Billet du Jeudi 28 décembre 2017 : Gros souci vocal
Dernière mise à jour : 19/12/2018  
 
Le Billet Actu (37/161)

Chronique du 10 décembre 2006

Comment améliorer mon grave

Cette question m’a été posée plusieurs fois ces derniers temps. Par vous mesdames, surtout dans un soucis de mieux « placer » votre voix parlée que vous trouvez souvent trop haute ou trop pointue ; et par vous messieurs (quelquefois pour une raison voisine) et parfois aussi, lorsque vous êtes chanteurs, pour asseoir un grave qui se fait tirer l’oreille…

Les causes du « trouble » sont différentes et le « remède » ne l’est pas moins. Il existe pourtant un traitement commun :

Dans ces deux cas, un travail vocal bien conduit (une rééducation) aide à résoudre ou résout même souvent complètement le problème (*)

(*) Naturellement, un traumatisme vocal quelconque peut également être à l’origine de votre « soucis » ; si vous avez un doute à ce sujet (par exemple une raucité qui persiste et n’existait pas auparavant), consultez un ORL. Celui-ci en déterminera les causes possibles et indiquera peut-être une marche à suivre médicale qui devra précéder toute rééducation.

La cause médicale mise à part, notre problème « de grave » est bien entendu plus simple à résoudre lorsqu’il s’agit de personnes, chanteurs ou « parleurs » qui, ayant déjà travaillé leur voix, possèdent quelques bases de technique vocale. Le travail consistera alors, à l’aide d’exercices spécialement adaptés à chacun(e), à faciliter l’éclosion du premier registre (le registre de poitrine).

Pour les personnes ne possédant vraiment aucune base technique, il sera absolument nécessaire d’en acquérir les notions essentielles : la respiration abdominale, les appuis du souffle, la projection de la voix, l’articulation…

Ce travail préparatoire commencera d’ailleurs peut-être à résoudre leur problème en partie…

Je conseille à ces personnes-là de se reporter à l’article du 04 septembre 2006 : « La technique vocale de base ». Elles y trouveront des exercices très simples qui leur permettront de faire les premiers pas vers une émission vocale plus rationnelle, de commencer à apprendre à placer leur souffle et leur voix. Ensuite, ces premiers rudiments étant intégrés, elles pourront s’essayer aux exercices vocaux dont je parlerai en fin de billet.

Naturellement, vous le comprendrez, ce sujet est difficile à aborder d’une façon générale. Chaque cas est particulier et doit être traité comme tel. Cependant, certains points techniques bien appliqués aideront, j’en suis convaincu, le plus grand nombre d’entre vous à améliorer son problème personnel.

Tout d’abord, le grave est une affaire de détente de la gorge et du corps en général.

Les basses d’opéra savent bien que la moindre tension de la gorge (ou du corps) gêne considérablement l’éclosion de leurs notes les plus graves. Pour les émettre avec plénitude, il faut un corps en bonne posture (dos tenu) et pratiquement une absence d’appui abdominal. C’est même le seul cas où une très légère « rentrée » volontaire du ventre aidera, s’il en est besoin, l’extrême grave à s’épanouir plus librement.

Cet exemple nous montre que la première chose à obtenir pour améliorer le grave de la voix (des chanteurs et de tout un chacun) est la détente de la gorge (pharynx, langue et mâchoire) et du corps d’une façon générale (*)

(*) Toute contraction volontaire des muscles abdominaux est notamment à proscrire.

Quelques précisions indispensables concernant la voix parlée

Il faut distinguer la voix « conversationnelle » et la voix « projetée » qui, elle, se rapproche davantage de la voix chantée.

Dans la première, la voix conversationnelle (notre voix de tous les jours), la pression expiratoire doit être relativement faible. Néanmoins, dans une conversation, le souffle sera soutenu pendant toute l’émission des phrases. Une très légère tension de l’abdomen est donc toujours présente, même si nous n’en avons pas toujours conscience.

En revanche, trop de pression expiratoire dans la voix conversationnelle est un défaut très souvent rencontré qui favorise une fatigue vocale… et aussi une « montée » tonale (on parle plus haut : on pousse sur sa voix… ce qu’il faut justement éviter !)

En revanche, la voix projetée (celle du comédien, de l’orateur), a besoin de plus de pression expiratoire et nécessite la contraction active des muscles abdominaux. Par exemple, pour certains grands rôles, la voix du comédien s’apparente beaucoup à celle du chanteur d’opéra (hauteur tonale mise à part bien entendu) : les acteurs qui ont joué le rôle de Cyrano, dans « Cyrano de Bergerac », en savent quelque chose !

Dans ce cas-là, ne pas assez soutenir (donc pas assez de pression expiratoire) fatigue énormément le larynx qui doit compenser à lui seul l’effort qui devrait se produire bien plus bas.

Le grave des « non-chanteurs… »

Pour vous, non chanteurs, qui souhaitez améliorer la « profondeur » de votre voix parlée, il faudra (vous l’avez compris) tout d’abord obtenir un état de détente physique.

Voici un petit travail facile qui, je l’espère, vous aidera à faire les premiers pas…

Isolez-vous pour vous exercer tranquillement. Vous pouvez être assis, cela ne gênera en rien votre exercice.

Dans un premier temps (deux minutes environ), essayez de vous relaxer en pratiquant quelques respirations profondes (voir, si nécessaire le billet sur la technique vocale de base dont je parle plus haut), sentez votre corps se libérer progressivement de ses tensions…

Cette relative détente obtenue, poussez quelques soupirs sonores avec la voyelle A en laissant « tomber » mollement votre voix comme si elle « coulait » de votre bouche sur votre poitrine : « Ha… Ha…

Sentez votre mâchoire lourde et votre gorge entièrement libre : lancez ces « ha » comme si elle s’en gargarisait… Sentez votre poitrine vibrer… Attention cependant à l’attaque - l’amorce de la voyelle - qui doit être assez nette (pas de souffle perçu au début du son).

Cet exercice vous donnera, dans un premier temps, un niveau sonore plus détendu et, presque certainement, un peu plus grave. Ne cherchez surtout pas à « sombrer » les sons obtenus de cette façon : contentez-vous de « vouloir » des A très naturels, mous et détendus.

Quand vous serez un peu familiarisé (e) avec l’émission de cette voyelle, prolongez-là un peu (2 à 3 secondes).

Lorsque vous aurez bien intégré cela, il sera nécessaire de pratiquer ce que l’on appelle une « modulation ». Il s’agit, sur la même hauteur tonale (pour vous, sur la hauteur réflexe que vous aurez obtenue en début d’exercice), de moduler ce A (détendu et mou) en lui faisant prendre tour à tour la couleur d’autres sonorités. Je vous conseille, pour le but qui nous occupe, la succession de sonorités suivantes :

“ a ô on an in a ”

Gargarisez-vous avec ces sonorités qui faciliteront les vibrations graves de votre voix. Sentez-les vibrer dans toute votre tête et votre poitrine.

Votre oreille, qui n’avait pas l’habitude de les entendre, les enregistrera, rendant leur restitution future de plus en plus facile…

Essayez ensuite, dans votre vie de tous les jours, de retrouver de temps à autre certaines de ces sonorités. Pas d’exagération cependant, laissez du temps au temps…

En revanche, vous pouvez vous exercer (sur le ton de la conversation) à dire une fable, à lire tout haut quelques pages d’un livre, etc.

Messieurs les chanteurs dont le grave pose problème.

Assurez-vous tout d’abord que votre voix est techniquement bien émise. Souvent, un grave difficile est la conséquence d’un aigu mal construit : on serre un peu (ou beaucoup) ses aigus et ce défaut retentit sur l’émission du grave qui devient étriqué et rauque.

Le remède est de revoir en détail l’exécution des passages, en particulier du deuxième passage (mib3/mi3 pour les barytons). Ce défaut, s’il existe, raccourcit toute la tessiture d’une voix… et, par conséquent, tronque le grave.

Si cet aspect technique n’est pas en cause :

Si l’émission est bonne et la couverture correctement exécutée, il peut s’agir tout bonnement d’une limite vocale. Toute voix a ses limites dans l’aigu comme dans le grave…

Dans ce cas, la meilleure façon de repousser un peu cette « limite » est de se détendre un maximum pour atteindre ces notes problématiques. Le corps en bonne posture, dos tenu, accompagnez-les d’une légère rentrée de l’abdomen. Cet artifice (déjà décrit plus haut) vous aidera considérablement à améliorer les notes graves extrêmes de votre voix. Notons également que les voyelles ouvertes et larges (a – è) descendent plus facilement que les voyelles fermées et étroites (i – é). Une transformation « adroite » d’une voyelle fermée vers sa « cousine » plus ouverte vous aidera également à donner un change appréciable.

Les exercices que vous pouvez faire régulièrement sont des modulations contenant des nasales.

La succession de sonorités chantées sur la même note : « a é i ô u ou on an in a » est particulièrement bénéfique pour faciliter et sonoriser le grave. L’exercice sera exécuté mezzo forte, très lié et bien soutenu. J’entends par bien soutenu : accompagné par un abdomen en très légère tension. Il ne doit jamais être contracté à l’excès, surtout pour les notes les plus graves qui doivent être chantées très « soulevées » et pratiquement sans appui abdominal. Notre légère rentrée volontaire du ventre aidera l’émission de ces notes-là.

A titre indicatif, l’exercice peut être commencé au mi2 pour un baryton et descendu par demi-tons jusqu’au grave le plus extrême atteint sans « écraser ».

Le ténor commencera au sol2 et la basse au do2.

Les voix de femme bénéficieront également pleinement de cet exercice. Elles devront le commencer, comme les hommes, dans le bas médium de leur tessiture et descendre par demi-tons.

Je sais pertinemment que chaque cas est spécial. Peut-être n’obtiendrez-vous pas tout de suite les résultats que vous escomptez. Persévérez néanmoins…

N’hésitez surtout pas – si besoin est - à me demander des explications complémentaires ou à m’exposer en détail votre problème. Je vous aiderai toujours du mieux que je le pourrai.

A bientôt ?

 

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Jean Laforêt

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