Billet du Jeudi 28 décembre 2017 : Gros souci vocal
Dernière mise à jour : 19/12/2018  
 
Le Billet Actu (68/161)

Chronique du 24 février 2008

Je n'ai pas de souffle

Monique B. (Tours)

Je me permets de vous écrire car de nombreux articles sur votre site ont trait à la respiration. J’ai vingt-trois ans et je chante en amateur depuis deux ans. J’adore le lyrique et on me dit que j’ai un joli brin de voix. Seulement, j’ai un vrai problème de souffle ! Je suis obligée de respirer sans arrêt. Cela me limite beaucoup, dans tous les morceaux que j’entreprends ! Impossible de faire les phrases longues souvent requises dans les airs. Pourtant, je ne ressens pas ce problème dans la vie courante. Je suis en parfaite santé (plutôt sportive) et mes poumons sont, paraît-il, en excellent état. J’ai bien sûr, consulté plusieurs professeurs de chant mais, malgré cela, je n’arrive pas à progresser. Avez-vous vu des personnes ayant le même problème ? J’ai, bien sûr, lu et relu tous vos articles sur le sujet et essayé d’appliquer vos recommandations mais, seule, je n’arrive à rien… (Le mail était très long). D’avance, je vous remercie de me répondre, même brièvement, etc.

Monique, j’ai fait travailler effectivement de nombreuses personnes qui se plaignaient d’un problème semblable au vôtre. C’est un problème très courant !

Les causes

Il peut y en avoir plusieurs : un manque de longueur du « souffle vocal »* est seulement un symptôme.

(*) J’entends par « souffle vocal », le souffle vibré : la voix elle-même.

Par exemple, lorsque l’on dit de tel chanteur : « Il a un souffle inépuisable ! », on veut simplement signifier qu’il peut chanter des phrases très longues, avec nuances diverses, sans reprendre haleine. En fait, ce chanteur-là est un très bon chanteur !

Un merveilleux équilibre existe dans son émission : il possède un appareil vocal exempt de défauts et gère parfaitement « le débit de son expiration » !

L’aspect médical

Les causes « médicales » d’un manque de « souffle vocal » existent, bien entendu : les traumatismes du larynx, la mobilité réduite des cordes vocales (pour diverses raisons), certains problèmes nerveux, etc.

Je pense sincèrement que vous n’êtes pas concernée par tout ceci. Vous jouissez, me dites-vous, d’une parfaite santé et, dans la vie courante, vous ne ressentez aucune gêne respiratoire particulière. De surcroît, le « joli brin de voix » dont vous me parlez exclut toute possibilité d’un traumatisme laryngé.

Donc, en toute objectivité, il faut envisager autre chose !

Monique, veuillez pardonner ma franchise, mais je pense sincèrement que votre technique de chant n’est pas bonne. Je ne vois aucune autre explication rationnelle à votre problème !

Vous avez travaillé, me dites-vous, avec plusieurs professeurs sans qu’aucun progrès ne montre le bout de son nez ! Je ne peux que vous encourager à chercher encore (et à trouver) la perle rare qui vous apprendra à respirer et, surtout, à distribuer correctement votre souffle. Votre ennui vient de là, en grande partie !

La patience

Interrogez-vous : avez-vous été assez patiente dans ces expériences ? Il faut parfois un certain temps à un professeur pour bien cerner la façon de faire travailler un élève ; c’est parfois très difficile, croyez-moi ! Prendre quelques cours avec une personne et changer de « guide » est toujours très préjudiciable : « Pierre qui roule n’amasse pas mousse ! »

En deux mots :

" Mon sentiment est que le manque de souffle que vous ressentez est (presque certainement) l’aboutissement de plusieurs causes étroitement intriquées…"

Qu’elles peuvent-elles être ?

Naturellement, en premier : une méconnaissance totale de la respiration abdominale profonde ! Cependant, malgré une respiration de chant relativement correcte, on peut parfois ressentir un sérieux manque de souffle lorsque les attaques sont mal faites ! (*)

(*) On imagine mal l’énorme dépense d’énergie que peuvent provoquer de mauvaises attaques.

L’exercice roi, pour travailler cela, est celui de « messa di voce » :

Il consiste à attaquer (correctement) un son dans une nuance piano, à l’enfler jusqu’à obtenir un forte et à le ramener très progressivement à la nuance piano initiale. C’est un exercice difficile qu’il convient d’aborder progressivement. Je vous conseille d’employer la voyelle fermée « ô » pour commencer. Vous pourrez, plus tard, essayer « a », voyelle beaucoup plus difficile à « manier » parce que plus large.

Au début, contentez-vous de faire une simple tenue, avec une attaque glottale très nette, sans vous préoccuper de la nuance. Puis, efforcez-vous de diminuer (de rendre plus piano) la fin de cette tenue. Ce résultat acquis, essayez l’exercice comme décrit plus haut.

L’exercice (messa di voce) est expliqué précisément dans l’article : « Le cours de technique vocale type »

Je vous invite également à lire (ou relire plus attentivement) le billet : « Respiration et appui vocal ». Vous y trouverez notamment, en plus du rappel de « la messa di voce », la manière de réaliser des attaques correctes.

Les consonnes

Vous pouvez aussi perdre beaucoup de souffle si votre articulation n’est pas bonne. Par exemple, certaines consonnes, mal « abordées », peuvent en être de grosses « consommatrices ». Vous devez apprendre à les prononcer correctement.

Comment ?

Par exemple, exercez-vous à tenir des sons (avec des voyelles différentes : a é i, etc.) en attaquant avec une consonne. Choisissez de préférence, en les alternant : B P N M S L. Elles offrent des difficultés complémentaires.

La consonne « S » vous permet notamment de vous rendre compte de l’énorme quantité de souffle qu’une « sifflante » mal faite peut vous faire dépenser ! Essayez de l’éviter en limitant son voisement (sss, en l’occurrence) ! Procédez ensuite de même avec les N et M. Les consonnes B et P vous permettront, en revanche, de vous rendre compte du contraire : ce sont des consonnes très « économiques ». Il convient cependant de ne pas les rendre « trop » explosives ! La consonne L fait intervenir la langue pendant son voisement. Elle est très intéressante à travailler.

Le trac

Avez-vous le trac ? Vous n’en dites rien ! Un trac très important (même contenu) peut également perturber grandement votre tenue vocale et vous inciter à « bousculer » votre respiration !

La solution réside, à ce moment-là, dans la qualité de vos appuis : cela aussi s’apprend !

Vous comprenez, Monique, à travers ces petits exemples, que mille choses - je n’ai parlé plus haut que des plus courantes - peuvent intervenir pour créer la difficulté dont vous me parlez. Tout se tient dans le chant.

« Je ne peux que vous recommander de revoir l’ensemble de votre émission avec un - vrai - professeur de technique vocale. »

Je suis désolé, chère Monique, de ne pouvoir vous aider davantage. J’espère que vous mettrez à profit ces quelques suggestions et trouverez un bon professeur dans votre région.

Si, d’aventure vous prévoyiez un voyage à Paris, contactez-moi. Je vous verrai avec grand plaisir.

A bientôt ?

 

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Jean Laforêt

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