Billet du Jeudi 28 décembre 2017 : Gros souci vocal
Dernière mise à jour : 19/12/2018  
 
Le Billet Actu (38/161)

Chronique du 24 décembre 2006

Faire sa voix avant le spectacle

« Comment me préparer vocalement pour un spectacle ? »

Cette question revient très souvent. J’ai donc décidé d’écrire un petit billet pour aider les personnes qui, sans un cours juste avant une prestation, sont un peu désorientées devant ce problème ! J’avais déjà écrit, le 20 février 2006, un article à ce sujet : « Comment chauffer ma voix. » C’était pour Isabelle B. Consultez-le (via : archive des billets actu en page d’accueil). Il sera sans doute complémentaire de celui-ci.

En fait, on me demande de traiter le sujet d’une façon plus générale que je ne l’avais fait la première fois. Effectivement, Isabelle est déjà une chanteuse à part entière et je lui avais donné des conseils assez précis, ne s’appliquant pas systématiquement à tout le monde.

Chauffer sa voix, est-ce obligatoire ?

Oui, il est indispensable de « chauffer » sa voix – on dit aussi « faire » sa voix - avant de se livrer à une prestation quelconque : concert, répétition, ou même travail personnel un peu soutenu. Je devrais dire : s’échauffer tout court car n’oublions pas que le corps tout entier chante ! Une gymnastique vocale comprenant des mouvements physiques respiratoires serait même la bienvenue en complément des exercices vocaux !

A ce sujet, le parallèle avec le sportif est très valable. Celui-ci s’échauffe avant d’accomplir un effort physique quel qu’il soit : le chant est aussi un sport à part entière ! Tous les acteurs de cet effort (abdominaux, diaphragme, cordes vocales, langue, mâchoire, etc.) doivent être sollicités avec douceur, progressivement, afin d’être préparés au « rôle » plus important qui les attend. Le claquage que risque un sportif mal préparé avant une course aura certainement des conséquences moindres que celui dont peut être victime un chanteur non échauffé avant une prestation assez violente (hard-rock, etc.) : celui-ci risque tout bonnement de perdre sa voix si l’aventure tourne vraiment mal !

Faire sa voix

En résumé, c’est la solliciter, d’abord « à petites foulées », tranquillement, sans la brusquer (mais en parcourant complètement sa tessiture) puis la donner « pleinement » quelques instants, pour vérifier qu’elle est bien là, toute prête à servir…

Quinze ou vingt minutes bien employées suffisent amplement pour ce travail préparatoire indispensable.

Certains choisiront de faire quelques exercices d’échauffement appris en cours, d’autres se contenteront quelquefois de moins.

Le billet du 15 octobre 2006 « Cours de technique vocale type » vous donnera de nombreuses indications à ce sujet . Lire aussi : " Comment chauffer ma voix "

Quelques conseils d’ordre général

A quel moment faire sa voix

Si vous devez chanter en début d’après midi, faites votre voix en fin de matinée, vers les 12 h, lorsque votre organisme est bien réveillé. Un petit réchauffement complémentaire suffira, juste avant le concert. Naturellement, si celui-ci a lieu à 21 h, conditionnez votre voix vers les 19h ! Si possible, mangez un peu avant votre prestation, cela vous soutiendra. Si elle est longue : des pâtes (sucres lents) ; si elle est courte est « violente » : de la viande rouge. En règle générale, évitez les boissons gazeuses…

L’échauffement proprement dit

Il peut commencer tout bonnement en produisant, à l’aide d’exercices variés (sirènes, petits arpèges divers, tenues, etc.) des « brr » sonores sans pincer les lèvres (imitation d’un enfant jouant à la moto…) Ce n’est pas précis mais assez efficace et réchauffe bien la voix sans lui faire courir de risque. Amusez-vous ! Parcourez allègrement toute votre étendue vocale. Passez de la voix de poitrine à la voix de fausset et réciproquement…

Vous pouvez ensuite faire des sons bouche fermée (humming), excellents pour éveiller vos résonateurs. Parcourez également toute la longueur de votre voix (fausset y compris) de cette façon-là, avec des exercices simples. C’est agréable, sans risque, et… fort utile. Vous pouvez ensuite réaliser ce humming bouche ouverte (*) et faire ainsi quelques arpèges de votre choix (ne compliquez pas les exercices, cela ne sert strictement à rien).

(*) Pour trouver le « humming bouche ouverte » : partir d’un son réalisé bouche fermée et ouvrir progressivement celle-ci en conservant le même calibrage du son (aucune voyelle ne doit se réaliser). Ce humming s’apparente au son (in) produit en prononçant le mot « ring » avant de boucler le g final : rin… (g)

Lorsque vous aurez parcouru l’ensemble de votre étendue vocale avec ce humming (notez que la bouche doit être bien ouverte pour les aigus) vous pourrez commencer à chanter quelques quintes sur « ô », sans forcer, en dépassant à peine le deuxième passage (mib3-mi3 pour les barytons).

Quelques exercices en voix de fausset pure (sur i de préférence) seront ici les bienvenus. Obtenez do4/ré4 au sommet des arpèges.

Ensuite, faites quelques sons filés sur « a (clair) », dans le bas-médium de votre voix pour stabiliser votre médium-grave dans une ouverture optimale de la gorge.

Lorsque votre voix sera réchauffée dans cet ambitus (la1 à mi2 pour un baryton), que vos « a » seront souples, vibrants et bien dégagés, chantez quelques arpèges d’octaves, toujours avec « a », en vous « appuyant » sur ces notes-là. N’allez pas au-delà du deuxième passage (le baryton se contentera d’un ré3 dans l’aigu).

Ensuite, pour dégager votre aigu, je vous conseille de le lancer depuis le haut médium. Coiffez franchement, à pleine voix, le deuxième passage avec des arpèges de quintes* (sib2/ré3/fa3/ré3/sib2). Alternez « i (ou é ») et « a » en redescendant par demi-tons. Faites ensuite l’exercice un demi-ton plus haut, puis un ton, etc.

Chantez maintenant quelques arpèges de votre choix (en partant du médium) en donnant généreusement votre voix. Je conseille toujours la voyelle « a » mais une autre, qui vous est plus favorable, peut faire l’affaire. Cet arpège doit parcourir entièrement votre tessiture. L’alternance « i/a » est à conseiller également, pour affirmer le « brillant », s’il en est besoin.

Il vous faut maintenant réaliser quelques tenues en voix pleine dans une nuance forte pour vous rassurer complètement et sentir que vos moyens vocaux sont au top !

La modulation a é i a (le dernier a étant tenu…) convient parfaitement à une bonne stabilisation de la « voix ouverte » dans le haut-médium et l’aigu (ambitus de la2 à fa3) *.

(*) Exemples donnés pour une voix de baryton

N’allez surtout pas à la fatigue, gardez votre « diamant » pour le spectacle !

Si d’aventure votre voix est un peu fatiguée ce jour-là (trachéite, laryngite légère), ménagez des temps de repos entre vos exercices de conditionnement pour éviter toute fatigue superflue (dans ce cas-là l’échauffement prendra plus de temps, sera plus doux, moins exigeant, mais devra néanmoins être fait).

Notons également que, parfois, on pourra se contenter des premiers exercices indiqués, certaines voix étant moins longues que d’autres à trouver « leur vitesse de croisière ». Chacun choisira ce qui lui convient le mieux, selon le moment, son humeur et… la prestation qui l’attend par la suite.

Un chanteur lyrique conditionnant sa voix pour un opéra, devra naturellement apporter un soin extrême à ses exercices et les soigner un maximum.

Mon dernier conseil sera, pour terminer ce travail préparatoire, d’amorcer une chanson ou un air du futur spectacle, de façon à faire « le joint » avec celui-ci en tâtant votre forme vocale dans le réel, articulation comprise. Ensuite, oubliez tout ceci jusqu’au spectacle.

Une demi-heure avant celui-ci, essayez de vous relaxer cinq bonnes minutes en ne pensant à rien (allongé ou assis sur une chaise).

Ensuite, un peu avant l’heure H, tout en peaufinant votre maquillage, réchauffez une dernière fois votre voix mais sans « l’ouvrir » : économisez les belles voyelles sonores, faites seulement quelques « brr » et du « humming… » ; si vous l’avez échauffée correctement deux heures avant le spectacle, elle sera encore là, très « haute », prête à vous servir…

Seuls, les mauvais chanteurs hurlent à tue-tête dans les couloirs, juste avant la représentation. Sur scène, lors du spectacle, on les entend souvent beaucoup moins…

Pour la suite, je vous dis : « M . . . E ! »

Très joyeux Noël à tous !

A bientôt ?

 

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Jean Laforêt

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