Billet du Jeudi 28 décembre 2017 : Gros souci vocal
Dernière mise à jour : 19/12/2018  
 
Le Billet Actu (71/161)

Chronique du 05 avril 2008

Je voudrais rééduquer ma voix

Claude L. (Paris)

Merci pour votre site sur la voix. Je l’ai découvert récemment et, bien que je ne sois pas chanteur, j’ai souhaité vous écrire car un soucis me « pourrit » vraiment la vie. Vos billets, clairs et précis, me font entrevoir que, peut-être, vous pourrez m’aider. J’ai vingt-huit ans et je suis moniteur de gym. Cette profession m’oblige à parler beaucoup et dans des situations très souvent pénibles (notamment, en extérieur). Ma voix, qui était sans problème auparavant, m’oblige actuellement à de plus en plus d’efforts. Je termine certaines journées presque enroué et je récupère de plus en plus difficilement. Le matin, en particulier, j’ai beaucoup de mal. Je précise que je ne fume pas. Je voudrais savoir si une rééducation est possible et combien de temps serait nécessaire pour obtenir un résultat satisfaisant. Mon téléphone est le (xxx). Dans l’attente, etc.

Mon cher Claude, un peu de temps a passé depuis notre travail. Nous savons tous les deux que ta « traversée du désert » est maintenant terminée et que parler ne te pose plus aucun problème dans ta profession.

J’ai néanmoins souhaité écrire ce billet sur ta rééducation pour rassurer les personnes qui, comme toi, utilisent beaucoup leur voix et souffrent parfois, elles aussi, d’un dysfonctionnement de leur « outil de travail ». *

* Les enseignants, avocats et les conférenciers sont en première ligne. Les comédiens, eux, paraissent moins touchés car ils ont souvent bénéficié de cours appropriés durant leurs études.

Causes de la fatigue vocale

Il peut en exister naturellement plusieurs. C’est pourquoi il faut impérativement, avant d’entreprendre toute rééducation, consulter un médecin ORL. Celui-ci déterminera si des causes « médicalement identifiables » peuvent créer cette fatigue. Si aucun élément perturbateur n’est décelé, il s’agit vraisemblablement d’une mauvaise utilisation de la voix. Dans ce cas, une rééducation peut être envisagée avec toutes les chances d’aboutir.

Comment pratiquer cette rééducation ?

Il faut une coopération active et sans faille de « l’élève » ! Si cette condition est remplie, le résultat positif est pratiquement toujours assuré. Pour ma part, après un bilan vocal très pointu, je conduis toujours une rééducation, en travail intégral * car aucun élément ne doit être laissé au hasard (l’état nerveux revêt notamment une grande importance). Il faut traiter globalement le problème car « tout retenti sur tout ! »

* Le travail intégral est décrit en détail dans l’article : « Le chant thérapie… un travail vocal intégral. »

Ce sujet est également abordé dans la rubrique : « En vrac ». (Accessible depuis la page d’accueil).

Son titre : Rééducation vocale. Enseignant de vingt-cinq ans : « Je me fatigue énormément en parlant ! »

Survol de la rééducation de Claude

Avec Claude, qui était très nerveux, les relaxations, le taïchi vocal et les massages abdominaux ont joué, au départ, un rôle prépondérant. Au début de sa rééducation, sa respiration était thoracique et ses appuis vocaux tout à fait incorrects. De plus, de nombreuses inhibitions étaient présentes, gênant considérablement son « lâcher prise ». Il crispait sa musculature abdominale tout en serrant sa gorge ! De plus, un « blocage » important existait au niveau de l’épigastre (plexus solaire). Il n’émettait plus que des sons à la fois sourds et « aboyés » ! *

* Pourtant, auparavant, il avait exercé son métier sans aucun trouble. Il était entré tout doucement, sans vraiment s’en rendre compte, dans le cercle vicieux du malmenage vocal.

Notre travail

Il a consisté, tout en continuant relaxations et massages à chaque séance, à remettre progressivement tous les fondamentaux en place : statique, respiration, appuis, ouverture souple de la gorge, articulation. Sa coopération a été parfaite. Il était pourtant « très impatient » d’aller mieux, mais a su dominer son impétuosité qui n’a jamais nui à notre travail ! *

* Heureusement, assez rapidement, des progrès très sensibles sont venus conforter sa légitime impatience.

Le parcours de « santé »

Pour commencer, au fil des semaines, Claude devint de plus en plus calme. Il commença, de ce fait (et, naturellement avec le travail vocal associé), à mieux régler son débit de paroles. Sa voix, mieux « posée » et mieux « appuyée » lui permit assez vite de terminer ses journées de travail beaucoup plus sereinement. L’espoir renaissait visiblement chez lui, chassant le stress. Ses nuits étaient beaucoup plus réparatrices. Il se réveillait moins enroué le matin ! *

* Le fameux cercle vicieux s’inversait peu à peu.

La gymnastique vocale

Sur un « terrain » de plus en plus sécurisé, la gymnastique vocale (travail doux et dynamique de la voix associé à des mouvements du corps) fit merveille, en renforçant considérablement sa musculature faciale et en tonifiant (tout en l’assouplissant) sa fonction articulatoire.

Un texte

Le moment venu, nous avons travaillé une fable de La Fontaine : « Le coche et la mouche », sous haute surveillance ! Claude s’est donné beaucoup de mal sur cette fable. Il la récitait en vrai comédien, ne laissant rien au hasard. Il me demandait d’être impitoyable avec lui pour que tout soit au mieux. Le résultat fut excellent. Très rapidement, il a été capable de la réciter trois fois de suite, en vrai comédien, sans ressentir la moindre fatigue. Il était radieux ! *

* Naturellement, pendant son activité de moniteur, il retrouvait de plus en plus facilement ses appuis vocaux, devenus pratiquement automatiques. Il se fatiguait de moins en moins.

Jeu de rôle

Pendant une petite période, nous avons fait, en fin de cours, un exercice pratique : un jeu de rôle où il interprétait son personnage habituel de moniteur. J’étais redevenu élève pour l’occasion (sans pratiquer vraiment les exercices ! J’écoutais - et corrigeais - seulement les explications !) Le travail effectué sur la fable avait fait son chemin. Bientôt, il n’y eu plus aucune erreur dans la technique du discours ! Il ne se fatiguait plus ! Il pouvait maintenant faire varier à volonté le rythme et l’intensité de sa voix tout en soutenant correctement son texte.

Les chansons

Tout n’était pas dit car Claude, cédant à mon insistance, accepta de chanter, alors qu’il n’était pas venu du tout pour cela ! Il en éprouva tellement de plaisir que nous avons fini par constituer, au fil des leçons, un petit répertoire de chansons modernes (Jacques Brel, Léo Ferré, Charles Aznavour, etc.) qui finissait agréablement ses cours.

Epilogue :

Le chant - technique acquise - est à mon avis la meilleure façon de pérenniser une voix… parlée !

Donc, si vous fatiguez – même beaucoup – en parlant : pas de panique… ça s’arrange !

A bientôt ?

 

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Jean Laforêt

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