Billet du Jeudi 28 décembre 2017 : Gros souci vocal
Dernière mise à jour : 19/12/2018  
 
Le Billet Actu (98/161)

Chronique du 27 avril 2009

Perte de voix après une sinusite

Lionel P. (trente ans – chanteur de rock)

Bonjour monsieur. Mademoiselle (x), une ancienne élève à vous, m’a donné l’adresse de votre site. J’ai trente ans et je chante depuis l’âge de dix-huit ans sans problème. Seulement, depuis trois mois, ma voix ne tient plus du tout. J’avais fait, un peu avant, une sinusite assez forte. J’ai vu des spécialistes. J’ai eu une amélioration après traitement mais je ne retrouve pas mes moyens d’avant. Bien que je chante dans deux groupes uniquement par plaisir (je suis pompier), cela me soucie vraiment. Je souhaiterais vous rencontrer pour un bilan afin de faire le point. Est-ce qu’une pose de voix classique pourrait arranger ça ? Je suis joignable au (x). Merci de m’appeler. Lionel

Ma réponse :

Une sinusite n’est jamais complètement anodine. Un chanteur confirmé retrouve, en principe, facilement ses marques après la guérison. Ce n’est pas toujours le cas cependant. Vous avez chanté longtemps sans problème. Cela indique que votre façon de chanter n’est pas foncièrement mauvaise car, dans le cas contraire, vous auriez eu des soucis bien avant. Je vous appellerai demain pour que nous fassions un bilan vocal. Ne vous inquiétez pas, nous devrions arranger cela assez facilement. Cordialement, etc.

Le bilan vocal de Lionel

Lionel est un garçon solidement bâti avec un regard loyal et franc. Il m’a dit en arrivant qu’il attendait beaucoup de notre collaboration. Son inquiétude était palpable. Nous avons bien sûr parlé de sa sinusite et des séquelles qu’elle avait apparemment laissées. Je l’ai un peu rassuré en lui rappelant qu’on risquait d’avoir, à la suite d’un tel ennui, une modification des sensations proprioceptives. Le chanteur retrouve mal ses marques et fait (pour simplifier) un peu n’importe quoi ! C’était peut-être ce qui lui arrivait ?

Les tests vocaux

Comme je m’y attendais, Lionel avait une bonne voix : sans aucun doute un ténor. Il a parcouru facilement, sur différents tests, un ambitus d’une octave plus une sixte (de sib1 à la3). Le timbre est beau mais les sons manquent parfois de justesse. Il m’a dit qu’il s’en rendait compte et que cela ne lui arrivait jamais auparavant. Le souffle n’est pas vraiment en place mais rien de très grave. Il faudra simplement améliorer la respiration dorsale. On sent la gorge « inquiète » : elle se serre parfois sans raison vraiment valable car l’Appui est loin d’être parfait ! Pour résumer, un sérieux resserrage de boulons est nécessaire !

Décision de travail

J’ai tout de suite rassuré Lionel. Je lui ai dit qu’à mon avis, dans trois mois, à raison d’un cours par semaine, son problème serait complètement résolu et qu’un simple travail de vocalisation devrait être suffisant. Lionel, assez dubitatif, m’a demandé s’il ne serait pas plus prudent de faire une « revue générale » (ce sont ses mots) de sa technique pour être bien sûr que tout serait passé au crible ! Il tenait à un travail intégral, au moins dans les premières leçons. Bien qu’à mon avis il ne soit pas vraiment indispensable, j’acceptais, pour le rassurer, de tout passer en revue avec relaxation, taïchi, etc.

Voir le billet : « Le chant thérapie, un travail vocal intégral »

Les premiers cours

Lionel a coopéré de façon exemplaire. Nous avons travaillé tout un mois en intégral. Il a très vite assimilé, après relaxation, le travail de taïchi (respiration profonde et cris). Très rapidement, comme je l’avais prévu, sa voix s’est « reconnectée » à l’Appui et sa gorge a retrouvé un peu de ses anciens réflexes. Il avait eu certainement, antérieurement à son problème de sinusite, une technique vocale naturelle assez bonne. En outre, sa robuste constitution l’avait préservé d’un éventuel accident.

Je lui ai aussi donné, en passant, quelques conseils simples d’hygiène vocale pour l’aider à éviter les rechutes toujours possibles.

Voir le billet : « L’hygiène vocale »

En vocalisation, sa voix atteignait facilement le la3 (un peu « ouvert » cependant). Nous avons passé beaucoup de temps sur la technique du « passage » et des « couvertures ». Il a découvert progressivement qu’il pouvait « protéger » sa voix dans l’aigu sans pour cela chanter « opéra » ! Avec une bonne technique vocale, on peut en effet donner un aigu « clair » ! Une couverture bien réalisée n’est pas obligatoirement très sombre et la voix, quoique « protégée » peut rester très naturelle ! Il suffit d’écouter le célèbre ténor Pavarotti chanter « Caruso » pour s’en convaincre : tous ses aigus, quoique « protégés » restent très naturels !

Voir les billets : « La couverture de la voix (première partie) » et « La couverture de la voix (deuxième partie) »

Gros progrès

Trois mois ont passé. Les progrès de Lionel sont éblouissants et dépassent largement ses ambitions de chanteur de rock ! En vocalisation rapide (voix pleine), il passe un ré4 (contre-ré) et tient un très beau si3 !

Il m’a apporté un jour le play-back d’un morceau de rock, assez hard, selon lui. Il m’a demandé de chanter quelques phrases pour que je vérifie si, dans l’action, certaines sonorités sortaient techniquement bien et si la justesse était bonne. Il m’a assuré avoir retrouvé toutes ses anciennes sensations et… beaucoup plus ! Je me suis plié volontiers à l’expérience et j’ai été heureux, ensuite, de pouvoir lui dire que son chant était correctement émis et surtout parfaitement juste. J’ai ajouté que, pour le style, je lui faisais confiance ! Il a souri et m’a dit :

- D’après vous, je peux reprendre les « répètes » avec les groupes ?

- Sans aucun problème, ta voix est superbe, notre travail touche à sa fin.

- En fait, je voudrais rechanter avec les groupes tout en continuant mes cours avec vous.

- Oui, ce serait bien, de temps en temps, pour entretenir ta voix.

- Pas seulement de temps en temps, j’aimerais travailler quelques airs classiques… si vous pensez que c’est possible pour moi. J’adore « Nessun dorma ».

- Rien que ça ?

Sur le moment, j’ai été un peu surpris mais, très vite, j’ai répondu par l’affirmative car Lionel avait vraiment une belle voix et j’étais curieux de savoir ce qu’il pourrait « donner » dans cet air d’opéra ! J’ai conclu en plaisantant :

- Pas de problème ! On auditionne dans six mois à l’opéra Bastille avec le grand air de Calaf (Turandot) !

- OK !

Nessun dorma

Il avait une vénération pour ce morceau de bravoure ! Son grand désir était de pouvoir épater les copains en le chantant, au besoin un peu plus bas. Je lui ai conseillé d’écouter attentivement Pavarotti dans cet air où il excelle. A mon avis (et je ne suis pas le seul) il est « la » référence !

- Ecoute-le souvent, murmure les phrases si tu veux, mais ne chante pas en même temps.

- Pourquoi ?

- C’est simple : quand tu chantes en même temps qu’un chanteur, tu l’écoutes mal. Nous travaillerons chaque difficulté tranquillement et, dans quelque temps, nous essaierons de trouver un pianiste pour t’accompagner. Je ne pense pas qu’il existe de play-back pour cet air. Mais, sait-on jamais !

- Je regarderai à l’occasion.

Pendant les cours suivants, nous avons travaillé « phrase par phrase » cet extraordinaire morceau de bravoure : un ton plus bas pour commencer puis seulement un demi-ton. Lionel ressemblait à un enfant qui découvrait un monde nouveau ; placer consciemment sa voix sur ce thème célèbre le passionnait à tel point que la moitié du cours était consacré à cela ! Ce n’était pas l’aigu final (la3, puis sib3 pour nous) qui lui posait le plus grand problème mais le « legato » indispensable aux longues phrases lyriques de ce merveilleux air de Puccini. (*)

(*) Un souffle parfaitement maîtrisé par l’Appui est absolument indispensable pour cela et ce n’était naturellement pas encore le cas !

Pour varier un peu les plaisirs (et aussi glisser un peu plus de facilité), je lui ai conseillé d’apprendre une ou deux belles mélodies italiennes pour ténor. Il a choisi pour commencer une des plus connue : « O sole mio » ! Elle a été la première de la série. J’ai bien dit « la série » car Lionel, bien lancé ne s’arrêtait plus. Quatre autres ont suivi assez rapidement !

Après Luciano Pavarotti, Enrico Caruso est devenu son idole ! Sur mon conseil, il avait acheté un CD de mélodies napolitaines interprétées par lui et, rapidement subjugué, avait essayé d’imiter (*) les couleurs vocales extraordinaires de ce ténor de légende (à mon avis, l’une des plus belles voix que le monde ait connu).

(*) J’avais fait comme lui, il y a longtemps !

Qui aurait pu dire, il y a quelques mois, qu’une simple sinusite chez un pompier-rockeur aurait des effets aussi inattendus !

A bientôt ?

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Jean Laforêt

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