Billet du Jeudi 28 décembre 2017 : Gros souci vocal
Dernière mise à jour : 17/12/2018  
 
Le Billet Actu (45/161)

Chronique du 01 avril 2007

Problèmes d'oreille chez le chanteur

Je m’aperçois que je n’ai jamais consacré de billet aux problèmes liés à l’audition. J’ai donc sélectionné ici les questions que l’on me pose le plus souvent à ce sujet. Ces problèmes, plus préoccupants chez le chanteur, le comédien ou le conférencier touchent aussi tout un chacun, perturbant insidieusement sa vie de tous les jours. Je précise que je ne parle pas ici de surdité, mais seulement de la faculté que nous avons de reproduire ou non, avec notre voix, les sons et les inflexions sonores que nous entendons. Ce trouble a pour nom : « l ’amusie » (*)

(*) Pour "Le Robert", « l’amusie » est la perte de la capacité de chanter, de jouer ou de reconnaître une musique ; par extension, absence de sens musical. »

Voici quelques questions émanant de personnes qui souffrent, sans en être encore vraiment conscientes pour certaines, d’un problème d’oreille prononcé. Elles ne sont pas sourdes, même partiellement. On dit communément qu’elles sont plus ou moins « amusiques ».

Juliette A. (35 ans)

« Je chante faux. Est-ce irrémédiable ? Malgré tous mes efforts, rien n’y fait. Pourtant, je voudrais pouvoir chanter ; est-ce que des cours de chant pourraient… etc. »

Xavier D. (21 ans)

« Je suis élève en comédie et l’on me dit que je parle faux : comment travailler ce défaut qui perturbe complètement mes études ! Personne ne semble réussir à m’aider. De plus, ma voix « monte » souvent lorsque je parle et je n’arrive pas à dominer ce travers. J’ai donc décidé de vous demander si… etc. »

Isabelle D. (20 ans)

« Malgré tous mes efforts, je n’arrive pas à retenir la mélodie d’une chanson et à me caler en rythme. Pourriez-vous m’aider à… etc. »

Nicolas B. (18 ans)

« Je n’aime pas ma voix, elle est sans relief, pas assez tonique. Je lui trouve des inflexions bizarres lorsque je m’entends sur un magnétophone ou sur mon répondeur. Cette voix ne reflète pas ma personnalité qui est, je pense, beaucoup plus affirmée. Que faire ? Est-ce que des cours de chant pourraient… etc. »

Lucien J. (48 ans)

« J’ai une voix qui se fatigue facilement. De plus, on me dit que je donne l’impression d’agresser les gens lorsque je parle, que j’ai toujours l’air, paraît-il, à la fois sur la défensive et en colère. Pour couronner le tout, je n’aime pas du tout ma voix. Je la trouve trop haute et éraillée. C’est ma femme qui se charge des messages du répondeur. Est-il possible, qu’avec des cours de voix… etc. »

Betty R. (chanteuse moderne)

« Ma voix déraille souvent lorsque je monte un peu. Je ne peux plus la tenir et le son décroche de lui-même, d’une façon très laide. Je le sens mais je n’y peux rien. Pensez-vous qu'en améliorant ma technique du souffle, je pourrais… etc. »

Ce sont les phrases-là que j’entends le plus fréquemment. Toutes signent un problème d’oreille plus ou moins sérieux (associé ou non avec d’autres). Dans la plupart des cas, ce trouble n’est pas irrémédiable.

Si vous vous reconnaissez un peu dans un ou plusieurs des cas énumérés ci-dessus (il y en a bien d’autres symptômes… ) l’intégrité de votre écoute est sans doute en cause… vous l’avez compris.

Surtout ne paniquez pas ! Je peux affirmer ici qu’un espoir certain existe et qu’une « guérison » partielle, voire totale est possible.

La qualité de l’audition est d’une importance capitale pour chanter ou jouer la comédie, tout le monde le sait ! Elle est importante également pour vivre, tout simplement. Avec un problème d’oreille, on perçoit moins bien le discours des autres, leurs intonations, le rythme de leurs phrases, etc. Percevant moins bien, on répond avec une intonation qui ne convient pas toujours à la situation. De plus, on n’a pas une conscience exacte de sa propre voix. Quelquefois, on la trouve même déplaisante, comme étrangère à soi-même… elle nous échappe !

Une monotonie existe aussi parfois dans le discours d’une personne ayant ce problème : il manque de points et de virgules (la personne parle souvent d’une façon presque monocorde!)

Cependant, ce qui précède n’est pas toujours exact.

J’ai fait travailler, il y a quelques années, un avocat de renom qui ne pouvait absolument pas répéter avec sa voix un son joué au piano ; il m’a cependant déclamé, au bilan, un passage de Racine avec une intonation parfaite, criante de vérité ! Son discours courant était également sans problème. Il ne détestait pas sa voix. Il venait simplement pour apprendre à chanter, sans se douter le moins du monde que cela serait vraiment très difficile pour lui !

Oui, la qualité de l’écoute est d’une importance capitale pour chanter et jouer la comédie : tout le monde le sait (je me répète sciemment) !

Ce que l’on sait moins, c’est qu’un travail vocal profond et adapté peut, en de nombreuses occasions, pallier une déficience de l’oreille de façon très satisfaisante et même, souvent, résoudre complètement le problème lorsque celui-ci n’est pas trop prononcé.

J’ai fait travailler, dans ma « carrière » de professeur de chant, de nombreuses personnes souffrant "d’amusie" à un degré plus ou moins élevé.

Il est vrai que ces personnes ne peuvent pas (ou alors très approximativement) répéter avec leur voix, un son d’une hauteur donnée. Vous chantez, par exemple, un A sur un « sol » à ces personnes et, en retour, elles répèteront un A sur un « la » ou un « mi » ou sur… c’est selon leur humeur ! Il leur est tout simplement impossible de restituer la hauteur du son qu’elles entendent pourtant très bien.

Ce trouble, je le répète, bien que spectaculaire à première vue, n’est pas toujours sans solution. Il peut être réduit ou même entièrement « guéri » dans de nombreux cas.

Une petite histoire

Mon premier élève « amusique » (il y a déjà fort longtemps de cela) fut un homme d’une quarantaine d’années, Pierre Q. Il voulait prendre des cours de chant afin de tonifier sa voix (qui ne lui plaisait pas) pour dire, en réunion, les poèmes qu’il écrivait. Il ne se doutait pas du tout, à ce moment-là, que son oreille avait un problème très sérieux. J’avais remarqué, dès le début de notre premier entretien, qu’il parlait d’une façon assez monocorde, « oubliant » un peu la ponctuation…

Le bilan vocal qui suivit révéla une « amusie » très importante. Il était incapable de reproduire avec sa voix un son quelconque joué au piano. Je lui annonçai, au terme de notre bilan, que, malgré mon désir, je ne pourrai pas le faire travailler. Je lui expliquai que son oreille, trop mauvaise, rendait impossible tout travail vocal sérieux et que nous ne pourrions pas obtenir le résultat qu’il escomptait.

Il me parut terriblement déçu et malheureux à l’énoncé de ce « verdict ». Il m’apprit à ce moment-là qu’il avait, un jour, violemment heurté un plan dur avec sa tête. Cela ne date pas d’hier, me dit-il, mais mon problème vient peut-être de là ? On pouvait effectivement le penser…

Je n’eus pas le cœur de « l’abandonner » et décidai de tenter l’impossible, me trouvant toutes les bonnes raisons pour essayer d’améliorer, ne fusse qu’un peu, sa qualité d’écoute.

La meilleure de ces raisons fut sans aucun doute qu’il n’était pas venu pour devenir chanteur mais seulement pour travailler sa voix parlée. Je devais essayer…

Je n’avais, alors, jamais rencontré un cas semblable mais je savais pertinemment qu’une bonne oreille était aussi nécessaire pour parler avec conviction et vérité que pour chanter… et la sienne était vraiment très mauvaise. Je partais dans l’inconnu…

Le déroulement des cours

Mon travail consista tout d’abord, à chaque leçon, à le relaxer profondément, de façon à réduire le plus grand nombre possible de ses inhibitions qui étaient nombreuses. Après la relaxation, à chaque leçon, un travail très profond sur le corps avait lieu : le Taïchi vocal.

Voir à ce sujet le billet actu : Le chant thérapie… un travail vocal intégral

Ce travail permit, entre autres, de rétablir un souffle calme et profond (ce ne fut pas facile car sa respiration était inversée et, de plus, Pierre était très anxieux et très nerveux).

Puis, je lui faisais, toujours en position couchée, entendre et répéter des sons alors qu’il était très relaxé. Ce fut tout d’abord laborieux, puis, progressivement, ce travail devint plus payant. Je fus, après quelques leçons, ravi de constater qu’il parvenait maintenant à répéter, relaxé, à peu près correctement les sons situés dans un ambitus d’environ une quinte (approximativement du ré2 au la2). Au fil du temps, les progrès continuèrent : la quinte devint sixte puis presque octave.

En station debout, les notes jouées au piano avaient désormais un sens nouveau pour lui et cela le remplissait de joie. Il les prolongeait à plaisir lorsqu’il se sentait bien dans la note. De plus, sa voix devenait plus belle, le timbre s’enrichissait.

Nous sommes parvenus, au bout de quelque temps, à chanter des chansons enfantines faciles ! C’était un vrai miracle !

Ses poèmes, travaillés également avec soin, prenaient un nouveau relief : les points et les virgules y apparaissaient de plus en plus souvent, rendant tout l’intérêt au texte, fort intéressant au demeurant.

Il me dit, au terme de ses études, que notre travail avait changé sa vie, qu’il avait l’impression d’être progressivement devenu quelqu’un d’autre. Il était heureux ! Il percevait le monde différemment. Il me dédicaça son recueil de poèmes que je garde depuis précieusement.

Ce cas était très difficile. Depuis, je me suis occupé de nombreuses personnes dont l’écoute posait un problème plus ou moins sérieux. Toujours, je dis bien toujours, un travail technique intégral a amélioré de façon considérable ou même souvent effacé complètement le trouble.

Les vrais amusiques profonds ne seront jamais chanteurs ou chanteuses (ils le savent) mais, néanmoins, vivront mieux avec un handicap réduit de beaucoup. Ceci est une certitude.

Je fais travailler, en ce moment même, quelques personnes affligées plus ou moins sérieusement de ce problème. Grâce à la technique vocale appliquée dans de bonnes conditions, elles améliorent leur écoute tout en travaillant leur voix et préparent même, pour certaines, des concours de chant…

Actuellement, si je reste persuadé qu’une excellente oreille est certes primordiale pour tout travail vocal, je suis également certain que le corps, si l’on s’en occupe vraiment, peut apporter une aide déterminante à celle-ci pour l’obtention de la justesse d’un chant ou d’un texte.

Malheureusement, travailler seul son écoute est impossible car il est indispensable d’être contrôlé (constamment et simultanément) sur le plan physique, vocal et auditif (*).

(*) En plus du contrôle auditif indispensable à chaque instant, il est nécessaire, en effet, que les sons soient également réalisés avec une technique du souffle et de l’Appui la plus parfaite possible. C’est à ce prix-là seulement que le corps jouera pleinement son rôle de soutien kinesthésique dans la perception de la justesse.

Le ressenti « kinesthésique » (*)

(*) sensation relayée par la sensibilité profonde des muscles et les excitations de l’oreille interne.

Je ne pourrai donc pas vous donner, à mon grand regret, de ligne de travail personnel cette fois-ci…

N’hésitez pourtant pas à me faire part de vos préoccupations, je ferai toujours en sorte de vous aider de mon mieux.

A bientôt ?

 

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Jean Laforêt

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