Billet du Jeudi 28 décembre 2017 : Gros souci vocal
Dernière mise à jour : 19/12/2018  
 
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Chronique du 18 janvier 2009

Le soutien vocal

Lucien F. (baryton - 28 ans) Paris

Je viens juste de découvrir votre site. J’ai lu hier soir tous vos billets. Merci infiniment pour les indications sur la technique vocale que vous y donnez si généreusement. J’ai vingt-huit ans et je suis moi-même baryton semi-professionnel. Passionné de chant depuis toujours, j’aimerais vous poser une question qui, je le crains, risque de vous paraître un peu saugrenue ! Nous parlions récemment technique entre amis chanteurs et nos idées divergeaient sur un point. La question était de savoir qu’elle était l’aspect technique le plus important pour un chanteur lyrique ? En deux mots, s’il n’y avait qu’une chose à posséder vraiment à fond pour bien chanter, quelle serait-elle ? J’espère une réponse, même très brève, de votre part. Vous pourrez me joindre les soirs au (x). Avec mes remerciements. Lucien.

Lucien, je vous remercie de me donner l’occasion de cette petite chronique. Tout d’abord, un grand bravo pour avoir lu tous mes billets en aussi peu de temps ! Nous avons déjà discuté par téléphone et vous savez que je n’ai jamais considéré votre question comme « saugrenue ». Je m’étais posé à peu près la même à votre âge !

L’oreille musicale

Je tiens cependant à préciser, au début de ce billet, que « l’oreille musicale » est exclue du « jeu ». Dans le cas contraire, celle-ci aurait eu la palme car c’est évidemment l’élément, bien que non technique, le plus incontournable pour un chanteur, classique ou non !

Si vous avez lu attentivement mes billets, vous savez que je parle souvent du « geste vocal ». En effet, la voix est la résultante de multiples facteurs qui, parfaitement synchronisés, peuvent être définis comme un geste. Un geste un peu particulier, qui anticipe un son !

Ce son peut être beau ou quelconque, c’est selon !

Le geste vocal spontané

Nous savons tous, « d’instinct », crier ou appeler quelqu’un au loin avec un « hep ! » plus ou moins sonore ! Pour réaliser ce simple appel spontané, le corps se mobilise et de nombreux « facteurs » synchronisent leur action ! (*)

(*) Que s’est-il passé ? Nous avons pris juste assez d’air, la contraction de notre sangle abdominale a anticipé puis appuyé le jaillissement de notre appel, notre gorge et notre bouche se sont ouvertes pour faciliter son passage.

Toutes ces actions, parfaitement coordonnées, n’ont pris qu’une fraction de seconde ! Nous avons crié sans « trop » savoir comment, mais notre corps, lui… savait !

Il s’agissait là d’un geste vocal spontané ! Nous l’avons fait sans y penser ! La « toux » et le « rire » sont deux autres productions sonores issues du même réflexe.

Le geste vocal du chanteur

A contrario, à l’exception peut-être de quelques rarissimes « phénomènes vocaux », nous ne chantons pas tous excellemment « d’instinct » ! Il faut apprendre à chanter ! De longues études sont parfois nécessaires, notamment pour le chant classique qui nécessite de sérieuses qualités techniques. Avoir une belle voix ne suffit pas !

Différents billets illustrent le propos ci-dessus, notamment :

« Le bâillement technique du chanteur », ainsi que les liens auxquels ce billet renvoie.

Votre question n’est pas simple, et vous le savez ! Je répondrai néanmoins à cette petite « colle » de mon mieux ! Bien entendu, vous savez que – comme dans le cri spontané - plusieurs éléments techniques fondamentaux, fonctionnant ensemble, sont absolument nécessaires pour émettre correctement la voix. Seulement, le chant classique est tout, sauf un cri spontané ! Il faut pouvoir gérer la « situation vocale » à tout moment et rester maître de la moindre nuance !

L’attaque du son

Je résume ci-dessous le déroulement du premier geste vocal, un des plus importants selon moi : l’attaque du son !

Il se compose déjà de trois parties ! Il faut :

- Préparer l’attaque (inspiration correcte tout en épanouissant le fond de la gorge).

- Arrêter le souffle (suspension du souffle précédant l’attaque).

- Attaquer nettement, contre le palais souple, juste derrière le nez (une légère impulsion abdominale -naissance de d’Appui - anticipe cette attaque).

Ce premier geste conditionne « la suite des évènements ». Sans une attaque correcte, pas de chant vraiment correct !

Prendre connaissance du billet : « L’attaque du son »

Appui » ou « soutien » ?

Ces deux termes sont employés bien qu’à mon avis, ils n’aient pas exactement le même sens. Pour ma part, je me servirai du mot « Appui ». Dans mon esprit « Soutien » ou « Sostenuto », bien que complémentaire de cette notion ne la remplace pas exactement.

Nick Tzico donne, dans son ouvrage « Le lexique du chanteur », cette très belle définition de « l’Appui » à laquelle j’adhère absolument :

« Tout son émis et soutenu possède son appui propre, mais l’Appui consiste dans l’égalisation potentielle de l’énergie demandée par chaque son, pour former grâce à leur fusion le phrasé mélodique. »

Le terme « Soutien » est de nos jours souvent préféré à celui « d’Appui ». Je resterai néanmoins fidèle dans ce billet à la définition de Nick Tzico qui correspond exactement à ce que je pense moi-même. L’Appui, avec un « A » - dans mon propos - signifiera donc « Soutien » pour ceux ou celles qui préfèrent ce dernier terme.

Un « suivi » d’attaque

Prenons l’exemple d’une phrase mélodique. Comme dit ci-dessus, le premier mot de notre phrase – pour naître - doit déjà être convenablement « appuyé ». Il devra également être immédiatement « suivi » de « l’Appui » bien exécuté pour que notre phrase ne soit pas vouée à un échec certain. (*)

(*) Et nous savons tous qu’une phrase ne représente qu’une toute petite partie d’un air…

Le billet : « Respiration et Appui vocal », vous donnera, je pense, un bon éclairage sur ce sujet.

L’Appui et l’ouverture de la gorge

A mon sens, l’Appui vraiment bien compris facilite aussi, dans une certaine mesure, l’ouverture de la gorge. Une voix bien soutenue par l’Appui est rarement serrée. Quelqu’un m’a dit :

« Une voix possédant un bon Appui n’effraie pas la gorge qui peut s’ouvrir en toute quiétude pour la laisser passer ! Au contraire, la gorge fait « barrage et se resserre » lorsqu’une phrase chantée - n’est pas (ou mal) appuyée ! »

Je suis assez d’accord avec cette définition imagée. J’ai entendu moi-même de parfaits amateurs chanter assez bien certains airs classiques. Ils ne serraient pas leur gorge et possédaient parfois un assez joli « phrasé ». Sans aucun doute, ces personnes-là bénéficiaient d’une bonne oreille et d’un bon « Appui ». Bien que leurs attaques soient incertaines et leur articulation médiocre, ils arrivaient au bout de morceaux parfois assez difficiles.

Je reviens à votre question :

« S’il n’y avait qu’une chose à posséder vraiment pour bien chanter, qu’elle serait-elle ? »

A une question formulée comme cela, je répondrais qu’il est absolument impossible de « bien chanter » - en classique s’entend - en ne possédant qu’un des principes fondamentaux de l’émission vocale : on ne peut pas fractionner le geste vocal !

Cependant, si la question était formulée de cette façon-ci :

« Quelle est le facteur technique le plus important en chant classique ? »

Je vous répondrais sans hésiter :

« Quoique étroitement solidaire des autres facteurs, je pense que « l’Appui » est vraiment celui qui est le plus incontournable en chant classique. Sans un Appui bien compris, pas de tenue vocale, pas de justesse, pas d’homogénéité, pas d’articulation correcte… pas chant du tout ! »

Cette notion d’Appui suppose naturellement d’avoir une respiration de chant convenable car il est impossible « d’appuyer » de façon valable un souffle qui est mal pris !

Donc, ma réponse finale à la question posée est :

" Je pense que « l’Appui » est l’élément technique le plus important à posséder pour un chanteur. "

Epilogue

Bien que la respiration et « l’Appui » constituent, à peu près certainement, le socle incontournable sur lequel est bâtie l’émission vocale tout entière, gardons-nous de négliger les autres aspects techniques du chant ! Sans eux, un chanteur classique, même pétri de qualités, ne pourrait jamais prétendre être autre chose qu’un bon amateur éclairé.

A bientôt ?

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Jean Laforêt

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