Billet du Jeudi 28 décembre 2017 : Gros souci vocal
Dernière mise à jour : 17/12/2018  
 
Le Billet Actu (64/161)

Chronique du 30 décembre 2007

Chanter piano en voix pleine

Roland D. (Lyon)

J’ai dix-neuf ans et je chante depuis deux ans. Ma question vous semblera sans doute stupide mais je voudrais vous demander s’il existe un truc pour réussir à chanter piano en voix de poitrine, sans passer en fausset. J’ai vraiment un gros souci de ce côté-là. Je n’arrive pas à appliquer les conseils que mon professeur (Monsieur X) me donne à ce sujet. Surtout dans les aigus (à partir de ré) je ne peux absolument pas à réduire ma voix. Si j’insiste, elle casse ou elle lâche et passe en voix légère. Le résultat est catastrophique dans les deux cas ! Je suis baryton et je travaille pour l’instant « la Ballade de la reine Mab » (de Roméo). Je vous remercie d’avance de bien vouloir me donner quelques conseils pour avancer et m’indiquer, à l’occasion, quelques exercices qui m’aideraient, etc.

Roland, ta question est loin d’être stupide, rassure-toi ! Tu mets le doigt sur l’un des aspects techniques du chant les plus difficiles qui soient. Non, il n’existe malheureusement pas de « trucs » ni d’exercices miracles pour obtenir de bons aigus pianos en voix pleine. (*)

(*) Les sons pianos corrects, surtout dans l’aigu de la voix pleine, sont l’aboutissement d’une très bonne technique vocale. C’est seulement lorsqu’on la possède que l’on peut les réussir.

Tu as dix-neuf ans et seulement deux ans de chant. Ce qui t’arrive est un peu normal. Même doué, on acquiert la pratique de ces sons-là seulement après beaucoup de travail ; deux ans d’étude, pour une voix lyrique, c’est assez peu !

Je ne connais pas réellement tes possibilités actuelles mais, si ton professeur te donne à travailler « La ballade de la reine Mab », tout porte à croire que tu as une voix déjà relativement affirmée.

Quoi qu’il en soit, sache que c’est seulement à force de travail et d’application que tu parviendras à réaliser des sons pianos, non lâchés, dans l’aigu.

Quelques conseils pour avancer…

Premièrement, tu dois passer « au crible » ta façon de chanter…

Pour cela, prends connaissance ou relis quelques billets qui t’aideront à contrôler certains points techniques importants…

Consulte, en premier lieu : « Le cours de technique vocale type » (archive des billets actu, via la page d’accueil). Il est assez complet sur ce sujet.

Ta respiration et tes appuis sont-ils corrects ?

Pour cela, relis aussi, en détail, ces billets en cliquant sur les liens ci-dessous :

- La respiration et le chant

- Précisions sur la respiration et le chant

- L’expiration contrôlée du chanteur

Vérifie que tu opères bien de la façon décrite dans ces articles. Si ce n’est pas le cas, un problème important se pose et tu as tout intérêt à le résoudre avant d’aller plus loin ! (*)

(*) En effet, si la respiration est mal placée, l’appui dynamique nécessaire à l’obtention d’un son piano – surtout dans l’aigu, en voix pleine – est impossible. Il se produit alors ce que tu me décris : soit un « lâchage », soit un « débrayage » en fausset. Il peut arriver aussi, dans certains cas, que le son piano sorte complètement étriqué…( étranglé), au prix d’un terrible effort de gorge !

Comment travailler les sons pianos ?

Pour te l’expliquer, je pars du principe que ta voix est techniquement assez bien conduite et que tu pratiques déjà une bonne couverture du son (c’est aussi un préalable obligatoire).

L’exercice incontournable, pour apprendre à réaliser ces pianos, est celui de " la messa di voce" (*)

(*) La manière de procéder est décrite en détail dans le billet : « Le cours de technique vocale type » que je t’ai conseillé de lire en premier. C’est surtout cet exercice qui te permettra d’aborder et de résoudre ton problème.

Quelle voyelle employer ?

Je te conseille, au début tout au moins, la voyelle « ô » (celui de : beau). Cette voyelle facilite les sons filés, mais peut aussi, mal faite, provoquer un certain « engorgement ». Pour t’éviter d’éventuels dégâts, attaque sur « ou » et passe tout doucement sur ô. Ce ô ne doit jamais « vibrer » en gorge mais à la place du « humming », juste à l’arrière du nez !

Commence cet exercice au mib2, descends par demi-tons jusqu’au sib1, reprends au mi2 et remonte - toujours par demi-tons - jusqu’au do3, pas plus. Il ne faut pas brûler les étapes. C’est un travail difficile que tu dois réaliser patiemment ; jour après jour, tu gagneras du terrain. Ne force pas ! Les attaques doivent être obtenues piano, avec un appui correct, gorge bien ouverte, dans un pré-bâillement adéquat. Tout est clairement expliqué dans le billet dont je t’ai parlé.

Petits « trucs », tout de même…

Arrivé au moment où l’attaque piano deviendra très difficile pour toi (peut-être dès do3/ré3), ne respecte pas exactement l’exercice : attaque plus franchement (dans un forte relatif) et contente-toi de réaliser le diminuendo. Tu auras fait ce que l'on appelle "un son filé" et cela constitue déjà un bon travail.

Encore plus haut, quand il te sera franchement impossible de diminuer le son, une tenue « forte » de quelques secondes (selon ta forme…) suffira. (*)

(*) Progressivement, tu pourras nuancer davantage les sons plus aigus et obtenir une bonne attaque dans un piano correct.

Ensuite…

Quand tu pourras « filer » des sons (sur « ô ») jusqu’au mib3 inclus, ton problème sera résolu… en partie seulement !

Travaille alors la voyelle A (âme) dans les mêmes conditions (messa di voce). (*)

(*) Tu peux obtenir un bon « â », dès le grave, en te servant du son « ou » pour amorcer l’attaque : glisse ensuite du « ou » au â… (comme tu as fait précédemment du « ou » au « ô »).

La couverture du son

Obligatoire sur les voyelles ouvertes, elle doit être exécutée avec grand soin. Dans l’exercice de messa di voce, « â » sera donc couvert, vers mib3/mi3 pour ta voix, dès l’attaque du piano. (*)

(*) N’oublie pas que la coloration du son, précédant la couverture, s’ébauche dès le si2 – lorsque la voyelle est encore ouverte - et doit être déjà présente dans la préparation mentale qui précède l’attaque.

Exerce-toi maintenant sur des exercices différents, en obtenant toujours l’aigu dans une nuance un peu plus piano que le « corps » de l’exercice… Emploie en alternance les voyelles « â » et « ô » : « â » étant couvert dès mib3/mi3 et « ô » de plus en plus bâillé sur ces mêmes notes.

L’exercice suivant (ici, en do majeur) : sol2/do3/sol2/mi2/do2, chanté assez lentement par demi-tons ascendants, est excellent pour cela !

Aie soin, après avoir donné l’aigu piano (do3 dans l’exemple), de bien soutenir la descente de l’exercice dans la même nuance… sans changer de place vocale ! (*)

(*) Chante cet exercice de sib1 à mi3 (ambitus total). Tu pourras assez vite, avec un peu d’entraînement, réussir un beau fa3.

Les sauts d’octave, avec aigus donnés piano, suivis de descentes de gammes, te feront également beaucoup progresser.

On démarre cet exercice depuis le bas-médium ( par exemple : ré2). On lie ce ré2 directement au ré3 (obtenu dans une nuance piano). On tient un peu cette note puis on redescend la gamme, assez lentement, en « soutenant bien » chaque son, dans le meilleur legato possible. Le tout se fait sans reprendre sa respiration. On descend ensuite l’exercice par demi-tons, sans aller au-delà de « la1 » pour la note la plus grave. (*)

(*) Chante cet exercice dans le même ambitus total que le précédent (sib1/mi3), toujours par demi-tons et en alternant « â » et « ô ».

Quand tu maîtriseras bien cela, tu pourras passer au fameux arpège de Rossini (*). Chante-le assez lentement, parfaitement legato, en ayant soin d’obtenir l’aigu dans une nuance sensiblement plus piano que le médium… Tu peux le commencer au la1/sib1 ( pour la note la plus grave) et monter par demi-tons pour obtenir un sol3 (voire sol#3, pour la note la plus aiguë). Je te conseille, pour cet arpège, d’employer exclusivement la voyelle « â ».

(*) Arpège de Rossini, en do majeur :

(do/mi/sol/do/mi/sol/fa/ré/si/sol/fa ré/do)

Pour continuer

Seulement quand l’exercice précédent sera bien réussi, chante, à la suite l’un de l’autre, deux arpèges de Rossini. Tu ne dois naturellement pas respirer entre les deux mais tu peux prendre un tempo un peu plus allant ; le premier arpège sera chanté forte, le second beaucoup plus piano. Si l’opération est bien réalisée, tu constateras que l’arpège chanté piano nécessite un appui bien supérieur à l’autre. Tu dois, bien sûr, rester en voix pleine pour l’arpège piano, la gorge très ouverte, comme pour le forte qui a précédé (tu peux alors – selon ta forme - culminer au lab3).

Ensuite, fais à nouveau le même exercice en ajoutant « deux intentions » : la « joie » sur l’arpège forte et la « tristesse » sur l’autre.

La voyelle « é » (émise dans un bâillement correct), peut, dès ce moment, être chantée en alternance avec « â » dans les mêmes intentions de nuances (par exemple « â » gai et « é » triste, puis inversement). (*)

(*) C’est ce que me demandait mon maître Dzico à la fin de chaque leçon… si elle avait été bonne !

Tu devras ensuite travailler ces nuances (forte, piano, gai, triste) sur toutes les sonorités principales (a - è - é – i – (sans oublier le o ouvert de or).

Les nasales, elles, devront faire l’objet d’un travail spécial (autre sujet !)

A toi, ensuite, de rendre « joli » tout cela et d’appliquer tes nouvelles connaissances dans tes morceaux. Là, les consonnes viendront encore tout compliquer mais… cela aussi est un autre sujet !

Expliquer tout cela avec des mots est assez difficile. J’espère néanmoins t’avoir apporté quelques éléments qui te permettront d’entrevoir la fin de ton soucis actuel ?

Bonne année, mon cher Roland. Que 2008 t’apporte, en plus du reste… de très beaux sons pianos en voix pleine !

Je termine ce billet en vous offrant à tous mes meilleurs vœux pour 2008. Santé, prospérité, bonheur et… réussite dans vos entreprises !

A bientôt ?

 

Pour accéder à la liste complète des billets, merci de cliquer sur ce lien : >Archives des billets actu <


Jean Laforêt

< Billet précédent

Retour au billet actuel

Billet suivant >