Billet du Jeudi 28 décembre 2017 : Gros souci vocal
Dernière mise à jour : 17/12/2018  
 
Le Billet Actu (92/161)

Chronique du 01 février 2009

J'ai longtemps abusé de ma voix

Benjamin A. (23 ans – ténor et guitariste)

Je me permets de vous écrire car j’aimerais pouvoir travailler ma voix avec vous. Excusez-moi d’avance, mon mail risque d’être long ! Je m’appelle Benjamin et je viens d’avoir vingt-trois ans. J’adore votre site et je tiens à vous remercier pour tous vos billets remplis de conseils techniques. Je suis ténor et j’ai toujours été fou de lyrique. A part cette passion, je compose des chansons et donne des cours de guitare. Tout irait bien si ce n’est que, il y a deux ans, à la suite d’efforts répétés, j’ai commencé à avoir des problèmes de voix (je m’enrouais très vite et ne pouvais plus monter). Il faut vous dire que je travaillais seul et tirais pas mal sur les aigus. J’ai continué de m’entraîner, espérant toujours rattraper les choses. Or, au contraire, tout s’est aggravé et ma voix parlée a aussi accusé le coup. J’étais constamment enroué, même en dehors du chant ! Sur les conseils de mes proches, je me suis calmé et j’ai respecté un repos complet pendant toutes les vacances. A la rentrée, j’ai pris des cours avec monsieur (x), un professeur de chant réputé que l’on m’avait recommandé. Au bout d’un an, je n’avais fait aucun progrès réel et je terminais mes leçons avec la voix très fatiguée ! J’ai fini par consulter un phoniatre qui m’a dit que mes cordes vocales n’avaient aucun traumatisme grave. J’avais, d’après lui, une belle laryngite. Il m’a prescrit des anti-inflammatoires et un repos vocal de vingt et un jours, suivi de séances d’orthophonie. Dès ce moment, j’ai arrêté complètement de chanter. J’ai suivi ces séances pendant pratiquement un an. Je dois reconnaître que ma voix parlée s’est améliorée. Néanmoins, m’exprimer un peu fort me fatigue toujours beaucoup. Je n’ai pas essayé de rechanter depuis mais je sens que je ne pourrais pas ! J’aimerais faire un bilan et parler de tout ça avec vous très vite. Mon n° de tel est le (x). Musicalement vôtre. Benjamin.

Voilà, à peu près, ce que j’avais alors répondu à Benjamin :

« Merci, Benjamin, pour ce long mail. Rassurez-vous, il ne fait pas exception, j’en ai reçu de plus longs encore ! Je reviens à votre problème. Jeunes chanteurs, nous avons tous plus ou moins abusé de notre voix ; vous avez sans doute abusé plus que les autres… et, surtout, beaucoup plus longtemps ! Naturellement, vous auriez dû consulter un spécialiste dès les premiers symptômes un peu alarmants. Les séances d’orthophonie, qu’il vous aurait sans doute prescrites, auraient limité la casse et évité cette escalade ! Ce qui vous a fait le plus de bien, à mon avis, a été d’arrêter de chanter. Ce long repos vous a sûrement été très salutaire et le travail orthophonique pratiqué parallèlement, a permis à votre voix parlée de se reconstruire un peu. Le chant, c’est tout autre chose ! Cependant, gardez confiance, j’espère pouvoir vous aider. Il sera sans doute nécessaire de faire un travail complet et de reprendre très progressivement et « complètement » votre technique. Nous déciderons de la « stratégie » à suivre à la fin de votre bilan vocal. Cordialement. A bientôt, etc. »

Maintenant, Benjamin est complètement tiré d’affaires ! Voici son histoire. Elle commence la semaine suivant ces mails, quand je l’ai reçu pour un bilan vocal…

Son bilan

A l’heure dite, j’ai accueilli un jeune homme, mince, de taille moyenne, ouvert et souriant. Ce qui m’a frappé chez lui était sa vivacité d’esprit et l’impatience qu’il avait de communiquer. Sa nature passionnée ne faisait aucun doute. Malgré cela, derrière tout cet « entrain », je le sentais anxieux. Au fond, il devait être timide, émotif, et certainement un peu angoissé.

Quand je l’ai questionné à ce sujet, il m’a répondu :

- C’est vrai ! Avant, j’étais très timide, émotif et un peu tourmenté. Maintenant, tout est rentré dans l’ordre.

Son attitude présente démentait ses propos. Il bougeait beaucoup pour se détendre et me racontait son histoire en raclant souvent sa gorge pour retrouver un peu de timbre. C’était un nerveux, toujours tourmenté, mais surtout impatient ! Il faisait face à son problème avec courage et détermination. Cette attitude me l’a rendu tout de suite très sympathique ! (*)

(*) On aurait presque pu penser, à l’entendre, que son gros souci vocal le passionnait !

Son parcours

Tout est dans son mail ! Il est ténor et adore la puissance et l’aigu. Après avoir travaillé longtemps en autodidacte, faisant un peu n’importe quoi (tentant – comme beaucoup - d’imiter tel ou tel grand artiste), il s’était vraiment fatigué la voix. Ensuite, il avait subi de multiples influences d’amis chanteurs avec lesquels il avait essayé techniquement tout et son contraire. Quand sa voix parlée, à son tour, avait eu des problèmes (il était très souvent enroué) il avait été inquiet et avait décidé de prendre les conseils d’un professeur de chant. Après un an de cours, sa voix était toujours aussi fatiguée. Il avait alors consulté un phoniatre qui l’avait dirigé, après un traitement et un repos vocal assez long, vers un orthophoniste ! À ce moment-là, il s’était arrêté complètement d’essayer de chanter pour se consacrer uniquement à la rééducation de sa voix parlée, de plus en plus perturbée par une laryngite chronique ! Pendant presque un an, il avait suivi consciencieusement des séances d’orthophonie. Quand nous nous sommes vus, il venait tout juste de les terminer et n’avait repris aucune activité vocale. Grâce à l’orthophonie, sa voix parlée avait, selon lui, fait beaucoup de progrès. (*)

(*) Progrès « relatifs » à mon avis, dus surtout à son long repos vocal !

Ce garçon avait échappé vraiment par miracle aux traumatismes graves comme les nodules, sulcus, cordites vasculaires, etc. Sa voix parlée, malgré ses dires, n’était pas vraiment « remise » ; j’y percevais nettement une raucité assez prononcée.

Maintenant, il tournait en rond, complètement « perdu » ! (*)

(*) Il était vraiment urgent de le « calmer » et de le ramener à des notions vocales simples et vraies.

Toute cette passion assez désordonnée n’enlevait rien à son énorme désir de « guérir » et cette « rage de vaincre » le rendait encore plus attachant !

Les tests vocaux

Malgré sa voix assez couverte et gênée par un fond d’enrouement, j’ai pu me faire une idée précise de son émission. Les tests ont été très « parlants », montrant que ce garçon était pétri de défauts techniques. Je ne citerai ici que les plus importants :

- L’inspiration se voulait abdominale mais était réalisée uniquement avec le ventre poussé à l’avant.

- La voix chantée n’avait aucun appui dans le corps.

- La gorge ne s’ouvrait pas dans de bonnes conditions.

- La verticalité n’était pas assurée.

- Le premier passage était oublié et le deuxième (fa#3) transgressé. (*)

(*) J’avoue que j’ai été vraiment très étonné que tout le travail qu’il avait fait jusqu’alors n’ait pas été plus formateur ! Il avait suivi pendant un an des cours avec un professeur réputé et bénéficié de très nombreuses séances d’orthophonie ! Or, les défauts qui s’étalaient là étaient ceux des débutants !

- Des inhibitions psychologiques étaient aussi très présentes chez lui. Une toux récurrente, vraisemblablement « d’origine nerveuse », interrompait souvent nos petits exercices. Par ailleurs, Benjamin était rempli de tics, vestiges des nombreux conseils « techniques » qu’il avait suivis : il bougeait sans arrêt, tentait de détendre ses bras, remuait la tête, se touchait le ventre, les pommettes, bougeait sa mâchoire, etc.

Décision de travail

Nos tests terminés, je lui ai exposé mes déductions, sans rien omettre de ce tableau assez « noir » ! Il a été un peu décontenancé, ne s’attendant sans doute pas à autant de casse ! Moi, je trouvais tout cela plutôt encourageant car apporter une solution à de nombreux problèmes permet toujours de bonnes avancées ! Il a été d’accord pour reprendre sa technique complètement à zéro et a convenu aussi, bon gré mal gré, que son côté nerveux avait été susceptible de lui jouer des tours pendables. Pour moi, c’était une certitude !

Pour régler à la fois les aspects physiques et psychologiques de son problème, nous avons opté pour un « travail vocal intégral ».

Voir le billet : « Le chant thérapie, un travail vocal intégral »

Les premiers cours

Ils ont été d’un grand enseignement pour Benjamin. Lui qui avait travaillé sa technique avec plusieurs personnes (professeur confirmé et amis chanteurs), lu de multiples ouvrages sur le chant et suivi de nombreuses séances d’orthophonie n’en revenait pas de découvrir que des choses simples (nouvelles pour lui) « marchaient » !

Pourtant, au premier cours, bien que ce travail ait été décidé lors du bilan, il s’était montré un peu réticent pour les relaxations et le travail couché. En fait, toujours très timide malgré ses dires, il redoutait de s’abandonner complètement et de perdre son auto-contrôle. Je me suis montré intransigeant ! Nous ferions ce travail qui lui était indispensable ou rien du tout !

- D’accord, m’avait-il répondu, de guerre lasse.

Benjamin s’est très vite rendu compte que cette partie du cours était essentielle pour lui. Il a pris rapidement conscience des inhibitions multiples qu’il véhiculait et a convenu qu’elles étaient vraisemblablement l’une des principales causes de ses ennuis. Très intelligent, il a reconnu que j’avais eu raison d’insister et s’est alors montré totalement confiant et coopératif ! (*)

(*) De plus, notre travail en position allongée, réalisé au début de chaque séance, l’a forcé à calmer son « vouloir de tout régler trop vite » ! Je lui ai expliqué posément qu’il ne suffisait pas de « comprendre » pour « réaliser » et que, parfois, laisser un certain temps au temps permettait d’aller plus vite !

Dans ce cas précis, ralentir ses ardeurs nous a fait gagner un temps précieux.

Son problème respiratoire

Nous l’avons réglé assez vite en position allongée. Je ne m’explique pas qu’on lui ait laissé pratiquer le chant avec de telles erreurs fondamentales. Il n’était pas idiot, il aurait suffi de lui expliquer ! La détente générale du corps et quelques exemples simples lui ont permis d’abandonner en quelques leçons son inspiration réalisée en poussant le ventre à l’avant au profit d’une inspiration diaphragmatique-costo-inférieure.

Les cris

Cette « acquisition respiratoire » établie, nous avons pu passer - toujours en position allongée - à la mise en contact « réflexe » de la voix et de l’appui. Cette relation pneumo-phonique l’a beaucoup intéressé. Il constatait que sa gorge, si sensible d’habitude, ne souffrait aucunement pendant nos séries de « cris » ; son corps, n’offrant plus de tensions « gênantes », permettait à sa voix de s’ouvrir et d’émettre avec plaisir des sons tantôt doux, tantôt plus forts, tantôt longs, tantôt brefs, mais toujours corrects et spontanés ! (*)

(*) Lui qui était plus ou moins constamment enroué n’en revenait pas de terminer nos séances avec une voix parlée de plus en plus claire.

La vocalisation différée

Pendant quatre mois, nous avons appliqué, en position verticale, avec des exercices ultra-simples, toutes les « trouvailles » que nous faisions en taïchi. De sérieux progrès se sont profilés rapidement. Sa voix, mieux appuyée, est devenue plus solide. Benjamin s’est montré, dès ce moment, impatient de vocaliser plus haut et plus fort. Il était beaucoup trop tôt pour cela ! En revanche, nous avons tranquillement étudié la « gymnastique vocale » dont il avait un grand besoin. Sa voix a trouvé là des exercices de choix pour progresser. Nous l’avons pratiquée, à chaque séance, pendant les trois mois suivants. (*)

(*) Tous ses muscles « vocaux » devaient être fortifiés et il avait également un grand besoin « d’oublier », par de bons exercices simples et répétitifs, les sottises dont on l’avait abreuvé pendant des années !

Les bâillements

Il s’est mis, au bout de très peu de temps à interrompre nos exercices de gymnastique par des bâillements récurrents. Il ne se les expliquait pas, n’ayant aucune tendance à cela dans sa vie de tous les jours. Je lui ai appris qu’il évacuait ainsi de nombreuses tensions plus ou moins conflictuelles et que c’était très bien pour lui de se laisser aller au maximum. (*)

(*) Il avait déjà commencé un peu à se libérer ainsi après les relaxations mais ce n’était rien à côté de ce qui lui arrivait maintenant !

Sa voix continuait à progresser. L’articulation très large demandée par la gymnastique vocale l’empêchait de forcer sur son timbre tout en fortifiant son appareil articulatoire et sa soufflerie. Bientôt, il serait temps d’ajouter à cela quelques petits exercices, très dynamiques eux aussi, faisant intervenir les voyelles « fermées » i et é ! Ces voyelles rendent de grands services pour affirmer le timbre mais sont aussi parfois la cause de désagréables « picotements » ! Elles sont à employer prudemment dans le cas d’une rééducation. Leur projection rapide, à l’aide de consonnes appropriées, limite leurs effets « fâcheux » tout en conservant leurs qualités.

Vocalisation douce

Cela faisait huit mois environ que nous travaillions ensemble quand nous l’avons commencée ; nous l’avons pratiquée à chaque séance, parallèlement au taïchi et à la gymnastique vocale. Nous commencions par le « humming » (bouche fermée, puis bouche ouverte) sur toute l’étendue vocale (si1 à do4).

Les « ou » et « ô », chantés lentement sur des quintes ascendantes prenaient le relais (si1 à fa3)

Pendant plusieurs mois, nous avons ainsi travaillé tout son médium, ne dépassant jamais fa3. Inutile de préciser que mon ténor était frustré car il sentait qu’il pouvait maintenant aller plus haut et plus fort ! Heureusement, sa confiance en moi était complète. Je suis persuadé qu’il ne transgressait pas mes directives, même seul chez lui. Il me l’a assuré et je l’ai cru car il avait eu très peur et sentait que notre travail représentait sa dernière chance.

J’ai ensuite ajouté peu à peu les voyelles fermées « i » et « é » à nos exercices. Nous les chantions – comme expliqué plus haut - sur des quintes ascendantes assez rapides, précédées de consonnes. Nous commencions sur sib2 (cela donnait un fa3 pour la note la plus aiguë) ; l’exercice était ensuite descendu par demi-tons.

Voix parlée

Elle s’était arrangée seule, sans travail spécial ! Elle était devenue, semaine après semaine, plus tonique ! Sa parole était nette ! Benjamin me dit que des amis lui en avaient fait la remarque récemment. Sa « laryngite chronique », après quelques soubresauts, s’était évanouie. (*)

(*) Notre travail général avait permis à l’affrontement cordal de se rééquilibrer en douceur, sans risque. L’émission, à tous les niveaux, s’était renforcée. La preuve était faite que nous suivions le bon cap !

Voix chantée, douze mois après

Le médium de Benjamin était maintenant stabilisé sur la voyelle ô ! Nous le parcourions complètement avec divers exercices de quintes et certains arpèges faciles (de quintes et d’octaves). Il arrivait, sans détériorer sa couleur et sans « l’enfoncer » à bâiller avec cette voyelle un fa3 correct, légèrement tenu. Il était maintenant tout à fait prêt à passer à l’étape suivante : la messa di voce ! J’avais jusqu’alors évité de la lui faire travailler car je sais d’expérience que cet exercice, bien qu’incontournable, est très fatigant pour une voix en rééducation. Il était maintenant temps de l’aborder !

La messa di voce (*)

(*) Voir le détail de l’exercice de « messa di voce » dans le billet : « Le cours de technique vocale type »

Nous l’avons commencée également sur « ô ». La réussite a été complète. Sans éclats superflus, mais avec de bons crescendo, Benjamin a pu parcourir ainsi un ambitus allant de do2 à mib3 ! Ce n’était pas encore les « A » triomphants des grandes envolées dont il rêvait sans doute, mais aucune « douleur de voix » n’a jamais suivi cet exercice difficile ! Les sons tenaient, ils étaient assez jolis et bien calibrés. Mon ténor n’était pas enroué à la fin des cours ! Que demander de plus ? La suite s’annonçait bien !

Après quelque temps, j’ai « glissé » un « â » dans notre exercice : cela donnait la modulation ô â ô sur chaque son tenu. Quelques petites difficultés (techniques surtout) ont dû être surmontées à ce moment-là pour lier parfaitement ces voyelles. Nous restions naturellement toujours un peu en dessous de son deuxième passage.

Le « â » seul a succédé peu à peu au « ô â ô » sans poser trop de problèmes !

Le registre aigu

Nous l’avons abordé seulement quand le médium a été bien « assis ». J’avais conscience de l’importance énorme de ce travail-là ! Benjamin ne devrait à aucun prix se laisser bercer par ses anciennes sensations. De nouvelles devaient les remplacer pour assurer, puis pérenniser une solide quinte aiguë.

Avant toute chose, un « bâillement très pointu » devait être installé. Nous nous y sommes patiemment employés ! Cela n’a pas été une mince affaire ! (*)

(*) Voir le billet : « Le bâillement technique du chanteur »

Jadis, Benjamin « ouvrait » sa voix pleine jusqu’au bout et atteignait, Dieu sait comment, parfois un ré4. Avec cette pratique récurrente, la musculature, trop (et très mal) sollicitée, avait fatalement donné les importants signes de fatigue que l’on connaît. (*)

(*) Le résultat de ce forçage aurait pu être bien pire !

Pour rectifier cette habitude, dans un premier temps, nous avons travaillé en anticipant son deuxième passage. Nous le réalisions avec la voyelle « â », sur fa3 (zone de couverture mib3 à sol3). En bonne position d’aigu, la voix s’éclairait à nouveau sur sol#3.

Benjamin travaillait comme un ange, concentré au maximum, sentant bien que cet « épisode-là » était décisif pour lui. (*)

(*) Voir les billets : « La couverture de la voix (première partie) » et « La couverture de la voix (deuxième partie) »

Messa di voce sur zone de couverture et modulations de voyelles

Il nous avait suffi de deux mois pour obtenir une couverture dynamique correcte sur « â ». J’entends par « dynamique » : avec des exercices relativement rapides. Son deuxième passage s’était établi finalement sur fa#3 (voire sol3).

Il s’agissait maintenant de parcourir toute la zone de couverture avec la « messa di voce », sur « â ». Tous les demi-tons, de mib3 à sol3, devaient pouvoir être chantés de cette façon-là ! J’avoue que nous avons eu du mal et mis beaucoup de temps à réussir cette opération ! Tout chanteur sait qu’elle est redoutable. C’était le prix à payer !

Parallèlement, je faisais chanter à Benjamin des « modulations de voyelles » sur cette même zone délicate ! Entre autres : « â é i ô u i »

Toutes les voyelles étaient également travaillées séparément sur divers exercices car savoir bâiller correctement un « i », un « é » ou un « è » est indispensable ! (*)

(*) Voir le billet : « Le cours de technique vocale type »

Au bout de quelque mois de ce traitement, la voix pleine de Benjamin n’avait plus aucun problème technique ! Elle sonnait bien sur toute sa tessiture et les « couleurs » des voyelles étaient de plus en plus précises.

Il nous restait à peaufiner notre « œuvre » avec le travail des nasales et des consonnes, ce qui a été fait assez rapidement. Conjointement, nous avons étudié la voix mixte et le fausset. Il n’a eu aucun mal à intégrer ces techniques complémentaires.

Voir le billet : « l’attaque du son » pour le travail des consonnes et « La voix mixte appuyée » pour celui de la voix mixte.

Euréka ! Nous étions au bout du tunnel.

Le sauvetage de mon ténor avait duré pratiquement deux ans. De remuant, il était devenu d’un calme olympien. Ce grand succès le rendait presque triste ! Mesurant tout le chemin parcouru depuis le début de nos cours, il m’a dit un jour, l’air dubitatif, avoir de la peine à y croire vraiment.

Seul, l’arpège de Rossini, chanté à chaque fin de séance sur des « â » éclatants jusqu’à « ut#4 » (voire ré4) lui prouvait qu’il ne rêvait pas !

Nous avons ensuite travaillé plusieurs petites études de vaccaj et quelques vocalises de Panofka pour affirmer sa nouvelle façon de chanter.

Elles ont été suivies d’un très bel air d’opéra français : « Vainement, Pharaon… », extrait de « Joseph » de Méhul. Il me l’avait apporté un jour, ayant été subjugué par l’interprétation extraordinaire de ce morceau par Georges Thill, notre immense ténor national !

Benjamin était maintenant profondément heureux et ça le rendait triste. Moi aussi, un peu ! Bientôt, je le verrais moins souvent !

Maintenant, il ne se contentait plus « d’accompagner » les grands ténors sur leurs disques, il s’était vraiment mis au travail. A chaque leçon, nous bûchions sans relâche, aidés par un pianiste, les quelques airs de vaillance dont il avait toujours rêvé.

Il comptait tenter l’année suivante le concours d’entrée au CNSMP.

Aux dernières nouvelles, sa voix tient toujours !

A bientôt ?

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Jean Laforêt

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