Billet du Jeudi 28 décembre 2017 : Gros souci vocal
Dernière mise à jour : 19/12/2018  
 
Le Billet Actu (39/161)

Chronique du 07 janvier 2007

Ma voix bouge... que faire ?

Voilà un problème qui mérite que l’on s’y attarde un peu. Beaucoup d’artistes lyriques rencontrent (ou ont rencontré) ce souci vocal qui, « pas ou mal » traité, peut mettre fin rapidement à une carrière. Dans ces cas-là le trop fameux traitement cortisonique ne sert à rien !

Que s’est-il passé ?

Dans la majorité des cas, l’oscillation trop lente de la voix est la conséquence d’une émission forcée qui s’est installée progressivement, presque insidieusement. Au fil du temps, le chanteur a de plus en plus de mal à maintenir cet effort. Un relâchement des cordes vocales se produit alors, alourdissant considérablement l’émission. Ensuite, le problème ne fait que croître et embellir. On dit que la voix bouge ! Le cercle vicieux est installé !

Chez le chanteur jeune cela signe, presque à coup sûr, une mauvaise technique vocale (basée sur l’effort). Le même problème, chez un sujet âgé, peut être la cause d’un affaiblissement dû à l’âge.

La déficience physique engendrée par une maladie peut provoquer également - et ceci à tout âge - un affaiblissement du tonus musculaire laryngé et ralentir le vibrato. L’émission s’alourdit alors et, oscille dangereusement.

Ainsi, un chanteur, même jeune, s’étant beaucoup affaibli à cause d’un ennui de santé relativement long, aura beaucoup de chance (si l’on peut dire) de rencontrer ce problème. La fonte musculaire générale (conséquence de sa maladie) touchant inévitablement le larynx, le soutien naturel de celui-ci ne peut plus être assuré.

Bien sûr, les deux causes (affaiblissement et insuffisance technique) peuvent aussi coexister : on se doute que la première ne fera que compliquer la seconde et réciproquement…

La sagesse, dans ce cas, est d’arrêter complètement le chant un certain temps et de revoir tous les « fondamentaux » une fois la récupération physique achevée.

Mais, jeune chanteur, est-on conscient de l’insuffisance de sa technique ? Pas vraiment dans la plupart des cas ! On chante avec un peu de technique, beaucoup de foi et… sa jeunesse. Si la maladie arrive, c’est la catastrophe « non annoncée ». Ensuite, on tourne en rond…

Pour tout « arranger », la récupération physique ne va presque jamais de pair avec la récupération de la voix. C’est même souvent le contraire…

En effet, une vitalité physique plus ou moins retrouvée va donner l’illusion au chanteur de pouvoir solliciter de nouveau immédiatement ses muscles vocaux. Il le fera presque toujours trop violemment et ceux-ci se passeraient bien de ce brusque surcroît de travail.

« En recommençant trop vite et trop fort, sans avoir au préalable amendé sa technique, on ne fait qu’accuser le problème ! »

Pour que les muscles récupèrent leur tonus, il faut au contraire être très patient, faire un travail doux, très sérieux, très rigoureux… parfois décourageant dans les premiers temps !

Le traitement est-il possible ?

Oui, certainement ! Seulement, on ne pourra en aucun cas l’accomplir seul. Il s’agit ni plus ni moins d’égaliser de nouveau le vibrato. Pour cela, il faut tenir compte de tous les éléments entrant dans la dynamique vocale. Cela ne peut se faire que sous le contrôle strict d’un professeur compétent, le chanteur lui-même n’ayant pas une conscience exacte de son résultat vocal immédiat au cours de ses exercices. L’enregistrement peut l’aider… mais il est obligatoirement toujours en décalage postérieur par rapport à l’action ! Le chanteur doit être corrigé « sur-le-champ » !

Comment procéder ?

La première chose consistera à fortifier les muscles vocaux, sans les fatiguer. Je parle de tous les muscles ( extrinsèques et intrinsèques) du larynx, pas seulement des cordes vocales.

Naturellement, ce travail (comme dit plus haut), nécessite en amont une révision complète de la technique de base. Tous les fondamentaux devront être passés au crible. Les sensations proprioceptives devront être reprogrammées correctement (l’oreille s’étant habituée à des sensations erronées). Les passages vocaux (1e et 2e) devront être retravaillés. La moindre erreur technique est à traquer !

Pour ce faire, il faudra tout d’abord revoir la bonne exécution de la respiration abdominale profonde, calmement, minutieusement. Réapprendre (ou apprendre) à alimenter sa voix avec un débit de souffle régulier, équilibré. La correction de « l’oscillation lente » ne souffre aucune erreur de soutien.

Parallèlement, il faudra pratiquer des exercices de modulations de voyelles adaptés à chaque personne (chacune réalisant de façon différente – de part sa constitution - la répartition équilibrée des éléments physiques entrant dans la mise en place d’un appoggio correct).

Les premiers progrès dans la réalisation de ces modulations signeront le début de la… guérison !

Peut-on récupérer sa voix « d’avant » ?

Certainement, surtout chez un jeune chanteur. Si le travail est mené à son terme (fruit de sa patience sans faille) il aura, de surcroît, acquis une expérience technique très grande qui lui permettra de franchir ensuite sans dommage les multiples épreuves que réserve une carrière lyrique.

Il se souviendra toujours de cette époque formatrice car il aura sans doute eu « vraiment peur » !

NOTA :

J’ai également constaté des résultats fantastiques chez des chanteurs dans la force de l’âge, ayant déjà une assez longue carrière de « bougeotte » derrière eux. C’est plus difficile à obtenir mais pas « impossible » comme certains le prétendent.

Croyez-moi, de très grands espoirs sont permis.

 

Je vous conseille de prendre connaissance des deux billets suivants :

" Le chant théraphie... un travail vocal intégral "
" La technique vocale fondamentale "

A bientôt ?

 

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Jean Laforêt

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