Billet du Jeudi 28 décembre 2017 : Gros souci vocal
Dernière mise à jour : 19/12/2018  
 
Le Billet Actu (79/161)

Chronique du 27 juillet 2008

Voix de femme "masculine"

Laurence L. (Sexologue - Paris)

Je permets de vous écrire car j’accepte de plus en plus mal que l’on me prenne pour un homme au téléphone. Plusieurs fois par jour, j’ai droit à un : « Bonjour monsieur ! » J’exerce une profession libérale et cela me dessert beaucoup lors de mes contacts avec ma clientèle. Je fais aussi, de temps à autre, des conférences et, vraiment, je ne me supporte plus. Croyez-vous qu’il soit possible qu’en travaillant ma voix, je puisse trouver plus de légèreté ? Dans l’attente, etc.

J’ai vu Laurence, un peu après son mail, pour un bilan vocal. C’est une personne de cinquante ans environ, très élégante, grande et mince : un physique de mezzo-soprano ! Sa voix parlée est effectivement très grave mais surtout très rauque, vraiment masculine ! Sa grande taille (souvent, il est vrai, l’apanage des voix graves) n’explique pas tout ! De surcroît, elle m’a avoué fumer environ un paquet et demi de cigarettes par jour, ce qui est loin d’arranger les choses ! De plus, elle parle trop rapidement, sacrifiant ses fins de phrases. Elle débite un discours heurté et inégal, souvent difficilement compréhensible !

Une motivation très forte

J’ai été tout de suite assez confiant dans un possible résultat positif car Laurence était vraiment très motivée. Elle voulait absolument pouvoir faire des nuances, adoucir certaines intonations et, surtout, dans un premier temps, ne plus être appelée : « Monsieur » au téléphone ! A part le fait de fumer « un peu trop », elle n’avait, m’a-t-elle dit, aucune anomalie laryngée connue et était prête à travailler d’arrache-pied pour alléger sa voix. Elle m’a également assuré qu’elle allait réduire de façon drastique sa consommation de tabac !

Notre travail vocal

Il a consisté en une vocalisation que je qualifierai de « normale » à l’exception près qu’à notre première leçon, j’ai eu vraiment l’impression d’avoir affaire à un ténor enroué ! Nous avons vocalisé dans un ambitus masculin, à partir du « la1 », en atteignant péniblement un sib2 ! La rééducation s’annonçait à la fois difficile et passionnante.

Laurence s’est heureusement montrée très coopérative, ne rechignant jamais à recommencer certains exercices (parfois assez fatigants pour elle) avec un sérieux digne d’une professionnelle. Elle me réclamait parfois elle-même le « bis » lorsqu’elle n’était pas contente du résultat ! (*)

(*) Inutile de préciser que je prenais toutes les précautions pour calmer son ardeur quand cela se révélait utile.

Pour avoir des informations complémentaires sur ce travail, vous pouvez lire : « La technique vocale de base »

Un premier « mieux »

Laurence a réalisé assez vite le mécanisme de base de la respiration abdominale et des appuis ; elle m’a dit, après quelques cours seulement, sentir un mieux dans sa voix parlée. Elle la trouvait moins lourde, plus maniable ! Les : « Monsieur » au téléphone devenaient plus rares, ce qui l’enchantait et fortifiait encore sa motivation. (*)

(*) Notre chance a été que sa voix soit d’une constitution assez robuste, ce qui permettait, à chaque leçon, un travail complet tout en restant en dessous du seuil de fatigue.

La messa di voce (*)

Au début, elle ne tenait un son qu’une seconde ou deux ! Ces tenues sont devenues assez vite, avec une application stricte des appuis du souffle, de quatre secondes (parfois plus dans ses très bonnes notes).

(*) Lire, à titre explicatif, le billet : « Le cours de technique vocale type » où cet exercice est expliqué en détail.

Les sons « piqués »

Ils furent vraiment difficiles pour elle au début ; les siens s’apparentaient plus à des « coups de glotte » qu’à des « cocottes » (terme employé généralement en lyrique pour désigner ces sons légers et détachés). J’ai insisté beaucoup sur ce travail, malgré nos difficultés, car cet exercice est très important. Laurence réussit maintenant les « cocottes » d’une manière beaucoup plus douce et plus rapide, ce qui indique une souplesse très accrue de sa fonction laryngée.

(*) La gymnastique vocale, faisant précéder les « piqués » d’une quinte syllabique très articulée, a beaucoup contribué à leur précision en favorisant le relâchement de sa gorge pendant cet exercice.

Petite phrase chantée

Un jour, j’ai fait chanter à Laurence (par demi-tons ascendants) une petite phrase destinée à améliorer la souplesse de la mâchoire tout en favorisant les reprises de souffle abdominales réflexes. Pour une fois, il s’agissait donc de vrais mots. Elle a pris apparemment beaucoup de plaisir à cet exercice où, pour la première fois, elle chantait presque…

Laurence m’a dit la semaine suivante, avec un sourire, qu’elle avait fredonné cet exercice dans sa voiture, tout au long de son trajet de retour : cela avait constitué un événement pour elle ! Je lui ai promis de refaire cette phrase « magique », ainsi que d’autres, à chaque leçon !

Chanson d’anniversaire

Un jour, un peu plus tard, elle m’a annoncé qu’elle avait osé entonner « Happy birthday to you » pour l’anniversaire de l’une de ses filles :

- Cela aurait été, m’a-t-elle dit, il y a quelque temps encore, du domaine de l’impossible !

Elle a ajouté :

- Même si mon chant était loin d’être parfait, c’est déjà pour moi une victoire incroyable !

Voix plus légère, moins rauque

De semaine en semaine, sa voix devenait plus légère d’intonation. La raucité s’estompait, rendant son discours beaucoup plus harmonieux. Sans vraiment s’en rendre compte, elle parlait en nuançant davantage ses phrases. Il restait cependant à ralentir son débit de paroles. Sa pensée, très vive, provoquait quelquefois des accélérations inopportunes : elle « mangeait » encore ses fins de phrases !

Travail d’élocution

L’occasion d’aborder ce travail s’est présentée avec l’imminence d’un cours commenté qu’elle devait présenter à des étudiants dans le cadre de sa profession. Elle m’a demandé, en vue de cet événement, de travailler spécialement sa future prestation pour qu’elle soit la plus correcte et la plus convaincante possible.

Je suis donc devenu « étudiant sexologue » pour la circonstance. Etudiant un peu spécial dont la mission consistait à corriger le discours de la « sexo en chef » en lui donnant, le cas échéant, les bons outils pour qu’il soit le plus clair et le plus convaincant possible.

La leçon suivante

Elle fut pleine de rebondissements ! A cette occasion, le micro a été employé pour donner du relief à l’ensemble du discours et surtout pour permettre à Laurence de s’entendre davantage avec son oreille externe (de se percevoir de l’extérieur !) Le résultat a été très probant. Elle a eu ainsi, rapidement, une conscience plus nette des défauts qui étaient les siens et de la nécessité absolue de parler plus lentement, de mieux ponctuer son discours, d’insister sur certains mots de valeur, de varier son rythme de paroles, de soutenir ses fins de phrases, etc.

Après quelques « ajustements » indispensables, une vraie différence s’est installée. Tout cela prenait corps et j’avais de plus en plus de plaisir à suivre l’enseignement de sexologie qu’elle me dispensait généreusement !

Actuellement

Le travail « général » continue. Vocalement, nous atteignons maintenant couramment à chaque leçon le fa3 dans nos exercices de vélocité. Dans les très bons jours, je pousse au sol3. Laurence est ravie lorsqu’elle réussit de tels exploits et… c’est à moi de freiner son ardeur !

J’ai ajouté plusieurs phrases chantées destinées à tonifier son articulation et je vais, très bientôt, lui proposer de travailler une chanson !

A bientôt ?

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Jean Laforêt

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