Billet du Jeudi 28 décembre 2017 : Gros souci vocal
Dernière mise à jour : 17/12/2018  
 
Le Billet Actu (94/161)

Chronique du 01 mars 2009

Soutien ou Appui vocal ?

Pierre S. (Baryton – Caen)

Bonjour monsieur. J’ai beaucoup de plaisir à suivre vos billets toujours très intéressants. J’aimerais vous poser une question sur un terme technique. Vous employez très souvent le mot Appui pour désigner ce que d’autres nomment le soutien de la voix. Pourriez-vous me dire si, pour le chanteur, une différence sensible existe entre ces deux actions ou si ces mots désignent la même chose. J’ai lu quelques livres traitant du chant et l’on emploie soit l’un, soit l’autre, parfois les deux dans le même ouvrage. J’ai même lu récemment que le terme Appui était inadéquat pour désigner le soutien et ce, pour différentes raisons énumérées dans le passage en question. J’aimerais beaucoup avoir votre avis. D’avance, merci de me répondre, même très brièvement. Amicalement. Pierre.

Nous avons déjà évoqué tout ceci par téléphone, mon cher Pierre. Vous connaissez donc là-dessus le fond de ma pensée. Comme je vous l’ai dit, j’avais répondu en partie à votre question dans un billet récent :

« Le soutien vocal »

J’ai voulu néanmoins aborder de nouveau ce point car, tout comme vous, j’ai lu plusieurs « versions » à ce sujet et je suis ravi que ce billet me donne l’occasion de soutenir la mienne.

Doit-on dire soutien ou appui ?

Ce sont des mots ! Ils désignent exactement la même chose pour le chanteur ! Il s’agit seulement de savoir de quoi l’on parle ! (*)

(*) Malheureusement, quelques auteurs s’expriment sur cette question (et sur d’autres autrement sérieuses) un peu légèrement. Pour donner un avis valable sur la technique vocale (et surtout décrire des sensations proprioceptives), il est indispensable d’avoir chanté professionnellement soi-même, ce qui n’est pas toujours le cas de certains ! »

Pour moi, tout est clair (vous l’aviez constaté), je préfère employer le mot « Appui ».

En effet :

- Il faut obligatoirement un « appui » pour « soutenir » la voix !

Mon maître Nick Tzico me parlait de « l’Appui » et non du « Soutien ». Voici la remarquable définition qu’il en donne dans son ouvrage « Le lexique du chanteur » :

« Tout son émis et soutenu possède son appui propre mais l’Appui consiste dans l’égalisation potentielle de l’énergie demandée par chaque son, pour former grâce à leur fusion le phrasé mélodique. » (*)

(*) Tout son émis et « soutenu » possède son « appui » propre ! Tout n’est-il pas déjà dit en ce début de phrase ? Ensuite, il désigne naturellement par « l’Appui » - avec majuscule – l’Appui du chant qui permet « le phrasé ».

Petite note personnelle

Le mot « appui » suggère l’idée d’appuyer sur quelque chose (donc, d’une poussée vers le bas), alors que le mot « soutien » suggère celle d’une poussée vers le haut !

Vous conviendrez avec moi que, pour « soutenir » quelque chose, il faut obligatoirement être en appui sur autre chose ! C’est une loi universelle ! On ne peut « soutenir » efficacement une personne qui s’affaisse sans être soi-même « en appui » au sol ! Dans un autre domaine, on ne peut « soutenir » une thèse qu’en « s’appuyant » sur de solides arguments !

Le chant ne fait pas exception. On « soutient » forcément la voix en lui assurant un appui quelque part !

La phrase ci-dessus résume vraiment intégralement ma pensée ! De nombreux chanteurs et professeurs de chant appellent, en toute bonne foi, le résultat (le soutien), du nom de l’action qui le provoque (l’Appui) !

Il s’agit pourtant d’une évidence :

- La voix est « soutenue » par « l’Appui » !

Pourquoi une évidence ?

Tout simplement parce que le « soutien vocal » est bien obligé de commencer, de naître, de s’appuyer lui-même quelque part ? Or, ce « quelque part » existe : c’est naturellement le « Hara », le centre de gravité humain, qui constitue le point de départ du soutien !

Note explicative : le souffle étant en place correcte, c’est une action du haut vers le bas (donc un appui), agissant depuis le « Hara » en direction du sol (via le périnée), qui donne naissance à la « poussée verticale ascendante » du souffle. Le débit et la pression de celui-ci sont ensuite régulés à partir de cet appui !

Tout instrumentiste à vent connaît cela. Cette action est fondamentale pour lui ! Elle est naturellement identique pour le chanteur : il s’agit de « l’Appui vertical » ! (*)

Une explication complète est donnée dans le billet : « L’Appui vertical ».

(*) Notez – en passant - qu’il est impératif, pendant cette opération, d’éviter tout déplacement de l’abdomen !

Le terme « soutien »

Selon moi, pour un chanteur, le mot « soutien » convient à « l’Appui vocal » du grave et du bas-médium de la voix. Prenons l’exemple d’un baryton chantant une phrase située entre la1 à sol2 : je dirai alors volontiers qu’il la soutient ; en effet, de l’extrême grave d’une voix jusqu’au premier passage, la sensation qui prévaut pour le chanteur est le « soulèvement ». Mais, dès l’instant où il doit dominer la phrase qu’il chante, après le premier passage (disons aux environs de lab2 pour notre baryton), je préfère dire qu’il « l’appuie » ! (*)

(*) Il l’appuie – bien sûr - pour mieux la soutenir. On n’en sort pas !

Notre baryton soutiendra un fa2 mais appuiera un do3 ». Et, pour assurer son expansion vocale, plus il montera, plus il devra « appuyer » sa voix. (*)

(*) Ce qui ne veut en aucun cas dire « contracter exagérément son ventre en le poussant vers le bas » !

Plus le son sera aigu et plus la sensation sera présente et profonde dans son corps ! Je me répète : c’est le principe de « l’Appui vertical » qui s’applique là !

Pourquoi le mot « soutien » remplace-t-il souvent le mot « Appui », notamment chez la plupart des professeurs de chant ?

Cela part, me semble-t-il, d’un bon sentiment. Tout d’abord, c’est vrai : on soutient bien la voix ! De plus, il est moins dangereux de dire à un élève : « Soutiens davantage cette note-là » que de lui indiquer : « Appuie davantage cette note-là » même si cette dernière phrase est fondamentalement plus exacte ! (*)

(*) Dans ce deuxième cas, on risquerait d’avoir un fâcheux déplacement abdominal ou une contraction inadaptée si l’élève ne sait pas exactement se servir de l’Appui vertical.

Parlons du phrasé

Cependant, l’emploie du mot « soutien » pour parler du « phrasé » ne me gêne pas du tout car ce mot suggère bien l’idée de continuité. Je dirai volontiers :

- Il faut un « soutien » vocal constant pour obtenir un beau phrasé.

- On ne peut chanter vraiment « legato » sans un parfait sostenuto !

On doit chanter… « à la phrase », me disait l’un de mes maîtres.

Il entendait qu’il fallait « soutenir » toute la phrase chantée et non chaque mot de cette phrase ! Pour obtenir un beau phrasé, chaque syllabe doit succéder sans heurt à celle qui la précède. Sans une très bonne gestion du souffle, on ne peut obtenir cela !

Nick Tzico, dans sa définition de l’Appui, décrit très bien cette action. Souvenez-vous :

« Tout son émis et soutenu possède son appui propre mais l’Appui consiste dans « l’égalisation potentielle de l’énergie demandée par chaque son », pour former « grâce à leur fusion » le phrasé mélodique. » (*)

(*) Par exemple, c’est lui seul (l’Appui) qui permet de réguler parfaitement le débit expiratoire d’un exercice extrêmement difficile : la « messa di voce » !

Voir le billet : « Le cours de technique vocale type »

Mon opinion

Que l’on appelle « l’Appui vocal » du nom plus commun de « soutien » importe finalement peu ! Pour mon compte cependant, je préfère dire « Appui », ne serait-ce que par souci d’exactitude !

Le chanteur « est » son instrument ! Nous savons tous que cet « instrument », le corps humain, a besoin d’une soufflerie pour parler ou chanter.

Le chanteur est donc – pour simplifier - un instrument à vent !

Tout bon chanteur – ainsi que tout bon instrumentiste à vent – se sert (je me répète sciemment) de la poussée verticale ascendante du souffle pour alimenter correctement son instrument !

Nous savons également que, pour déclencher d’abord et réguler ensuite cette poussée, il faut une action du « haut vers le bas » et non le contraire !

C’est donc bien d’un « Appui » qu’il s’agit !

Que cet « Appui » serve de « Soutien » à la voix… je suis d’accord ! Cependant, que l'on ne me dise surtout pas que le mot « Appui » est inadéquat !

Je préfère simplement, tout comme Jacques Brel, que l’on appelle un chat… un chat ! Comme lui : je persiste et je signe !

A bientôt ?

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Jean Laforêt

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