Billet du Jeudi 28 décembre 2017 : Gros souci vocal
Dernière mise à jour : 17/12/2018  
 
Le Billet Actu (46/161)

Chronique du 15 avril 2007

Comment placer ma voix

Odile N. (Reims)

Bonjour monsieur. J’ai quarante ans, je suis formatrice et j’ai parfois beaucoup de mal à faire passer mon « message ». Ma voix est faible et je dois sans arrêt forcer mon « talent » pour être correctement perçue. On me fait répéter souvent et j’avoue que cela devient vraiment préoccupant pour moi. Je finis la journée très fatiguée, vocalement et physiquement. Je prends des médicaments pour essayer de m’aider (vitamine C et pastilles Euphon, entre autres) : ils sont efficaces mais ne suffisent pas. Il y a quelque temps, j’ai consulté un phoniatre et suivi des séances d’orthophonie sans succès probant. Récemment, cherchant des réponses à mes soucis sur Internet, j’ai découvert votre site qui m’a vraiment « parlé ». Peu de billets concernent mon cas mais j’ai décidé de vous écrire. Je suis persuadée que vous pourrez m’aider, avec les conseils simples et clairs que vous donnez habituellement, à trouver ma « voix ». Je crois aux signes et découvrir votre site en est un pour moi. J’ai confiance ! D’avance, je vous remercie de me répondre, même brièvement… etc.

Merci, Odile, pour la confiance que vous me témoignez. J’en suis très touché. Effectivement, aucun billet sur le site ne traite en détail d’un problème semblable au vôtre. Cette lacune sera comblée aujourd’hui grâce à vous.

M’occupant de la voix (dans le sens le plus large du terme) depuis assez longtemps, j’ai eu l’occasion de voir de nombreuses personnes confrontées aux mêmes difficultés que vous. Elles touchent en priorité celles et ceux qui doivent s’exprimer en public pour faire passer un message et convaincre : avocats, comédiens, conteurs, instituteurs, formateurs, etc.

Certains, sans travail vocal spécial, s’en sortent plutôt bien : ils possèdent naturellement une bonne voix et un équilibre pneumo-phonique* relativement correct. Ils ne sont pas la majorité, croyez-moi…

(*) Relation d’équilibre entre le souffle abdominal et la fonction vocale

Les personnes que j’ai vues exerçaient leur profession avec de grandes difficultés. Toujours mal comprises dans leurs prestations verbales et souvent aphones à la fin de la journée, elles vivaient un vrai cauchemar professionnel.

Cela s’explique facilement : pour une voix (souvent déjà fragile et très mal placée de surcroît), le temps de récupération entre deux prestations est toujours insuffisant. Ces personnes entrent tout naturellement dans le cercle vicieux du « malmenage* », souvent doublé d’un « surmenage* » vocal.

(*) Malmenage et surmenage vont souvent de pair ! On « malmène » sa voix lorsqu’on l’utilise mal et on la « surmène » lorsqu’on l’utilise trop. Dans chacun de ces deux cas, on la fatigue énormément. Imaginez un peu ce que cela donne quand une voix déjà fragilisée est à la fois utilisée trop et mal !

Je veux vous rassurer, Odile, et, avec vous, tous ceux qui sont confrontés à ce problème : celui ou celle qui a vraiment le désir et la volonté de s’en sortir y parvient. Bien conseillé, avec un travail sérieux, on peut retrouver des moyens vocaux normaux.

Quelles sont les caractéristiques d’une voix bien placée ?

Une voix bien placée (on dit aussi posée) est agréable à entendre, une certaine « musicalité » l’habite. La personne qui la possède parle sans effort particulier et peut se faire entendre distinctement d’assez loin. Sa prononciation, tout en étant parfaitement nette (ponctuation mise en évidence, où et quand il le faut) n’altère en rien l’aspect « lié » de ses phrases. De plus, cette voix reflète bien la personnalité profonde de son (sa) propriétaire : elle est personnelle.

Pour faire un parallèle avec le chant, on pourrait dire que cette personne parle avec un beau « legato », tout son corps participant à l’acte. Les phrases ne sont jamais heurtées, les mots semblent couler harmonieusement, le discours est convaincant.

Peu de personnes possèdent ce don de naissance : dans la majorité des cas, il s’acquiert par le travail.

Comment placer sa voix ?

Nous y voilà, Odile ! Répondre à cette question est simple : « Il faut la travailler sérieusement. »

Le travail vocal bien conduit améliore toujours les qualités acoustiques d’une voix :

Son timbre (enrichissement en harmoniques)

Sa hauteur d’émission (obtention d’une bonne projection vocale, adaptée au discours du moment)

Son intensité (accroissement de la puissance et de la portée vocale).

Je ne vous conseille pas de travailler seule : vous perdrez un temps précieux pour un résultat médiocre, voire nul ! Trop de paramètres entrent ensemble en ligne de compte.

Comment procéder ?

Faire un bilan vocal : il est indispensable pour situer exactement les causes (*) de votre problème avant d’entreprendre une rééducation.

(*) Déterminer notamment s’il existe un souci d’oreille (à traiter parallèlement), une respiration inversée** (extrêmement fatiguant pour la personne), etc.

(**) Respiration inversée : à l’inspiration, la poitrine se soulève, le ventre est rentré et contracté ; à l’expiration, le ventre, détendu, revient en avant et la poitrine s’affaisse.

Déroulement de la rééducation

C’est, pour moi, une éducation vocale - en quatre phases - qui permet d’acquérir les bases techniques indispensables.

Après avoir fait un bilan précis, je la fais pratiquer ainsi :

Taïchi vocal* (pour obtenir une respiration abdominale profonde)

(*) voir billet : « Le chant thérapie… un travail vocal intégral »

Gymnastique vocale (qui mettra en relation correcte le souffle abdominal et la voix, rétablissant l’équilibre pneumo-phonique)

Vocalisation de base (pour tonifier la voix et unifier le timbre)

Exercices d’articulation (destinés à apprendre – sous surveillance constante – à réaliser un discours projeté (*)

(*) J’emploie couramment les fables de La Fontaine pour cela mais tout autre texte, travaillé correctement, peut faire l’affaire.

Votre problème, Odile, est simple. Vous avez vu un spécialiste de la voix et essayé, sur ses conseils, l’orthophonie (ce phoniatre n’avait donc rien détecté de vraiment préoccupant au niveau de votre larynx). Les séances d’orthophonie n’ont pas apporté l’amélioration souhaitée ? Dans un premier temps, je vous conseille d’essayer de nouveau avec un nouvel orthophoniste qui saura peut-être mieux s’y prendre avec vous…

Un autre « remède » consiste à prendre des cours de technique vocale avec un professeur de chant compétent.

Peut-être pourriez-vous vous adresser au conservatoire de Reims ? Il existe maintenant, dans de nombreux établissements, des cours pour adultes.

Sans vous connaître, Odile, je ne peux malheureusement mieux vous conseiller.

Vous pouvez aussi essayer de pratiquer tranquillement chez vous les exercices indiqués dans le billet actu : « La technique vocale de base » (*)

(*) Si vous avez un problème particulier (amusie ou souffle inversé) cela sera difficile pour vous d’y parvenir sans être guidée. Vous ne risquez rien d’essayer…

N’hésitez surtout pas à me demander des renseignements complémentaires et, si vous passez un jour par Paris, venez me voir, je vous recevrai avec plaisir pour un bilan.

A bientôt ?

 

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Jean Laforêt

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