Billet du Jeudi 28 décembre 2017 : Gros souci vocal
Dernière mise à jour : 17/12/2018  
 
Le Billet Actu (90/161)

Chronique du 03 janvier 2009

Je manque d'assurance, ma voix est sourde !

Jonathan G. (24 ans – journaliste)

J’ai vingt-quatre ans, je suis journaliste et timide. J’ai lu vos billets et je pense que le travail intégral sur la voix que vous proposez pourrait m’aider. Je fais un peu de guitare. Chanter me plairait mais ma principale motivation demeure l’épanouissement personnel. En général, je manque énormément d’assurance dans la vie et m’exprimer en public dans le cadre de ma profession est un vrai cauchemar. Mes amis proches me disent que ma voix est sourde et que l’on me comprend mal. On me fait souvent répéter. Je voudrais vraiment remédier à tout cela. Vous pouvez me joindre au (x). Bien cordialement. Jonathan.

Nous avons convenu d’un rendez-vous la semaine suivante pour un bilan vocal.

Son bilan

A l’heure dite, j’ai accueilli un grand jeune homme mince au visage inquiet qui se donnait beaucoup de mal pour paraître à l’aise. Je l’ai installé confortablement pour que nous parlions un peu afin d’approfondir sa motivation, mais, en dépit de louables efforts de ma part pour le décontracter, il n’y parvenait pas. Raide sur sa chaise, genoux serrés et blouson fermé malgré la chaleur ambiante, il répondait à mes questions d’une voix retenue, assez rauque, en choisissant chaque mot. A quelques rares moments, un timide sourire éclairait furtivement son visage. Il a fallu dix longues minutes pour qu’il se détende et parle plus librement. J’avais rarement vu cela. La suite non plus n’a pas été banale car il est passé subitement d’un « mutisme presque total » à un « intarissable discours », comme s’il était tout à coup pressé de tout lâcher à la fois ! J’ai tout de même préféré ça ! Ouf !

Cette volte-face inattendue m’a beaucoup intéressé. Le personnage promettait d’être passionnant.

Usant d’un débit de paroles rapides, irrégulier, mangeant souvent ses fins de phrases, Jonathan m’a alors raconté dans le détail son « cauchemar » de garçon timide, anxieux, angoissé et mal dans sa peau ! Sa voix, qu’il ne contrôlait plus désormais, me livrait de précieuses indications : émise faiblement au prix d’un certain effort, elle était d’une raucité désagréable qui le desservait énormément. Elle ne cadrait pas du tout avec son physique plutôt séduisant.

La vie n’avait pas été tendre pour lui jusqu’alors. Fils unique, son enfance et son adolescence avaient été très « chahutées ». A douze ans, il avait mal vécu le divorce de ses parents. Doué pour les études, il les avait pleinement réussies mais la vie sociale, qu’il avait abordée assez récemment, l’écrasait. Il ne pratiquait aucun sport, ne sortait pas en boîte, n’avait que peu d’amis et pas de petite amie. Je l’ai laissé parler, l’interrompant seulement pour le faire « rebondir » sur certains points intéressants. Après sa « confession », il était vraiment beaucoup mieux. C’était le moment de faire quelques tests vocaux chantés.

Lorsqu’il a eu, sur ma demande, posé son blouson sur un dossier de chaise et desserré son pantalon, nous étions fin prêts.

Les tests

Ils ont montré une voix juste, de tessiture moyenne, assez jolie mais - c’était prévisible - très hypotonique, sourde et inhibée. Son corps, très contracté, respirait « pauvrement » et de piètre façon ! Son oreille, en revanche, s’est révélée excellente ; c’était une très bonne nouvelle pour notre futur travail !

Dans les quelques essais de lecture qui ont suivi, on retrouvait – c’était également prévisible - les mêmes défauts de respiration et d’appui que dans la voix chantée et le discours spontané. De nombreux blocages psychologiques (dont il était parfaitement conscient) transparaissaient aussi dans sa façon de lire à haute voix. Une certaine « peur » (peut-être une pudeur) l’empêchait de projeter sa voix, de "se" mettre en avant !

Après les différents tests, nous avons parlé calmement de son bilan. Je lui ai exposé mes conclusions, notamment sur l’intrication chez lui de facteurs physiques (purement vocaux) et psychologiques : blocages, pudeur, etc. Parfaitement d’accord, il m’a alors confirmé souhaiter entreprendre avec moi un « travail vocal intégral » pour aller au fond des choses et ne rien laisser au hasard ; c’était, en effet, le seul moyen d’aborder de front l’ensemble de ses problèmes.

Voir le billet : « Le chant thérapie, un travail vocal intégral »

Un peu avant de le quitter, je lui ai suggéré de voir un psychologue. Cette démarche me paraissait complémentaire à notre futur travail commun. Il m’a répondu, avec une petite moue :

- Je l’ai déjà fait l’année dernière. Je n’ai eu aucune amélioration, rien n’a changé !

- Il faut parfois un peu de patience. Tu devrais peut-être revoir la question, essayer avec une autre personne ?

- Peut-être…

Les premiers cours

Jonathan a eu beaucoup de mal, au tout début, à relâcher son corps en relaxation. Son esprit n’arrivait pas à s’abandonner entièrement et les tensions « s’accrochaient » ! Les massages abdominaux eux-mêmes rencontraient une résistance assez forte : son ventre demeurait contracté, ne libérant que parcimonieusement sa respiration. Il « voulait » faire au mieux mais son corps refusait de le suivre, comme prisonnier d’une solide gangue d’inhibitions. Durant un mois, les progrès ont été minimes ! Il a fallu nous armer de patience !

Le « miracle »

Un jour, subitement, « il » a eu lieu ! Pendant nos exercices de « Taïchi vocal » en position allongée - après une relaxation très réussie - le ventre de Jonathan, si crispé d’habitude, s’est soulevé facilement à l’inspiration, comme subitement libéré d’un poids énorme. Tous les deux, nous avons su à cet instant que quelque chose d’important se passait. Il a senti alors, et me l’a confirmé par la suite, comme une énorme « libération ». Sa cage thoracique s’ouvrait sans effort, le souffle entrait vraiment tout seul et l’expiration devenait un « soupir » d’aise ! Je l’ai laissé respirer ainsi un long moment. Il avait fermé les yeux et savourait pleinement cette énorme « différence » !

L’effet vocal

Il a été très net, presque immédiat. J’ai pu, déjà ce jour-là, l’aider à mettre sa voix en relation avec son souffle abdominal. Il a réussi à réaliser ainsi quelques séries de cris avec une « connexion » souffle-voix relativement correcte en ayant pleinement conscience, en faisant cela, d’épargner complètement sa gorge. (*)

(*) Ce premier geste vocal réussi a été pour Jonathan le début d’une avancée décisive.

Par la suite, les relaxations et le taïchi n’ont cessé de s’améliorer. De ce fait, la respiration abdominale et les cris se sont affirmés davantage. Bénéficiant d’appuis mieux ciblés, sa voix se tonifiait de semaine en semaine.

L’effet psychologique

Il a été très sensible, assez rapidement ! Jonathan est devenu progressivement plus joyeux. Il parlait beaucoup plus, m’entretenait de son travail, de ses sorties (qui devenaient plus fréquentes). J’encourageais de mon mieux ces petites conversations au cours desquelles il se libérait et où les rires éclataient souvent à la suite de petites plaisanteries qui ne manquaient pas de fuser. En un mot comme en cent, sa confiance en lui se renforçait de jour en jour, c’était tangible. Il commençait même, m’assurait-il, à se sentir bien plus à l’aise lorsqu’il avait à parler en public ! (*)

(*) Cela ne m’étonnait pas !

Les progrès vocaux, au bout de six mois

En position debout, la respiration était maintenant correcte. Un certain « lâcher prise » s’était installé ; Jonathan, totalement passif, me faisait pleinement confiance. Cahin-caha, sa voix chantée progressait joliment. Nous parcourrions maintenant en exercice (assez facilement) un ambitus allant de la1 à mib3. Les « appuis » laissaient encore un peu à désirer mais ils s’affermissaient de « cours en cours » ! Il chantait beaucoup plus fort sans en avoir vraiment conscience.

Ce travail de vocalisation avait énormément contribué à tonifier sa voix parlée ; elle « tenait » beaucoup mieux. Il ne s’en rendait encore pas vraiment compte mais cette nouvelle « vigueur » vocale donnait du poids à tout son personnage. (*)

(*) Il parlait moins vite, sur une tonalité légèrement plus grave et sa raucité habituelle s’estompait de plus en plus au profit d’un timbre plus chaud, plus sensuel.

Education de la résonance

J’avais également inclus dans notre travail général de vocalisation des exercices spéciaux pour favoriser la résonance. Nos dix premières minutes étaient consacrées à cela. Le humming (bouche fermée et ouverte) sur toute l’étendue de sa voix et le travail des sons nasalisés (on/an/in) couplés à différentes consonnes favorables (dans le grave) ont beaucoup contribué à enrichir son timbre.

L’articulation

Pour l’améliorer, il a été nécessaire de fortifier et assouplir tout son appareil articulatoire afin de combattre une certaine mollesse. La gymnastique vocale et ses quintes syllabiques ont fait merveille pour cela.

Voir le billet : « L’articulation dans le chant »

Jonathan a fait ensuite « ses armes » de comédien en apprenant à prononcer rapidement certains mots - ou assemblages de mots – difficiles. Ce travail, réalisé parallèlement sur la voix chantée et parlée, avec une respiration et un bon appui abdominal, lui a permis de soutenir assez rapidement son discours courant de façon réflexe. (*)

(*) Voir, pour informations complémentaires, le billet : « Le bégaiement est-il guérissable ? »

Un peu de pratique

C’était le moment – et il applaudit à cette idée – de travailler un texte ! Fidèle à mon habitude, je lui ai proposé une fable de La Fontaine. Nous avons choisi : « Le coche et la mouche ». Il l’avait déjà apprise à l’école ; elle est devenue l’un de nos supports de travail ! Dans la foulée, je lui ai également suggéré, sûr de son approbation :

- Pourquoi ne pas travailler aussi une chanson ?

- Ô oui, super !

Notre choix s’est arrêté sur : « Je m’voyais déjà » de Charles Aznavour qui convenait bien à sa tessiture et que nous pourrions chanter sur play-back dès que possible. Il m’a dit qu’il allait aussi la travailler à la guitare pour pouvoir s’accompagner par la suite.

Tout cela « sentait » la réussite de notre entreprise !

Un peu de sport

Jonathan, pas sportif pour deux sous, est arrivé un jour au cours à bicyclette. Il m’a appris, tout à fait sérieusement, qu’il avait décidé dorénavant de se servir de ce moyen de locomotion, sportif et non polluant, le plus souvent possible ! Dans la foulée, il avait pris également un abonnement à une piscine située non loin de chez lui. Décidément, il allait beaucoup mieux, c’était une évidence !

- Ce sera excellent pour mon souffle, avait-il ajouté.

Ces bonnes résolutions comblaient mes vœux, elles signifiaient qu’un profond changement s’opérait chez lui et que nous avions probablement gagné la partie !

Epilogue

En effet, quelques mois après, la partie était complètement gagnée. Jonathan parlait maintenant d’une façon très déliée, son articulation était percutante. Les fins de phrases ne tombaient plus ! Une chose pourtant l’étonnait un peu :

- C’est génial, personne ne me fait plus répéter ; pourtant, je ne parle pas plus fort !

- Tu ne parles peut-être pas plus fort mais ta voix occupe un espace plus important. Ta raucité s’est estompée et ton timbre s’est renforcé et enrichi ; ton articulation quant à elle, est bien meilleure ! Et puis, tu n’es plus oppressé…

- C’est vrai, je me sens comme délivré de partout !

- Tu as envie de chanter après les cours ?

- Oui, même de danser ! De plus en plus souvent, je sens comme une ivresse en sortant.

- J’ai connu ça !

- C’est le travail de la voix qui fait ça ?

- En partie seulement ! Dans ton cas, le travail vocal a pu « agir » efficacement grâce à celui que nous avons fait en amont ! Nos relaxations, le « taïchi » et les massages ont eu une action décisive en préparant le terrain !

- J’en suis parfaitement conscient ! Mais, comment agit le travail vocal sur la voix parlée ?

- Une voix travaillée est mieux calibrée ; plus riche en harmoniques, elle frappe dans les résonateurs exactement là où il faut. De ce fait, le discours devient beaucoup plus efficace. Pour résumer, on obtient un meilleur résultat avec moins d’effort !

- En tout cas, a-t-il ajouté en riant, maintenant, j’aime parler ! Et chanter !

- Tu m’en vois ravi… mais, entre nous, je m’en étais un peu aperçu depuis quelque temps !

Notre chanson a été suivie de plusieurs autres. Jonathan s’était vraiment remis à la guitare et, délaissant souvent le play-back, l’apportait au cours pour s’accompagner. Un jour, il m’a annoncé qu’il avait participé, avec des amis, à une sortie Karaoké :

« J’ai chanté deux chansons ! », a-t-il ajouté.

Venant de lui… c’était prodigieux ! Il m’a dit aussi multiplier les occasions d’interview dans son travail et de s’y sentir à l’aise !

Le contre-pied était radical… c’était comme s’il rattrapait un précieux temps perdu !

« Il recherchait ce qu’il fuyait auparavant ! Il était guéri ! »

Côté sentimental, il n’y avait pas encore « anguille sous roche » mais cela suivrait sous peu, c'était certain !

Il ne m’a pas reparlé d’un éventuel rendez-vous avec un psychologue. Ce sera pour plus tard, peut-être ! Je n’y crois guère.

PS : Je profite de ce petit billet pour vous souhaiter à tous une superbe année 2009 pleine de bonheur et de beaux projets et une très bonne santé... vocale !

A bientôt ?

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Jean Laforêt

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