Billet du Jeudi 28 décembre 2017 : Gros souci vocal
Dernière mise à jour : 19/12/2018  
 
Le Billet Actu (63/161)

Chronique du 12 décembre 2007

Je chante faux

Christophe L. (Paris)

Bonjour monsieur. Tout d’abord, merci de nous donner tant de conseils précieux dans vos billets. J’ai dix-neuf ans et je chante depuis six mois. Je vous écris car j’ai un problème d’oreille peu courant. J’écoute très juste mais je détonne lamentablement dès que je chante. En une ligne a cappella, je peux descendre d’un demi-ton et, même avec un accompagnement, je tiens difficilement le cap ! Par contre, je me rends très bien compte du moindre écart de justesse chez les autres. J’aimerais avoir votre avis et savoir si, avec des cours, il est possible d’arranger ça. Je suis, paraît-il, ténor dramatique. Ma voix est sonore et j’adore chanter. Je n’y comprends vraiment rien. Si ça continue, je vais devoir tout laisser tomber car on ne peut rien espérer en chantant aussi faux. Personne autour de moi ne semble pouvoir m’aider, etc.

Voilà ce que m’écrivait Christophe, il y a quelque temps déjà. Depuis, nous nous sommes vus plusieurs fois et… il chante beaucoup plus juste ! Je vais, comme d’habitude, construire ce billet pour que d’autres chanteurs et chanteuses puissent profiter un peu de l’expérience qui fut la sienne.

Dans un cas comme celui-là, l’oreille elle-même est rarement seule en cause. En revanche, la technique vocale l’est, presque toujours, fortement.

Son bilan fut très révélateur pour moi. La voix était en effet puissante et sonore mais à quel prix ! Malgré un souffle et un appui abdominal sensiblement corrects, Christophe chantait avec une voix complètement en gorge. Il obtenait son deuxième passage (mi3), avec un larynx haut perché… dans un pharynx naturellement très contracté ! Il croyait chanter comme un chanteur d’opéra… et faisait exactement le contraire ! (*)

(*) Le bon chanteur, faut-il le rappeler, émet sa voix avec une gorge largement ouverte et stabilise son larynx en position plutôt basse ! L’appui vocal, lui, étant totalement intégré dans le corps à différents niveaux.

Cela est difficile à corriger car le chanteur fait souvent de ce défaut un fondement important de sa technique. Il pense « dur comme fer » que c’est grâce à lui qu’il peut sortir ses aigus, qu’il tient correctement ses sons, etc. Il entend sa voix solide et sonore… sans se douter qu’elle est aussi, dans la plupart des cas, « gutturale et… nasillarde de surcroît ». En effet, ces deux anomalies apparaissent souvent de concert !

Pourquoi le chant est-il, dans ce cas-là, souvent faux ?

Parce que cette émission très défectueuse altère souvent fortement l’écoute interne. Le chanteur perçoit sa voix de façon totalement erronée et le rendu vocal - à la fois guttural et nasillard - est forcément mauvais et tend, dans la plupart des cas, à l'amener à détonner. (*)

(*) Il m’a pourtant été donné d’entendre certaines personnes, quoique affublées « partiellement » de ce défaut, chanter juste. En revanche, leur voix reflétait toujours, en plus d’un manque de souplesse, une certaine raucité, souvent doublée de nasonnement. Ces deux imperfections conjuguées en limitaient fortement le rayonnement !

Comment corriger ce problème ?

Contrairement à mon habitude, je ne vous donnerai, cette fois-ci, aucun conseil précis pour venir à bout de ce handicap. Il faut impérativement refaire complètement la technique d’émission - repartir de zéro - comme si vous n’aviez jamais chanté. C’est très difficile et cela ne peut se faire qu’avec une aide éclairée et beaucoup de patience.

Cette habitude est tenace car, comme je le disais plus haut, elle sécurise le chanteur qui croit trouver là un bon appui vocal…

Quelques idées cependant...

Avec Christophe, le travail a tout d’abord consisté en des relaxations. Elles furent suivies (toujours en position allongée) d'émissions de sons très doux, réalisés sans aucun appui véritable. Il apprit ainsi à sentir sa voix dans son corps, en oubliant sa gorge… Les sonorités « ou » sont les meilleures, à mon avis, pour réaliser cela.

Le temps lui parut long pendant toute cette période de rééducation ; il ne fallait absolument pas qu’il chante seul, sous peine de tout compromettre.

Progressivement, j’ai pu introduire des « i », couplés aux « ou ». (*)

(*) Sa résurrection a commencé ainsi, en chantant des « oui » !

J’ai crée ensuite pour lui divers exercices où toutes les voyelles furent utilisées ; il est ainsi parvenu, petit à petit, sans remonter son larynx, à couvrir sa voix au second passage puis à trouver son aigu.

Ce fut laborieux mais le travail en valait la peine. Sa voix est maintenant, non seulement plus libre, mais beaucoup plus belle. De « faux ténor coincé », il est devenu un vrai "baryton Verdi" à la voix puissante et large, couvrant facilement deux octaves en voix pleine (sol1/la3).

Inutile de préciser qu’il ne détonne plus…

A bientôt ?

 

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Jean Laforêt

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