Billet du Jeudi 28 décembre 2017 : Gros souci vocal
Dernière mise à jour : 17/12/2018  
 
Le Billet Actu (60/161)

Chronique du 29 octobre 2007

L'attaque du son

Nicolas M. (Orléans)

J’ai dix-neuf ans. Je prends des cours de chant lyrique depuis bientôt un an et j’ai un problème dont je voudrais vous parler. Je n’arrive pas à chanter plus de trois secondes sans être à cours de souffle. J’essaie de respirer profondément, de garder mes côtes écartées, rien n’y fait. J’ai pourtant un souffle normal quand je fais du sport où je n’ai jamais de problème d’essoufflement. Je n’y comprends rien et mon professeur n’arrive pas à m’expliquer d’où ça vient. Il dit que ma respiration est bonne. J’ai lu tous vos articles sur ce sujet (ils sont supers, merci) mais, malgré ça, je n’arrive pas à m’en sortir. Malheureusement, je suis trop loin pour venir vous voir. Pourriez-vous m’expliquer par mail quelle pourrait être la cause de ce manque de souffle ? D’avance, je vous remercie, etc.

Je t’ai déjà dit dans ma réponse, Nicolas, ce que je pensais de ton problème et comment y remédier. Cependant, comme toujours, je vais m’expliquer plus en détail dans ce billet afin que d’autres jeunes chanteurs et chanteuses profitent de la « leçon » !

Nous avons tous plus ou moins ressenti, au début de nos études, le manque de souffle dont tu parles. Tout simplement parce qu’avoir de bons poumons est une chose et savoir distribuer son souffle pour chanter en est une autre…

Avant de creuser le sujet plus avant, il est bien entendu – là, je m’adresse à tous - que la première condition est de posséder une bonne respiration costo-diaphragmatique. Dans le cas contraire, la perte de souffle pendant le chant s’expliquerait encore plus aisément…

Je pars donc du principe, avant de développer mon propos, qu’une bonne respiration de base est acquise… ou à peu près !

C’est ton cas, sans doute. Autrement, ton professeur t’aurait certainement alerté depuis longtemps.

Plusieurs billets sont consacrés à la respiration :

Relis-les tranquillement, tu y trouveras sûrement (encore) quelques petites choses à glaner… Relis surtout l’article du 04 mars 2007 : « Comment doit-on respirer ».

Donc, si malgré une respiration correcte (ou à peu près) et en l’absence de tout traumatisme du larynx, le manque de souffle vocal se produit d’une façon récurrente, le problème vient forcément d’ailleurs…

Il est dû, dans la grande majorité des cas, à une mauvaise attaque du son ! C’est une des causes les plus fréquentes.

Notre larynx a un double rôle dans la phonation : il est à la fois sphincter et vibrateur ! Pour que le souffle devienne voix, il doit freiner le passage de l’air (rôle du sphincter) tout en le faisant entrer en vibration (rôle du vibrateur…) Je schématise énormément pour faciliter la compréhension !

La bonne attaque (la qualité de l’affrontement des cordes vocales au tout début du son) est donc capitale pour la suite de l’exercice ou de la phrase musicale (*)

(*) On imagine difficilement la quantité énorme de souffle que l’on gaspille à ce moment-là si cette attaque est mal faite.

Aussi, dès que la respiration est placée, le jeune chanteur doit concentrer tous ses efforts sur cet aspect technique capital : toute la « bonne » suite de ses études vocales en dépend.

L’attaque correcte

Pour qu’une attaque soit correcte, elle doit être faite « souffle arrêté », après une légère suspension de celui-ci. Elle doit être glottale, douce et très nette !

« C’est l’évidence, me direz-vous, tout le monde sait cela ! »

Je vous répondrai que ce n’est pas aussi évident que cela et qu’il vous sera toujours très profitable - même si vous êtes professionnel (le) - de vous arrêter (le temps qu’il vous faudra pour obtenir un très bon réflexe conditionné !) sur le travail de l’attaque du son.

Voir pour information : " L'aperto-Coperto... son approche technique"

Comment réaliser des attaques correctes

Le corps en bonne statique de chant, prenez une inspiration abdominale plutôt modérée (il est toujours nuisible de prendre trop d’air !)

Conservez cette inspiration (suspension du souffle) pendant deux secondes puis attaquez nettement un A (glottal et doux) que vous tiendrez un temps équivalent.(*)

(*) Enchaînez tranquillement plusieurs attaques, sur la même note, en respectant bien les temps de suspension du souffle de deux secondes (employez une note facile du médium : par exemple mi2 pour un baryton).

Ces deux secondes d’attente risquent de vous paraître interminables au début… mais votre attaque, elle, sera sans doute bien meilleure qu’auparavant !

Ensuite, réduisez la suspension du souffle à une seconde et chantez une série de notes plus longue (six ou huit).

N’oubliez pas : attaques glottales, nettes et douces… une seconde après l’arrêt de la prise d’air ! (*)

(*) Attention, je me répète : ne prenez pas trop de souffle au départ ! Ensuite, il suffit de relâcher l’abdomen après chaque son (en conservant une bonne tenue du dos) pour que le souffle « nécessaire » à la prochaine attaque se renouvelle automatiquement.

L’aspect technique que je viens de développer ci-dessus est très simple mais fondamental ! Une fois que vous aurez bien maîtrisé ce geste, exercez-vous à attaquer ainsi tous vos exercices habituels (arpèges, gammes, etc.)

N’oubliez pas de travailler la" messa di voce" . (*)

Relire à ce sujet le billet du 15 octobre 2006 : « Le cours de technique vocale type ».

(*) C’est un exercice incontournable pour tout chanteur qui se respecte…!

Comment pratiquer une attaque avec une consonne ?

Au stade où nous en sommes, le problème des attaques n’est pas encore complètement résolu : il faut maintenant apprendre à les pratiquer avec des consonnes. Vous le savez, c’est avec elles que se font la plupart des attaques dans vos morceaux…

Voici quelques consonnes intéressantes qui pourront servir à votre entraînement : B D M N L V

Je vous conseille de travailler, pour commencer, en vous servant de la consonne « L » (son « voisement (*) » est très facile à capter…) en la « couplant » à la voyelle A.

(*) La voix de la consonne ! C’est un son (je pourrais presque dire un bruit) extrêmement bref, s’apparentant à la couleur : « oe ». Les consonnes dites « explosives », dont P, K n’ont pas de voisement…

Nous aurons donc, pour notre exemple, à chanter le mot : LA

Attaquons-le sur une note « tonique », relativement facile : un do3 (pour un baryton) fera très bien l’affaire.

Comment procéder ?

Corps en bonne position de chant, arrêtons notre souffle :

« Je me répète : inutile d’en prendre trop, le souffle vital suffit… »

Ne nous précipitons pas : il faut faire « désirer » la voyelle (en l’occurrence le A).

Dans notre exemple - juste avant l’attaque - la langue se colle au palais dur, le presse un peu, faisant naître le « voisement » de la consonne.

Il faut, avant de laisser s’épanouir la voyelle A, que cette couleur de voisement (oe) ait lieu (même très brièvement). On aura donc, si on développe : « L(oe) <<< A

On aura intérêt, au début, à prolonger un peu le voisement pour bien le cerner.

Faites, de cette façon, quelques descentes de gamme en attaquant chaque note. Un baryton pourra commencer par Ré3 : ré/do#/si/la/ etc. Montez ensuite l’exercice par demi-tons. Le but recherché n’est pas la performance mais l’exactitude des attaques. Attention de bien gérer le passage mib3/mi3 :

« La couverture dynamique du son (mib3/mi3) ne doit pas gêner le processus ! »

Ensuite, changez de consonne : M puis N, D, etc. Puis… de voyelle : é i ô, etc.

Le stade suivant n’est pas un mystère : il faudra appliquer ce travail sur vos morceaux (où les attaques les plus délicates peuvent aussi bien se situer dans le médium que dans l’aigu…)

Le même principe « directeur » doit s’appliquer à toute attaque faite avec une consonne : respecter son « voisement ». Il peut être très bref, mais doit exister !

Si l’attaque se fait directement sur la voyelle A, penser (juste avant) à un petit K (naturellement inaudible). Cela peut, en plus des grands principes énoncés plus haut, vous aider à assurer une attaque correcte et éviter toute « fuite » de souffle…

En revanche, si l’attaque doit se faire sur un « é » ou un « i », attendez, pour produire le son, que la langue ait pris, dans l’instant précédant cette attaque, la position convenant à la voyelle…

Dans le cas d’attaque avec une consonne explosive… modérez l’explosion !

J’ai terminé, Nicolas ! Il y aurait, bien sûr, encore beaucoup à dire… J’espère que tu feras ton profit de ces quelques explications complémentaires ? J’avoue que ce n’est pas facile, seul, de venir à bout de ce problème. Enregistre-toi ! Et… continue à me tenir au courant ?

J’espère également que ces quelques lignes serviront à de nombreux élèves chanteurs et chanteuses en les aidant à mieux comprendre, puis à réaliser plus correctement cet aspect technique si important.

A bientôt ?

 

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Jean Laforêt

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