou », également très propice pour l’échauffement vocal.

La "messa di voce" :

Après avoir parcouru, de différentes façons, l’ambitus vocal décrit plus haut, on passera à des exercices plus « installés ». Les sons filés, difficiles mais indispensables, sont maintenant indiqués. Ceux-ci peuvent être faits, dans le médium et haut-médium, sur la voyelle « ô » (si elle est bien maîtrisée), ou sur « a », la voyelle royale (plus risquée pour le chanteur débutant).

(*) Petite précision : La "messa di voce"est un terme italien désignant l'art d'enfler puis de diminuer un son. Le terme français, "son filé", signifie seulement "diminuer le son".

Comment procéder ?

Après une inspiration correcte et « suffisante » (ne pas prendre trop d’air), on attaquera le son doucement (mais très nettement) après avoir « arrêté » son souffle. On réalisera alors un long crescendo jusqu’à obtenir un forte ; un diminuendo - tout aussi long - nous ramènera ensuite à la nuance piano de début. La durée de chaque note varie bien entendu avec l’entraînement et les possibilités de chacun (une tenue de huit secondes est une bonne moyenne). Plus on monte dans l’aigu, plus c’est difficile. On écourtera alors la durée, de façon à rester relativement « confortable ». L'Appui sera constant, soutenant le son d'un bout à l'autre de la tenue.

Un exemple :

Un baryton peut commencer l’exercice décrit ci-dessus en chantant un mi2, descendre ensuite par demi-tons jusqu’au sib1. Il remontera ensuite progressivement, en reprenant sur fa2, au maximum jusqu’au mi3 (donc, deuxième passage inclus). La basse se situera une tierce au-dessous et le ténor une tierce au-dessus (simples indications pouvant varier un peu avec la voix de chacun… et le moment…

C’est un exercice difficile qui doit être fait sous surveillance stricte, à moins d’être un chanteur expert.

Les attaques :

Il est également très indiqué de travailler, à chaque cours, les attaques. Elles sont d’une importance capitale dans le chant.

On les aura surveillées bien entendu lors de l’exercice de "messa di voce" mais il n’est pas inutile de s’y attarder un peu. On les fera de préférence sur « a », en partant du haut médium. On peut, bien entendu, employer une autre voyelle plus favorable. La voyelle « a » doit pourtant être travaillée spécialement, étant la plus difficile à obtenir spontanément pour la plupart des chanteurs.

Quel ambitus choisir ?

Pour cet exercice, je conseille, par exemple pour une basse, de commencer sur un si2 (un peu au-dessous du deuxième passage) puis de descendre la gamme, chaque note étant tenue deux secondes environ, jusqu’au si1. La voix sera donc « ouverte » mais « arrondie » sur cette première série d’attaques. Le chanteur attaquera ensuite do#3 ou ré3 (au-dessus du deuxième passage, donc en voix couverte), puis redescendra la gamme de la même façon, en maintenant la couverture jusqu’au si2 inclus (cette note – si2 – sera donc, cette fois-ci, chantée couverte - bien qu’au-dessous du deuxième passage - alors qu’elle avait été attaquée « ouverte » dans la descente précédente).

Une basse peut attaquer progressivement (toujours suivant ses possibilités propre), jusqu’à un mi3 (voire fa3, pour certaines voix de basse qui « aiment » l’aigu).

Le baryton commencera l’exercice sur un ré3 et le ténor sur un fa3 et suivront les mêmes indications générales.

Comment procéder ?

Les attaques doivent toujours être faites « souffle arrêté », après une légère suspension de celui-ci. La mâchoire et la langue étant préalablement détendues et la gorge en position de pré-bâillement, on doit s’imaginer, juste avant d’attaquer, que le souffle se trouve au-dessus du (futur) son.

L’attaque doit être glottale, très nette, mais douce : le son étant ensuite immédiatement renforcé.

Les notes aiguës gagnent à être chantées selon la technique de l’Aperto-Coperto : voir billet traitant de ce sujet (via « archives des billets actu », en page d’accueil).

Les voyelles fermées i et é

N’oublions pas de les travailler.

On peut les chanter avec différents exercices, bien entendu. Je préconise les sons conjoints, quintes ou gammes commencées dans le médium, bouche entrouverte et langue détendue (bien entendu dans un pré-bâillement qui, en s’accentuant, deviendra progressivement un bâillement plus libérateur… d'abord dans le haut médium et surtout dans l’aigu).

Ces voyelles rendent d’inestimables services, aidant notamment à la structure et au mordant de la voix. Prenons cependant bien garde de ne pas les « écraser » : c’est très facile et l’on ne s’en aperçoit quelquefois pas. Les sons deviennent alors étriqués et serrés (voire désagréables) et surtout nuisibles pour la voix. La gorge (sur é surtout) peut « piquer… »

Si cela arrive d’une façon répétitive, le pré-bâillement est sans doute incorrect. Faire précéder l’attaque de ces voyelles, dans ce cas-là, du son « ou ».

On aura donc : ou-i, ou-é, etc.

On chantera ces quintes et ces gammes depuis le bas-médium en englobant largement le deuxième passage. On les redescendra ensuite jusque dans le grave.

Les voyelles « i et é » sont de merveilleux outils mais… à manier en connaissance de cause. Ces voyelles « fermées » doivent être chantées dans l’aigu avec une gorge largement « ouverte » (vocale chiuse e gola aperta !)

Les arpèges :

Ils seront exécutés ensuite, de préférence avec la voyelle « a », mais doivent être travaillés aussi sur les autres voyelles (surtout i et é).

Je conseille d’abord des arpèges courts, chantés d’une façon assez allante : par exemple quintes arpégées ascendantes que l’on commencera dans le haut-médium, avec descente par demi-tons jusque dans le médium. Ré3, pour un ténor, est une bonne note de début (donc : ré/fa#/la/fa#/ré/ puis do#fa/sol#/fa/do#, etc.). Le chanteur pourra ensuite attaquer l’exercice un demi, puis un ton plus haut… selon ses possibilités en procédant de la même façon.

On pourra ensuite, dans les mêmes conditions, « allonger » l’exercice en employant l’octave arpégé ascendant ; l’exercice sera toujours descendu par demi-tons. Le ténor commencera sur « la2 » : la/ré/fa#/la/fa#/ré/la… et descendra… sol#/do#… puis remontera selon ses possibilités.

Les barytons et les basses adapteront l’exercice à leurs tessitures respectives en veillant à ce que la note aiguë « coiffe » largement le passage.

L’arpège de Rossini :

(en do majeur : do/mi/sol/do/mi/sol/fa/ré/si/sol/fa/ré/do)

Le fameux « arpège de Rossini » trouve sa place seulement lorsque la voix est chaude et bien conditionnée.

Il est excellent pour « sortir » l’aigu, mais assez « difficile » pour le larynx… Il sera l’occasion, pour le ténor, de passer au-delà du fameux contre-ut : dans l’élan tout d’abord, puis en ralentissant progressivement. Avec cet arpège, on parcourt toute la voix pleine.

Barytons : du lab1 au la3 (voire sib3) – Ténors : du do2 au do4 (voire ré4) – Basses : du fa1 au mi3 (voire fa3).

On pourra, dans un deuxième temps, exécuter cet arpège deux fois de suite sans reprendre son souffle : une fois forte, une fois piano (piano en appui et non lâché), dans un tempo moyen.

Les tenues dans l’aigu :

Ne pas oublier quelques tenues de voyelles dans l’aigu.

On pourra (par exemple) tenir quelques secondes la note aiguë culminant en haut d’un arpège. Je conseille toujours la voyelle « a », bien que d’autres voyelles puissent être (comme toujours) également employées. On tiendra cette note aiguë de quatre à cinq secondes (ou selon possibilités). Le ténor tiendra les notes de : fa3 à si3, le baryton de ré3 à sol3 et la basse de si2 à mi3 (ces niveaux étant donnés, comme toujours, seulement à titre indicatif). Ces tenues pourront être exécutées d’abord forte, puis piano (mais attention, en appui).

La modulation :

Maintenant, en tout dernier, un exercice difficile mais indispensable : celui qu’il faut absolument faire à chaque leçon dès que l’élève en est capable… (et même avant, mais, dans ce cas-là, sans dépasser le haut médium).

L’exercice de modulation de voyelles :

Il se pratique, au début, devant un miroir afin de surveiller son exécution.

Il s’agit d’émettre (en pré-bâillement) un son du médium avec la voyelle « a » (on peut aussi employer une autre voyelle plus favorable pour commencer) et, ensuite, de moduler ce « a » en O… E… I… sans le concours des lèvres ni du maxillaire inférieur.

Je conseille la succession des voyelles suivantes : a…é…i…ô…u…i…(limiter au maximum l’avancée des orbiculaires sur les voyelles fermées ô et u).

La succession : i…ou…o a…è est également très intéressante pour la quinte aiguë, dans un deuxième temps. Dans cette succession-là, employer le o ouvert de « or ».

Il est également bon d’inclure parfois (surtout pour le grave, le médium et le haut médium) les sonorités nasales. L’exercice deviendra alors : a é i ô u ou on an in â.

Ces exercices doivent être chantés depuis le médium, avec une certaine puissance, en englobant les zones de passage (pour un baryton : de mi2 à fa3… selon possibilités). Le bâillement intérieur et l’ouverture buccale s’accentuent tout naturellement avec l’ascension tonale (attention pourtant de ne pas faire varier l’ouverture buccale pendant la succession des voyelles).

La basse se contentera d’un ré3 (voire mib3) dans l’aigu et le ténor d’un sol#3 (la3, à la rigueur).

Je n’ai pas défini les limites des exercices pour vous, mesdames… mille pardons. D’autres exercices, plus légers, demandant plus d’agilité, vous sont nécessaires en complément de ceux cités ci-dessus. Ils feront l’objet d’un autre billet. Vous pouvez cependant pratiquer, si vous le désirez, la version de cours décrite ici (soprano = ténor ; mezzo = baryton ; alto = basse).

C’est surtout l’esprit dans lequel sont faits les exercices qui est important.

Vous pouvez aussi, si besoin est, vous reporter au billet « Les registres vocaux » pour avoir des précisions supplémentaires sur vos notes de passage, etc.

Durée d’un cours :

Une heure est une bonne moyenne ; trois quarts d’heure de vocalisation pure suffisent très largement.

Il faut ménager des petites pauses, boire un peu… (de l’eau)

Le dernier quart d’heure :

Il peut être consacré au travail des écueils vocaux rencontrés sur tel ou tel air : le legato de certaines phrases, l’éclosion du sib final, etc.

Le déroulement de ce cours technique est loin d’être exhaustif. Je rappelle que chaque leçon appelle une élaboration différente… ce n’est jamais complètement fini.

Je vous souhaite un très bon travail !

A bientôt ?

 

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Jean Laforêt

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