Billet du Jeudi 28 décembre 2017 : Gros souci vocal
Dernière mise à jour : 17/12/2018  
 
Le Billet Actu (62/161)

Chronique du 26 novembre 2007

Le surmenage vocal

Antonio S. (Nice)

Etant tombé par hasard sur votre site, je me permets de vous écrire car je pense avoir un soucis vocal pas commun. J’ai trente-deux ans et je chante, en semi-professionnel, sans problème particulier, depuis huit ans : bals, petits galas, etc. Il y a trois mois, j’ai fait une tournée où j’ai dû me donner vraiment à fond (partenaire indisponible). J’ai même dû chanter quelques jours avec une angine ! Depuis mon retour, ma voix ne répond plus et je suis presque toujours enroué. Après deux ou trois chansons, je suis complètement mort ! Cela m’inquiète beaucoup. J’ai vu, à mon retour de tournée, un ORL qui n’a rien décelé de particulier sur mes cordes vocales. Il m’a seulement dit que j’avais une petite laryngite. Malgré un traitement pour cela (Solupred, antibiotique etc.) la voix ne tient pas plus. Cela ne m’était jamais arrivé auparavant. Un professeur de chant, consulté récemment, m’a dit que ma façon de chanter est correcte. Je suis désespéré, je ne sais vraiment plus quoi faire. Je compte venir à Paris pour vous voir et grouper quelques cours. En attendant, que pensez-vous de tout ça ? Merci d’avance des quelques conseils que vous pourrez me donner dans l’immédiat, etc.

Voici ce que m’avait écrit Antonio, il y a un certain temps déjà… Merci de la confiance que tu m’as témoignée à ce moment-là.

Après avoir conversé souvent par téléphone, nous nous sommes vus plusieurs fois à Paris. A l’heure qu’il est, tout va bien pour lui et j’en suis vraiment ravi.

J’ai tenu néanmoins à écrire ce billet pour que d’autres chanteurs, atteints de « symptômes » semblables, puissent peut-être, eux aussi, profiter de « l’heureuse » conclusion de sa « malheureuse » expérience !

Tout d’abord, il faut savoir qu’aucune voix, aussi bonne soit-elle ne résiste à un important surmenage vocal. On nomme « surmenage » le fait de trop chanter, de dépasser ses limites. Un très bon chanteur moderne, donnant facilement vingt chansons tous les soirs risque d’être très éprouvé vocalement s’il doit passer à quarante ! Pour peu qu’il attrape une angine et doive malgré tout continuer, cela risque de se complique encore davantage ! (*)

(*) Cet exemple illustre bien, d’une façon un peu simplette peut-être, la notion de surmenage vocal (sans malmenage) : « malmenage » signifiant une mauvaise utilisation de la voix ( technique insuffisante – ou absente - par exemple).

Il est malheureusement très courant que les deux défauts cohabitent : chanter trop et… être techniquement insuffisant !

Antonio avait consulté un médecin ORL après sa tournée. Il avait très bien fait de ne pas attendre ! Le traitement prescrit par celui-ci n’avait donné aucun résultat probant. Ses soucis continuaient…

Ce qu’il fallait faire ensuite

Dans un cas semblable (lorsque les symptômes persistent après un traitement majeur - corticoïde + antibiotique), n’hésitez pas à revoir le spécialiste dès la fin de celui-ci. Les cordes vocales, dégonflées et blanchies par la cortisone (Solupred, pour Antonio) rendent l’examen plus précis.

Si cette deuxième visite ne révèle toujours rien d’anormal consultez, par sécurité, un phoniatre, spécialisé si possible dans la voix chantée.

Antonio, sur mes conseils, a naturellement – a posteriori - fait tout cela et le résultat fut toujours négatif : rien de médical n’expliquait vraiment ses troubles.

La fatigue du larynx

Si votre cas est semblable - technique apparemment correcte et aucun traumatisme détecté - il est fort probable que la tonicité de vos muscles laryngés soit en cause, qu’ils se contractent mal ! Qu’ils soient, en un mot comme en cent : très fatigués ! (*)

(*) Je ne parle pas uniquement des cordes vocales mais de l’ensemble des muscles, extrinsèques et intrinsèques, du larynx.

« Le chant est – entre autres – un acte physique et réclame, dans tout le corps, le concours simultané de nombreux muscles. Le larynx, l’organe principal de la voix, n’échappe naturellement pas à cette règle… et se trouve, très souvent, être le premier touché dans ses rouages délicats »

Très éprouvés par une fatigue récurrente, les muscles laryngés - docilement à votre service à l’accoutumée - ne peuvent plus jouer normalement leurs rôles. Malgré une bonne technique générale, le fameux cercle vicieux du forçage est désormais en route…

Ignorant le « pourquoi » de sa méforme, le chanteur pousse… et se fatigue encore davantage ! Même une bonne technique de chant (je me répète sciemment) s’avère inefficace puisque l’appareil laryngé lui-même est touché.

Il faudrait « lever le pied » mais le chanteur l’ignore à ce moment-là… il a des dates de galas à assurer et a confiance en sa technique. Quelques médicaments feront l’affaire, pense-t-il ! Il se dope donc allègrement ! Cela marche quelquefois, pas toujours…

Comment retrouver ses moyens ?

Tout d’abord - après avoir acquis l’assurance que rien de « médical » n’est en cause - le repos vocal total est absolument indiqué pendant au moins dix jours (c’est un minimum). Laissez vos muscles laryngés se reposer complètement. Ne cherchez pas à « tâter » votre voix pour guetter sa problématique réapparition… Oubliez-là (je sais que ce n’est pas facile). Parlez doucement, ne timbrez pas…

Le sommeil « réparateur »

Ce n’est pas un vain mot : pendant le sommeil, le corps se « répare ». Il est indispensable de le favoriser au maximum pendant ces jours de repos. Couchez-vous… le plus tôt possible (vingt-trois heures, pas plus tard…) Prenez, au besoin, un calmant léger. J’emploie, pour mon compte : Sédatif PC. C’est une spécialité homéopathique efficace, ne comportant aucune toxicité, aucune accoutumance et aucune contre-indication.

Une alimentation légère et saine

Pendant ces quelques jours, donnez à votre corps toutes ses chances : mangez léger, ne buvez pas trop, faites un peu d’exercice…

Homéopathie pour récupérer… (*)

(*) Les suggestions qui suivent sont données à simple titre d’indication : voir un médecin homéopathe est naturellement préférable ; il rédigera son ordonnance exactement pour vous, en tenant compte d’éléments qui vous sont personnels. Les spécialités qui suivent ne comportent néanmoins aucune contre indication.

Vous pouvez prendre, le matin au réveil (une seule fois par semaine) : une dose d’Arnica 7 CH

Les jours suivants, en alternance, à deux heures d’intervalle (estomac libre) : Aestre P.C, Argentum nitricum 5 ch, Rhus tox 5 ch (trois granules de chaque)

Très important :

Ayez soin, pendant cette période, de prendre également un gramme (voire deux grammes) de vitamine C - acérola de préférence - par jour (avant midi, pour ne pas gêner votre sommeil).

Après ces dix jours... reprise « douce » !

Le premier jour, votre travail vocal ne devra pas excéder un quart d’heure, en fractionnant vos exercices. (*)

(*) Je vous conseille de pratiquer quelques petits « massages » vocaux dans le médium de votre voix, sur ô, de préférence : ambitus de do2 à do3 pour un baryton (pas plus). Quintes et arpèges de quintes seront les bienvenus. Ne forcez surtout pas mais il est indispensable que ce premier travail soit bon, techniquement parlant : statique, souffle et appuis corrects.

Ne cherchez : ni le timbre, ni à « monter », ni à chanter fort. Le but est de redonner à vos muscles laryngés un certain tonus… sans jamais les fatiguer !

Faites également des sons piqués, toujours sur « ô ». Ils sont ici particulièrement indiqués (toujours dans l’ambitus do2 / do3)

Pendant cette période de reprise, continuez votre petit traitement homéopathique. Réduisez la vitamine C de moitié...

Les jours suivants…

Pratiquez de la même façon. Allez (petit à petit) un peu plus haut, un peu plus longtemps, mais pas plus fort… Vous pouvez maintenant « tâter » votre voix sur « A », très délicatement : quelques sons « tenus », commençant sur ô fermé (celui de « beau ») et se terminant sur un « â » (âme), toujours dans le médium… (évitez de travailler sur é/i pour l’instant). Tentez prudemment quelques arpèges d’octave mais sans dépasser le ré3 (pour un baryton). Continuez vos piqués…

Il faut être très prudent, car, en cas de forçage, même relatif, tout le travail accompli serait à refaire depuis le début : on repartirait à zéro !

Si vous pratiquez vos exercices très progressivement, en les fractionnant (ménagez-vous des temps de repos), vous aurez toutes les chances de récupérer complètement vos moyens assez rapidement. Quinze jours devraient suffire pour cela.

« Tout en continuant votre petit traitement homéopathique (n'oubliez pas votre dose d’Arnica 7CH une fois par semaine, un matin à jeun), chantez une ou deux chansons faciles (dans le médium). Surveillez votre technique à 100% ! »

Attention : même si, au bout de quelques jours, tout vous paraît de nouveau normal, résistez à la tentation d’en faire trop ! Respectez votre programme : à mon avis, trois chansons par jour sont un maximum.

Ensuite, je vous souhaite, comme a pu le faire Antonio, de reprendre graduellement, sans aucun problème, vos activités : galas, tournées, etc.

Un gros problème comme celui-là laisse souvent des traces… positives ! On évite de faire deux fois la même erreur… on a eu trop peur !

Un petit secret

« Je n’en ai pas parlé jusqu’alors mais j’ai découvert chez Antonio, lors de nos cours à Paris, quelques problèmes techniques de base qui avaient, sans doute, grandement contribués à aggraver les effets de son surmenage vocal. Nous avons résolu tout cela. Je suis sûr qu’il a maintenant toutes les « cartes en mains » pour faire un très beau parcours !

Salut Antonio ! Continue à me donner de tes bonnes nouvelles.

Merci à tous et à toutes de m’avoir lu… et : « Bonnes voix ! »

Vous pouvez lire, en complément de ce billet : " L'hygiène vocale "

A bientôt ?

 

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Jean Laforêt

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