Billet du Jeudi 28 décembre 2017 : Gros souci vocal
Dernière mise à jour : 17/12/2018  
 
Le Billet Actu (53/161)

Chronique du 29 juillet 2007

Ma voix sur une portée musicale

Alexis R. (Paris)

J’ai trouvé votre site vraiment bien. Je suis guitariste amateur. Je voudrais trouver les différents registres de ma voix et leur place sur une portée musicale. Pourriez-vous me recevoir pour un cours ? Cordialement.

Depuis votre mail, mon cher Alexis, nous avons beaucoup parlé de tout cela lors de nos différents rendez-vous. Mais, cette question revenant assez souvent et aucun billet ne lui ayant été vraiment consacré jusqu’alors, j’ai décidé de le faire aujourd’hui. Merci donc de l’avoir posée une fois encore… Votre gentille insistance m’a décidé à me pencher de plus près sur ce problème de « diapason » sur lequel on bute souvent allègrement !

Je souhaite que ce billet réponde à quelques questions que se posent de nombreux chanteurs et instrumentistes et leur permette de gagner un temps précieux dans leur éventuel travail d’écriture.

Tout d’abord, je comprends fort bien que l’on se perde un peu entre les différents registres masculins et féminins, le nom et la situation des octaves, les passages, la voix pleine, la voix de fausset, la voix mixte, etc. J’ai déjà longuement parlé de tout cela dans différents billets. > Archives des billets actu <

La question, cette fois-ci, est très différente.

Il s’agit de savoir exactement où les sons (quels qu’ils soient : masculins ou féminins, pleins, mixtes ou faussets, etc.) se placent sur une portée musicale (de préférence en clé de sol) et connaître leur relation exacte avec le diapason…

En somme, la vraie question est : « A quelle note, dans l’échelle des tonalités, correspond le son que je fais et où se place-t-il sur la portée musicale en clé de sol ? »

J’emploierai, comme à l’accoutumée, le code français pour développer mon propos. Dans ce code, la note « la » (440 hertz) est le la3. Le code des Etats-Unis est supérieur de 1 (les Américains nomment a4 ce que les Français appellent la3). De nombreuses publications utilisent leur standard, qui est le plus répandu. Il vous faudra donc, quelquefois, selon vos partitions, faire un petit calcul pour vous situer.

Notez un petit truc assez connu : le la3 (440Hz) (ou a4, pour le code des Etats-Unis) est celui de la tonalité de votre téléphone !

N’ayant pas la possibilité de me servir d’un clavier pour vous expliquer ce qui va suivre, je vais donc devoir simplifier au maximum… ce qui n’est sans doute pas plus mal pour la compréhension générale.

Prenons, pour notre exemple, la note « do », qui sonne dans le grave de votre voix. Je l’appellerai, pour simplifier : do grave ! Il s’agit respectivement du do2 pour une voix d’homme et du do3 pour une voix de femme.

Je ne désigne, en aucun cas, par « do grave » une note extrême donnée par de très rares voix de basses profondes ou, pour parler au féminin, par certaines voix de contralto, tout aussi rares (ces notes extrêmes s’appelleraient alors : do1 pour la basse et do2 pour le contralto)

Je veux simplement parler ici du « do grave » de tout un chacun !

Quand une voix féminine (normale) donne un do dans le grave de sa voix, il s’agit du do3 (264Hz), il est joué, sur un piano par une touche blanche située près de la serrure…)

Sur la portée musicale, en clé de sol, il se trouve tout en bas, à cheval sur la première ligne supplémentaire…

Quand une voix masculine (normale) donne un do, dans le grave de sa voix, il s’agit, cette fois-ci, du do2 (132Hz). Sur le piano, il est donné par une touche blanche, située une gamme au-dessous du do de la chanteuse…

Mais, sur une portée musicale en clé de sol, il se trouve, comme pour les voix féminines, à cheval sur la première ligne supplémentaire du bas…

En résumé :

« Les voix féminines chantent une octave au-dessus des voix masculines mais la position de la note, sur la portée musicale en clé de sol, est la même. Aucune indication graphique particulière ne les différencie… Seul le texte, s’il existe, précise le sexe de la personne qui chante, et nous dit dans quel octave réel « pourra » se situer le chant… » (*)

(*) Si toutefois le chanteur ou la chanteuse, par confort, ne choisit pas d’octavier…

Autre piège : Prenons par exemple, le contre-ut masculin, situé deux octaves au-dessus du do grave (do2). Il s’agit du do4 (528Hz). Pour la chanteuse, dont le do grave est le do3, le contre-ut sera donc le do5(1056Hz), une octave au-dessus du contre-ut masculin.

En revanche, sur la portée, en clé de sol, les deux « contre-ut » occupent la même place, à cheval sur la deuxième ligne supplémentaire, au-dessus de la portée ! Un homme chante la note écrite : c’est un do4, si c’est une femme, c’est un do5 !

Petites subtilités n’aidant pas la compréhension :

Lorsqu’un homme, en voix de fausset (donc, pour lui, en voix féminine), émet (gardons le même exemple) un contre-ut, il donne seulement un do4 et non pas le do5 féminin, comme il le croit souvent ! (*)

(*) En fait, il passe en voix de fausset pour « pouvoir » réaliser cette note aiguë, mais il s’agit toujours du même do4 !

Notons tout de même, qu’en « fausset », certaines voix masculines atteignent fa4 ou sol4 (voire plus haut pour les falsettistes !)

Lorsqu’une femme, en voix de poitrine (Ex : Edith Piaf)) donne un do aigu, en plénitude vocale, c’est, en fait, un do4, seulement une octave au dessus de son do grave, « le do3 » dont j’ai parlé plus haut. Cette note équivaut au contre-ut du ténor !

Pour réaliser les notes les plus hautes de sa tessiture, elle devra obligatoirement « passer » en voix de tête à partir de mi4, fa#4 ou sol4 (suivant sa catégorie), pour atteindre, selon ses possibilités… la4, si4, do5… et même beaucoup plus pour certaines voix de colorature qui doivent donner, par exemple, dans l’air de la « Reine de la Nuit », des fa5… (appelés communément : contre-fa…)

Etendues et tessitures vocales

Une petite mise au point est, à ce sujet, également nécessaire car la confusion est courante entre ces deux définitions.

Elles signifient pourtant des choses bien différentes.

On entend par étendue d’une voix l’ambitus total de cette voix (il comprend tous les sons audibles qu’elle peut émettre, du plus grave au plus aigu, sans souci de qualité ni de possibilité de tenues ou de nuances…)

L’étendue vocale totale d’une voix dépasse rarement trois octaves.

En revanche, la tessiture d’une voix est l’ambitus dans lequel cette voix chante avec facilité ; c’est la « portion vocale » employable, où elle est susceptible d’émettre de beaux sons et de les nuancer.

La « tessiture vocale » est généralement de deux octaves pour de très bons chanteurs lyriques et… quelquefois moins.

Petite mise au point au sujet de « l’étendue vocale »

On assiste, là-aussi, à des discours on ne peut plus « fantaisistes » !

Par exemple, on entend couramment : « Telle chanteuse de variété a cinq octaves… » ou encore : « La célèbre basse untel, fausset compris, en possède quatre… »

Tout ceci n’est que pure invention !

Croyez-moi, trois octaves pour une « étendue vocale » constituent le maximum que l’on rencontre généralement.

Cela signifie déjà, pour une voix de femme, de franchir allègrement l’écart entre do2 (132Hz), le do grave de l’homme, et do5 (1056Hz), le contre-ut féminin. Cette étendue est celle des voix que l’on peut qualifier de très longues ! Naturellement, les notes extrêmes de ces voix sont parfaitement inemployables, sauf pour des effets vraiment très spéciaux !

Une exception cependant : Yma Sumac, que l’on nommait la femme aux cinq octaves, donnait des sons corrects et employables sur trois octaves et demie ! L’étendue totale de sa voix pouvait donc avoisiner les quatre octaves. C’était un phénomène vocal !

Mado Robin, la colorature française bien connue, donnait régulièrement sur scène le sib5 (contre-sib) voire si5 ! Je l’ai entendue moi-même chanter ces notes… qui étaient sublimes de pureté et d’une puissance plus que suffisante ! (*)

(*) La tessiture de sa voix était anormalement déplacée vers l’aigu. Son grave était, en revanche, assez faible (elle donnait difficilement un do3). Sa tessiture était donc approximativement de « trois » octaves, son étendue vocale peut-être de trois octaves et demie… et c’était, elle-aussi, un phénomène vocal !

Dans les chansons courantes réputées difficiles, on a des ambitus qui atteignent « très rarement » une octave et demie !

Pour un homme, trois octaves signifieraient, par exemple, d’aller du do1(66Hz), le contre-do grave atteint rarement et assez péniblement par seulement certaines voix de basses très profondes, au do4 (528Hz), le fameux contre-ut du ténor !

Même en tenant très largement compte du fausset que certaines voix de basse emploient avec bonheur (et qu’elles prennent approximativement vers le mi3 ou fa3 ) on obtient très péniblement les trois octaves…

Il y aurait encore beaucoup à dire, l’aspect « diapason » est consistant !

Je me rends compte que je me suis allègrement écarté de la question initiale et, aussi, qu’il est très difficile d’expliquer tout cela avec seulement des mots !

J’espère que vous ne m’en tiendrez pas rigueur car le sujet se prêtait bien à ces digressions. Elles m’ont permis de développer un peu certaines questions « parallèles » également souvent évoquées.

Comme toujours, n’hésitez pas à me faire part de vos questions, j’essaierai toujours de vous répondre de mon mieux.

A bientôt ?

 

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Jean Laforêt

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