Billet du Jeudi 28 décembre 2017 : Gros souci vocal
Dernière mise à jour : 19/12/2018  
 
Le Billet Actu (76/161)

Chronique du 15 juin 2008

Le nodule de la corde vocale

Sébastien G.(23 ans, Marseille)

Je suis tombé par hasard sur votre site et j’ai immédiatement ressenti le besoin de vous écrire. Je suis (ou plutôt j’étais) chanteur de rock et je vis actuellement un drame. J’ai été opéré, il y a un an, d’un nodule. Depuis, malgré de nombreuses séances d’orthophonie, je ne peux pas récupérer ma voix. Elle est comme soufflée et je me fatigue beaucoup lorsque j’essaie de chanter, même sur des chansons faciles. L’ORL découvre invariablement une laryngite et me prescrit un traitement qui guérit mon enrouement sur le moment mais n’empêche pas la récidive. Je voudrais savoir si une possibilité de rééducation définitive existe et, si oui, combien de temps serait nécessaire pour cela. Je suis prêt à me déplacer sur Paris. Si une rémission vous paraît impossible, merci de me le dire pour que j’essaie d’oublier de chanter pour me consacrer à autre chose. J’avoue que ça me sera difficile. Je suis assez désespéré. Merci de me répondre, même brièvement, etc.

J’avais répondu à peu près cela à Sébastien à la réception de son mail :

« Non, Sébastien, une rémission n’est, à mon avis, pas impossible. Cependant, je ne pourrai me prononcer vraiment qu’après avoir fait un bilan vocal avec vous. »

J’avais ajouté : « Ne prenez pas cela pour une critique mais votre histoire est malheureusement celle de beaucoup de chanteurs qui ont été victime d’un traumatisme vocal. Le « nodule » est, très souvent, la conséquence d’un forçage important. La majorité des chanteurs modernes n’ont que peu (ou pas) de technique vocale de base. Ils pensent que leur spontanéité est suffisante pour bien exprimer ce qu’ils ressentent en chantant et que leur voix « suivra ». Leur maître mot est « rester vrai » !

Cela marche quelquefois ! Certains chanteurs possèdent une santé générale à toute épreuve et de très bons muscles vocaux. Il arrive qu’ils soient dotés naturellement, de surcroît, d’un bon appui naturel du souffle et d’un équilibre vocal correct. Dans ces conditions, ils peuvent demander « presque » tout à leur voix ! Ces cas demeurent exceptionnels et c’est en voulant imiter ces surdoués que les traumatismes vocaux surviennent chez la plupart des chanteurs… normalement constitués !

Le bilan de Sébastien

Après un bilan vocal réalisé quelque temps après, j’ai été tout de suite convaincu qu’une rééducation était possible pour lui. On percevait effectivement constamment une légère fuite d’air sur sa voix, rendant son émission terne et un peu rauque. Il se fatiguait beaucoup, étant toujours à cours de souffle. Mais, d’autre part, les nombreux défauts techniques qui étaient les siens m’autorisaient à penser qu’en les amendant, sa voix avait de fortes chances d’être récupérée en grande partie. Je lui ai fait part de mes déductions. Il ne demandait qu’à être convaincu !

Dès la semaine suivante, il s’est installé chez des amis proches habitant Paris et nous avons pu commencer à travailler immédiatement. Nous avons opté pour un travail intégral (*), seul moyen, à mon avis, de lui donner toutes les chances de retrouver ses moyens vocaux.

(*) Voir : « Le chant thérapie… un travail vocal intégral »

Maintenant, sa voix est pratiquement récupérée. Il a acquis une technique solide et recommence à chanter des chansons « assez faciles pour l’instant » sans s’enrouer du tout ! Son moral est au beau-fixe.

Nous avons, lui et moi, pendant nos séances, déjà beaucoup parlé de tout ce qui va suivre mais j’ai tenu, comme toujours, à écrire ce billet pour servir la cause commune.

L’opération d’un nodule de la corde vocale

L’ablation d’un nodule se passe souvent très bien. On la pratique maintenant presque exclusivement au laser mais elle peut-être également faite en microchirurgie.

La question qui nous occupe n’est pas seulement là.

La cause du nodule chez un chanteur

En général, si le nodule a pu se former, c’est que la technique vocale employée était défectueuse ou tout bonnement absente. S’additionnant à cela, des forçages répétés (souvent dans de mauvaises conditions acoustiques), un état de fatigue vocale (chanter avec une sinusite, un début de laryngite, etc.) précipitent l’apparition de ce traumatisme.

Ce ne sont pas les seules causes, mais ce sont les causes principales, celles que l’on rencontre le plus souvent !

Après l’intervention chirurgicale (si elle a lieu, ce qui n’est pas toujours le cas : certains nodules peuvent se résorber par le repos et la rééducation…), il faut respecter une période de repos absolu d’une dizaine de jours. Il est absolument indispensable, ensuite, de corriger sa technique vocale ou d’en acquérir une. Si cela n’est pas fait, les mêmes causes créant les mêmes effets, le nodule, tel un Phénix, renaîtra de ses cendres !

L’orthophonie

Le rôle de l’orthophoniste est d’aider la personne opérée, après la période de repos post-opératoire, à améliorer ses habitudes vocales : mieux utiliser sa voix en parlant ou en chantant, gérer correctement son souffle, etc. (*)

(*) Pour le chanteur, les séances d’orthophonie, même très bien conduites, se révèlent souvent insuffisantes ; il lui faut acquérir une solide technique vocale ou amender la sienne qui était défectueuse. Un travail plus complet s’avère donc nécessaire. Il doit retravailler complètement sa voix avec un professeur de technique vocale compétent.

Souci opératoire possible

Il arrive aussi parfois que l’intervention ne se déroule pas comme on aurait pu le souhaiter. Un tout petit « raté » du geste du chirurgien peut avoir des conséquences dramatiques pour le chanteur. Par exemple, dans le cas de l’ablation d’un nodule au laser, il arrive que le rayon, tout en pulvérisant l’excroissance, entame légèrement le bord libre de la corde vocale. Cela provoque une encoche. La conséquence sera une fuite d’air pendant la phonation. On entendra un souffle sur la voix et celle-ci se fatiguera rapidement, engendrant laryngite sur laryngite. (*)

(*) Tu me décrivais un peu ce scénario, mon cher Sébastien.

A tous les chanteurs – et non-chanteurs - qui côtoient ce problème.

Ne vous désespérez pas. Comme Sébastien, vous l’avez compris, l’essentiel, après les séances d’orthophonie « post-opératoire », est d’acquérir une solide technique vocale. Il faut « tout » revoir, de « A à Z » ! (*)

(*) Ce conseil reste valable même si l’intervention s’est déroulée parfaitement. Je me répète sciemment : « Les mêmes causes créent les mêmes effets ; si la façon de chanter reste inchangée, le nodule réapparaîtra. »

Dégâts opératoires importants

Dans ces cas rarissimes, une bonne technique vocale vous aidera efficacement à limiter la casse ! En revanche, votre voix chantée risque de ne pas pouvoir être récupérée complètement !

Les quatre billets suivants (entre autres) devraient vous éclairer et vous montrer que tout n’est pas perdu, loin de là, même dans des moments cruciaux.

« Le chant thérapie… un travail vocal intégral » (déjà cité au début de ce billet)

« La technique vocale fondamentale »

« Je voudrais rééduquer ma voix »

« La rééducation vocale des cas sévères »

En un mot comme en cent, il vous faut acquérir le bon geste vocal. Celui-ci est l’aboutissement d’une technique générale complète.

Un tel travail ne peut pas être entrepris seul !

Même les chanteurs très confirmés ont besoin d’un guide pour cela. Nos sensations proprioceptives sont très souvent trompeuses. On croit faire une chose et on en fait une autre en toute bonne foi !

Vous devrez donc trouver, dans votre lieu de résidence, un professeur de technique vocale compétent, c’est essentiel.

Survol de la rééducation

Aucune erreur ne doit être commise pendant ce travail délicat. Pour mon compte, je replace d’abord le médium, tout en douceur, sans forcer ! (*)

(*) Naturellement, il va de soi qu’avant toute vocalisation proprement dite (même légère), il faudra soigneusement s’assurer qu’en « amont », tout est en place : l’encrage, la respiration, les appuis du souffle, etc.

Les périodes de travail devront être à la fois assez rapprochées (à raison de deux par semaine si possible) et courtes. Des leçons d’une demi-heure, en fractionnant les exercices et en ménageant des temps de repos, sont largement suffisantes.

On devra privilégier les sonorités profondes et douces : « ou » et « ô » seront les bienvenues ; « i » et « é » seront à éviter au début. Plus tard, dans la progression du travail, ces voyelles deviendront – bien employées – de merveilleux outils.

En résumé, on devra « rééquilibrer » la fonction vocale sans jamais fatiguer le larynx.

Pour terminer tout à fait, je vous conseille de parcourir le billet : « L’hygiène vocale ». Vous pourrez y trouver d’utiles renseignements complémentaires.

Bonne chance à tous

A bientôt ?

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Jean Laforêt

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