Billet du Jeudi 28 décembre 2017 : Gros souci vocal
Dernière mise à jour : 17/12/2018  
 
Le Billet Actu (82/161)

Chronique du 14 septembre 2008

Je n'ai pas assez d'aigu

Thierry N. (Elève de comédie musicale – 21 ans)

Un ami (Hervé X, que vous connaissez) m’a procuré l’adresse de votre site. Je viens tout juste de le visiter et il m’a vraiment parlé. J’ai vingt et un ans et je suis élève depuis une année dans l’école de comédie musicale (x). J’ai, paraît-il, une voix de basse et, de ce fait, aucun rôle ne semble me convenir. Je m’interroge vraiment sur mon avenir et j’envisage sérieusement, à cause de cela, d’arrêter ces études. Mon moral est au plus bas. Ma voix me préoccupe beaucoup. Existe-t-il un moyen de gagner de l’aigu ? Si oui, pourriez-vous vous occuper de moi ? J’attends votre réponse avec impatience. D’avance, je vous remercie, etc.

Voici à peu près ce que j’avais répondu à ce jeune homme :

« Mon cher Thierry, Hervé m’a effectivement parlé de votre souci mais, sans vous connaître, vous comprendrez qu’il est très délicat pour moi de répondre à vos questions. Il est exact que le répertoire de comédie musicale comporte peu de rôles pour les basses. Les ténors et les barytons ont plus de chance. Je comprends votre problème ; ne vous découragez cependant pas trop vite. Dans un premier temps, je suis d’accord pour faire avec vous un point précis (un bilan) sur vos capacités vocales. Elles sont peut-être meilleures que vous ne le pensez ! Appelez-moi et nous fixerons un rendez-vous. Dans l’attente, etc.

J’ai reçu Thierry peu après pour un bilan vocal. C’est un grand garçon mince, très sympathique. Il a en effet le physique d’une basse (il mesure 1,85 m) et une voix parlée assez grave, au timbre très agréable. Au premier contact, j’ai pensé qu’il pouvait être « basse chantante ». (*)

(*) La basse « chantante » se différencie du baryton essentiellement par le timbre mais possède un aigu qui peut atteindre le sol3, voire davantage dans certains cas !

Conclusions après bilan

Malheureusement, Thierry était loin d’avoir l’étendue vocale (même moyenne) d’une basse chantante : il atteignait péniblement le ré3 avec une voix à la fois peu structurée et faible d’impact. Cela le limitait considérablement. Son moral était catastrophique et je me rendis très vite compte que ce n’était pas seulement à cause du manque de « rôles » adaptés à son type de voix. En fait, il sentait confusément qu’il chantait très en dessous de ses possibilités réelles (c’était vrai !) et qu’il n’arrivait pas à progresser. De plus, un trac terrible l’habitait à chacune de ses prestations publiques, sapant une bonne partie des moyens qui lui restaient !

Lire pour information le billet : « Le trac »

Sa technique vocale, malgré les cours de chant dispensés à son école, était restée inexistante ! Sa statique était mauvaise, sa gorge serrée, son corps tendu, etc. (*)

(*) Côté technique, il paraissait vraiment être resté livré à lui-même et, pour couronner le tout, il était d’un tempérament nerveux et se montrait passablement agité.

Néanmoins…

Ce furent ces nombreuses défaillances qui me permirent, en toute honnêteté, de remonter son moral. J’étais certain que ce garçon était très perfectible ! A mon avis, bien conseillé, il serait capable de gagner une tierce dans l’aigu tout en tonifiant énormément sa voix.

Je lui dis tout cela en ajoutant que, s’il décidait d’entreprendre ce travail avec moi, il était absolument indispensable qu’il s’y consacre « entièrement » pendant un certain temps. Il n’était pas question qu’il continue de chanter d’une façon « plus qu’aléatoire » à son école tout en travaillant sérieusement sa technique. Il a accepté de tenter l’expérience. J’ai ajouté gentiment qu’à mon avis, il avait mis la charrue avant les bœufs !

- Tu aurais dû commencer par un travail vocal sérieux avant d’entamer tes études de comédie musicale !

- Je pensais trouver à l’école tout ce dont j’avais besoin ; la technique vocale est présente dans le programme.

- C’est entendu. Seulement, les professeurs, aussi compétents soient-ils, n’ont peut-être pas toujours assez de temps à consacrer à chaque élève pour ce travail ? Il en faut parfois beaucoup !

- Les autres élèves semblent y arriver mieux que moi !

- Ils n’avaient peut-être pas autant de problèmes que toi au départ ?

- Peut-être…

- En tout état de cause, on aurait dû te prévenir dès le début et t’inciter, avant de t’accepter à l’école, à travailler d’abord ta voix. Mais, ceci est une autre histoire…

Thierry ayant demandé et obtenu un congé à son école, nous avons commencé à travailler ensemble dès la semaine suivante. Il fallait tout reprendre à zéro. Pour cela, nous avons opté pour un « cours intégral » (relaxation, taïchi vocal, etc.) *

(*) Tous les détails sur la conception de ce travail complet sont dans les billets :

« Le chant thérapie… un travail vocal intégral » et « La technique vocale fondamentale ».

Lire également, pour information complémentaire, deux billets proches de ce sujet : « Ma voix ne porte pas » et « Comment sortir mes aigus ».

Quelques mois après

Au bout quelques mois seulement, de nombreux résultats étaient là :

- Tout d’abord, très rapidement, sa statique et sa respiration s’étaient améliorées. Thierry, beaucoup plus calme, reprenait visiblement confiance en ses possibilités.

- Le bâillement dynamique, correctement exécuté, lui permit d’obtenir des sonorités plus larges et plus souples et d’aborder bien plus facilement son aigu !

- Les exercices de « messa di voce » et de « modulation de voyelles » ont ensuite beaucoup contribué à homogénéiser et à embellir son timbre tout en continuant à fortifier son émission.

- Initialement, il serrait ses « i » et ses « é ». Il apprit à les libérer, ce qui aida l’ensemble de sa voix à se structurer et à se corser.

- J’ai inclus plus tard, dans notre programme général de vocalisation, l’étude de la voix mixte et celle du fausset : deux « cordes » supplémentaires très utiles !

Résultats au bout de huit mois

Comme je m’y attendais, la voix de Thierry avait gagné plus d’une tierce dans l’aigu. De surcroît, il possédait un timbre beaucoup mieux assis dans le grave et le médium.

Avec puissance et souplesse, il atteignait assez facilement en exercice d’agilité le sol3/sol#3 ; sa tessiture (l’ambitus de chant) allait de sol1 à fa3. Il pouvait aborder, dès lors, plusieurs rôles dans le répertoire de comédie musicale.

Exercices d’application

Tout en poursuivant notre travail technique, nous avons travaillé plusieurs vocalises de Vaccaï (*). Ensuite, deux airs de Figaro, extraient des Noces de Figaro (Mozart) : « Non più andrai » et « Se vuol ballare ». Ces morceaux se sont révélés d’excellents supports de travail, même si Thierry n’avait pas la voix requise pour ce rôle. La langue italienne, en l’occurrence, a fait merveille pour éclairer et affirmer encore ses sonorités !

(*) Voir aussi : " Répertoire pour un jeune baryton lyrique "

Nous avons ensuite attaqué résolument le répertoire de comédie musicale avec l’air de Javert : « Sous les étoiles » - extrait des Misérables (Boublil et Schönberg). Malgré sa tessiture relativement tendue, Thierry s’en tire très bien et là, à défaut de l’âge, il possède la voix du rôle. (*)

(*) Il y a quelques mois encore, il ne pouvait chanter un tel morceau qu’en rêve !

Juste conséquence :

Ce travail complet, commencé il y a onze mois, à raison de deux leçons par semaine, l’a totalement transformé. Maintenant, très détendu, il rayonne et s’amuse en chantant, heureux de pouvoir enfin s’exprimer vocalement. Sa voix « barytone » de plus en plus et le trac qui le paralysait – même lorsqu’il chantait devant des proches – n’est plus qu’un mauvais souvenir. Son moral est maintenant au beau fixe et il a hâte de faire entendre à tous sa nouvelle voix.

Nous continuerons néanmoins à travailler ensemble pour que se pérennisent ses possibilités vocales.

A bientôt ?

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Jean Laforêt

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