Billet du Jeudi 28 décembre 2017 : Gros souci vocal
Dernière mise à jour : 17/12/2018  
 
Le Billet Actu (75/161)

Chronique du 01 juin 2008

La couverture de la voix (deuxième partie)

Les voyelles : « i » « é » « è »

J’espère, mon cher Daniel, que mon précédent billet vous a aidé à améliorer la couverture de votre « a » ? Nous allons maintenant pouvoir passer aux autres voyelles qui répondent, elles, à un mécanisme un peu différent.

Rassurez-vous. Je pense que le plus dur est fait car « é » et « i », voyelles étroites et fermées, si l’on s’y prend bien au départ, offrent une moindre difficulté. Je n’en dirai pas autant de la voyelle « è » qui me semble plus délicate à passer pour les mêmes raisons que « a » : c’est une voyelle large et ouverte !

La couverture avec « é » :

Procédons comme pour « a », en chantant des quintes ascendantes assez lentement, en partant, cette fois-ci, du médium (mib2 par exemple). Le faciès sera celui du « a » avec une bouche un peu moins ouverte en hauteur. Le sourire est toujours de rigueur, à peine plus accentué. Attention de ne pas trop l’étirer en largeur et de conserver une ouverture des mâchoires suffisante. La pointe de la langue sera lovée souplement contre son filet et vos dents supérieures seront apparentes.

Le bâillement réprimé (l’amorce d’un bâillement), là-aussi, est indispensable dès l’attaque pour donner un espace intérieur idéal !

La couleur « d’ouverture » du « é » (*)

(*) Oui, il nous faut parler ici « d’ouverture ». N’oublions pas que « é » est une voyelle « fermée ». Il nous faudra donc, pour effectuer correctement son passage dans l’aigu, « l’ouvrir… tout en la « couvrant » ! Sa couleur - d’ouverture - sera celle d’un « eu » (du mot « vieux »).

Comment procéder

Dès que cela sera possible dans notre exercice (environ à partir du lab2), nous commencerons à colorer notre « é » avec du « oe » (le oe de œuf), ce qui donnera « é+oe ». Progressivement, en montant, ce « oe » deviendra de plus en plus présent en se chargeant de « eu ». (*)

(*) Cependant, on devra conserver à l’esprit que, malgré cet ajout, la base fondamentale du son reste « é » !

Pendant le chant, le faciès demeure souriant, la mâchoire inférieure s’ouvre progressivement avec l’ascension tonale.

Dès ré3, et, a fortiori mib3, il faudra penser vraiment « eu », toujours avec « é » comme base fondamentale, donc : (é+eu). Nous pourrons dire alors que nous ouvrons notre « é » avec du « eu ». (*)

Attention :

Ces colorations interviennent toujours sans modification du faciès. Cependant, n’oubliez pas que la bouche, accompagnant un bâillement de plus en plus libérateur, devra s’ouvrir progressivement en hauteur.

Au moment de la couverture, si l'opération est bien réalisée, l’aspiration et l’appui sur l’abdomen sont ressentis très nettement par le chanteur. Pour l’auditeur, cette couleur « é+eu » (bâillée et chantée bouche ouverte !) donne un très beau « é » aigu, solidement charpenté et bien coloré.(*)

(*) Pour les grands aigus, le bâillement deviendra de plus en plus important !

Nota :

La voyelle « é » étant de nature « étroite et fermée », vous devriez avoir plus de réussite immédiate qu’avec « a ». Votre « couverture » sera moins problématique car la coloration « oe », en système médium, provoque déjà un début « d’ouverture ». L’ajout de la coloration (eu – de vieux -) aux approches de l’aigu (ré3/mib3/mi3), complété simultanément par l’aspiration, rendra votre voix non seulement beaucoup plus belle mais infiniment plus performante qu’en bâillant seulement un « é » non coloré ! (*)

(*) Cependant, chanter un « é » (ou un « i »), sans ajout de coloration, sur toute sa tessiture - y compris sur les notes de transition - est également possible. La voyelle « é » étant « fermée » de nature peut se bâiller en gardant sa coloration propre. Mais, dans ce cas, elle est plus plate, manque « d’épaisseur » et sa portée est plus limitée. De ce fait, elle risque de retomber plus volontiers dans la gorge !

Important dans l’exercice :

Vous devrez spécialement veiller à conserver à « é » ses qualités de voyelle fermée pendant l’ascension tonale du médium. Le danger serait de transformer ce « é » en « è » (au lieu de le colorer de « oe ») ce qui changerait tout car le passage en position d’aigu du « è » (voyelle ouverte) s’apparente (en beaucoup plus difficile à mon avis) à celui de « a » !

La voyelle « i »

Toutes les indications concernant « é » sont valables pour « i ». Seule, la couleur « d’ouverture » change :

« u » remplace « eu ».

Nous n’aurons pas, dans ce cas, de couleur de transition pour le médium (comme « oe » pour « é »). Il faudra « imaginer » fortement un « u » dès lab2 (sans changement de faciès) ! En arrivant aux environs de ré3/mib3, nous aurons le mélange adéquat (i+u) qui donnera à la voyelle toute son épaisseur et sa portée.

Pour continuer

Une fois vos colorations sur : « a », « é » et « i » bien intégrées avec la quinte en sons conjoints, essayez-les dans des gammes – assez lentes au début pour ne pas vous égarer – puis en accélérant. Les arpèges de quintes et d’octaves (et tous types d’exercices) viendront ensuite.

La voyelle « è »

C’est celle qui, au cours de mes études vocales, m’a posé le plus gros problème.

Pour la réussir, il faut procéder comme pour « a ». La voyelle « è » s’apparente à un « a » très clair.

C’est une voyelle large et ouverte qu’il faut « fermer ».

La grande facilité consisterait à la transformer en « é » pour la fermer au moment de la couverture. Ce n’est pas la bonne solution à mon avis, quoiqu’elle prévale chez certains chanteurs lyriques.(*)

(*) On peut aussi envisager une transformation de « è » à « éeu » (ce qui, dans un sens, serait moins mauvais ) mais qui déformerait également la bonne prononciation des mots.

La transition correcte (toujours à mon avis) consiste à obtenir la couverture du « è » en mélangeant harmonieusement la couleur fondamentale « è » à celle – ronde et fermée - de « eu ». J’insiste : la couleur « è » doit rester très présente dans ce cocktail mais comporter assez de « eu » - au moment de la couverture - pour permettre la fermeture de la voyelle et son épanouissement dans l’aigu.

On aura donc, en couverture, la couleur : « èeu » ! (*)

(*) Tout est question de dosage. L’appui du souffle et « l’aspiration » jouent ici – encore plus qu’ailleurs - un rôle primordial.

Comment procéder ?

Comme pour « é », avec les mêmes exercices. Nous ajouterons, cette fois-ci à "è" la coloration "oe" pour l'ascension du médium. Nous aurons donc « è+oe » dès que possible (vers lab2). Cette nuance s’accentuera progressivement jusqu’au ré3 où elle sera totalement aboutie en « è+eu ».

La couleur « è+eu » sera maintenue sur mib3/mi3/fa3, la projection, l’aspiration et l'appui s’accentuant de plus en plus.

« Ces colorations sont pratiquement impossibles à expliquer autrement que par l’exemple. Le contrôle direct du professeur est incontournable. Pourtant, elles sont indispensables à la bonne « couverture » des voyelles. Elles préservent leur précision (*) tout en leur assurant une tonicité et une puissance d’émission qu’elles n’attendraient pas autrement. »

(*) C’est exact ! Grâce à ces colorations bien exécutées, les voyelles chantées (même dans les grands aigus) parviendront bâillées, très toniques, colorées et non déformées au spectateur !

Pour ne citer qu’un seul exemple : dans « Faust » de Gounod, le docteur Faust pourra chanter à Marguerite, même sur un si3 : « Je t’aime ! » et non : « Je t’(â)me ! » ou : « Je t’(é)me ! » comme c’est le cas trop souvent !

La modulation

Ensuite, pour compléter votre travail, il faudra réussir à moduler ces quatre voyelles ( a é i è). Le but à atteindre est de les chanter legato, à la suite les unes des autres, sur une même note. Un baryton peut pratiquer cet exercice de sol2 à mi3/fa3. (*)

(*) Il est inutile de vous acharner à chanter ces modulations sur de grands aigus. Un ton, au-dessus de votre note de passage (fa3 pour un baryton), suffit très largement.

Le plus important, vous l’aurez compris, sera de bien réussir ces modulations (avec les bonnes couleurs) dans la zone de « couverture » (sib3 à mi3 pour le baryton). (*)

(*) Le chanteur pourra commencer par la voyelle qui lui convient le mieux. Cet exercice de modulation, dans un deuxième temps, pourra être étendu à toutes les voyelles.

Lire à ce sujet : « Le cours de technique vocale type »

Je vous invite également à consulter également deux billets qui pourront, me semble-t-il, vous rendre service. Ils sont très complémentaires de celui-là.

« La place de la voix »

« Le bâillement technique du chanteur »

N’hésitez surtout pas à m’écrire si certaines choses demeurent obscures pour vous.

Je me ferai un plaisir, comme toujours, de vous renseigner de mon mieux.

A bientôt ?

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Jean Laforêt

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