Billet du Jeudi 28 décembre 2017 : Gros souci vocal
Dernière mise à jour : 17/12/2018  
 
Le Billet Actu (40/161)

Chronique du 29 janvier 2007

La technique vocale fondamentale

Pierre M. (Paris)

J’ai lu, plusieurs fois dans votre site et aussi dans certains de vos articles, le terme de « technique vocale fondamentale » ou encore « revoir les fondamentaux ». Je crois comprendre qu’il s’agit de retravailler entièrement sa voix comme on le fait au tout début des études vocales ? Je suis chanteur semi-professionnel et je pense me trouver un peu dans ce cas car je suis conscient d’avoir perdu pas mal de mes possibilités sans bien comprendre pourquoi. J’ai trente-trois ans et je suis, je pense, baryton. Pourriez-vous m’expliquer ce qu’est la technique vocale fondamentale et comment on peut revoir tous les fondamentaux de la voix ?

Pierre, vous avez raison : revoir les « fondamentaux », c’est effectivement revoir entièrement sa technique vocale, mettre tout à plat et repartir sur des bases saines. Mais, pas de n’importe quelle façon !

« C’est surtout faire renaître correctement sa voix depuis ses fondations d’origine. C’est facile à dire et à concevoir mais beaucoup moins facile à réaliser car les « fondations sonores » commencent bien avant les premières vocalises. »

Comment peut-on être amené à devoir entreprendre un tel travail ?

Il peut y avoir plusieurs causes à un dérèglement vocal profond. Tout d’abord, sans un contrôle périodique sérieux, les chanteurs (même très bons) prennent souvent, jour après jour, de mauvaises habitudes qui sapent progressivement et insidieusement leurs possibilités vocales (c’est pourquoi il leur est très fortement conseillé de faire contrôler leur émission environ une fois par mois).

Certains forcent et malmènent parfois un peu (ou beaucoup) leur voix, d’autres chantent dans de mauvaises conditions acoustiques, d’autres encore entreprennent un spectacle sur un mal de gorge non résolu ou avec une sinusite, etc.

On n’a pas vraiment conscience, au tout début, de ces petits « grains de sable » qui se glissent dans l’émission. Ils vont pourtant, très discrètement (puisque, cahin-caha, on continue à se produire) « bousculer » doucement et finir par dérégler la mécanique vocale la mieux huilée ! La voix se dérobe, ne répond plus (ou très mal) aux désirs de « son maître ». On tourne en rond, tous les repères deviennent fuyants. On rate de plus en plus souvent ses aigus, les graves sont un peu rauques, etc.

Le vrai signal d’alarme se produit quelquefois à la suite d’une affection laryngée quelconque après laquelle on ne retrouve plus ses marques…

Au bout d’un certain temps, on s’inquiète et l’on consulte alors, souvent sans succès, différents spécialistes de la voix : ORL et phoniatres se succèdent. Ensuite, c’est au tour des professeurs de chant d’être sollicités pour aider à améliorer sa technique que l’on croit momentanément défaillante…

En fait, très souvent, la maison-voix s’écroule car ses fondations « ont pris l’eau ! ». Elles s’affaissent doucement en entraînant l’édifice qui, mal soutenu, rompt progressivement ses équilibres. Le chanteur ne comprend pas, il a pourtant l’impression de chanter de la même façon…

Lorsque l’on a fait plusieurs tentatives (médicaments et techniques diverses) sans succès probant, la seule vraie solution est de tout remettre à plat, de reprendre sa technique depuis son extrême base.

Le billet : "J'ai longtemps abusé de ma voix" traitant de la rééducation difficile de Benjamin, jeune chanteur un peu trop passionné, vous apportera de nombreux éléments explicatifs touchant ce sujet.

C’est ce que j’appelle : « Revoir tous les fondamentaux ! »

Fondamentaux, fondations, fondement, fond, début… Il faut retrouver le creuset de naissance de sa voix, refaire son chemin vocal depuis le début (sans brûler les étapes), pour pouvoir reconstruire une émission sans faille, en toute sécurité, sur un terrain solidifié !

C’est seulement avec ce travail profond que l’on pourra éviter de reproduire les erreurs de base qui, dans la majorité des cas, ont grandement contribué à induire progressivement l’état vocal défectueux.

Il est donc exclu de seulement s’arrêter de chanter quelques jours et de refaire, bien reposé, quelques exercices nouveaux (soi-disant miracles). Cela ne servirait strictement à rien ! Les mêmes causes créant les mêmes effets, on se retrouverait vite à la case départ… et plus rapidement sans doute que la première fois !

Pour conjurer vraiment le sort, il faut un peu de temps et beaucoup de persévérance. Il est nécessaire de se remettre entièrement en question (d’essayer d’oublier tout ce que l’on croit savoir) et de repartir de l’extrême base : le corps lui-même !

Comment procéder ?

Il faudra, dans un premier temps, apprendre à se relaxer pour bien ressentir ce corps dans toute sa profondeur ; puis apprendre (ou réapprendre) à respirer calmement, profondément. Il est indispensable de retourner aux origines de sa voix, de ses ouvertures et de ses appuis naturels et d’oublier complètement la sacro-sainte technique que l’on a employée jusqu’ici :

Il faut redevenir un « bébé » et réapprendre à crier comme lui, de la façon la plus basique qui soit !

Pour accomplir ce travail de " retour aux sources" et faire table rase de toutes les inhibitions qui se sont accumulées petit à petit, il est indispensable de s'abandonner complètement, sans tabou, de mettre son corps et son esprit à nu. Il faut se débarasser des vieux vestiges et ôter tous les cache-misère...

C’est seulement quand le corps sera libéré de tous ses blocages (qu’il « criera » avec naturel) que l’on pourra installer le geste vocal correct. Sur un corps ouvert, complètement disponible (un vrai bébé adulte) celui-ci prendra tout son sens. J’ai bien dit « un geste correct » ! S’il ne l’était pas vraiment, la voix, mieux assise, ressusciterait pour un temps mais risquerait une nouvelle « escapade » !

Une fois le « bon geste » acquis, des exercices plus traditionnels devront suivre pour calibrer l’émission, rééquilibrer les résonances et améliorer l’articulation.

Voilà, Pierre, ce que j’appelle « revoir ses fondamentaux ». On ne peut, en aucun cas, accomplir ce travail seul car trop de paramètres entrent simultanément dans cette étude.

Le « cri basique »(*1) ainsi que le « geste vocal » (*2) doivent obligatoirement être enseignés et contrôlés.

(*1) C’est le cri du bébé qui forme ses cordes vocales : adulte, il faut de nouveau ressentir cet équilibre irréprochable offert au bébé par la nature elle-même. Celui-ci pousse des cris très prolongés sans risque de s’enrouer ou de « casser » sa voix ! Ils sont « réflexes » et parfaitement synchronisés au souffle et à l’appui ! Le bébé n’a pas appris à chanter… c’est "Dame Nature" qui lui indique comment crier si bien sans fatigue !

(*2) Il s’agit de l’exécution dynamique de l’appoggio et de l’aperto-coperto. La réalisation correcte de ces gestes vocaux primordiaux conditionne toute l’émission chantée.

En résumé :

La technique vocale fondamentale est la mise (ou la remise) en condition parfaite du corps et des organes vocaux à recevoir le « bon » geste vocal. Celui-ci (complément indispensable de ce travail préalable) sera travaillé seulement quand le cri basique correct aura été complètement intégré.

Pour des informations complémentaires, vous pouvez également consulter le billet du 13 août 2006 : « Le chant thérapie… un travail vocal intégral ». En feuilletant ces archives, vous trouverez également plusieurs autres pages traitant de la technique vocale fondamentale.

Nota important :

Les débutants intégraux ayant commencés leurs études vocales de cette façon ont toutes les chances d’avoir ensuite une voix solide comme du roc !

A bientôt ?

 

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Jean Laforêt

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